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L'Anneau de fumée

René SUSSAN




DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 188
Dépôt légal : 4ème trimestre 1974
192 pages, catégorie / prix : 1
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science-Fiction 

Sur certains (tous ?) exemplaires, le numéro indiqué sur la tranche est 184, et non 188.



    Quatrième de couverture    
     Freud a analysé de façon pertinente le complexe d'Oedipe. Il s'est révélé beaucoup moins convaincant quant à la manière de le guérir. Il y a pourtant un moyen bien simple, celui dont Wells, à la même époque (très exactement 1895) posait déjà le principe : remonter le temps.

     Épuisé par la lutte entre les anticorps et les cellules cancéreuses, le corps humain s'affaiblit, puis meurt. Qu'arriverait-il si on lui épargnait cette guerre ? Si l'on favorisait — par exemple grâce à l'emploi de sérum antilymphocitaire — la victoire des cellules mutantes ? L'expérience a peut-être déjà été tentée... au XVIII° siècle.

     Méfiez-vous des robots. Ils peuvent être très... séduisants.

    Sommaire    
1 - En manière d'introduction, pages 9 à 13, Introduction
2 - Sphynx, pages 15 à 48
3 - La Querelle, pages 49 à 54
4 - Cours d'Histoire, pages 55 à 58
5 - Le Grand sacrilège, pages 59 à 101
6 - Coppélia, pages 103 à 107
7 - Rêverie, pages 109 à 115
8 - Problème de géométrie, pages 117 à 120
9 - Le Sale air de la peur, pages 121 à 136
10 - Ad vitam aeternam, pages 137 à 144
11 - Devinette, pages 145 à 147
12 - Oncle Betsa, pages 149 à 181
13 - La Treizième histoire, pages 183 à 183

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
    Critiques    
 
     De son recueil de nouvelles paru dans la collection « Présence du Futur » (n° 188), René Sussan a éliminé la Treizième Histoire « par égard pour les lecteurs superstitieux ». Par égard pour les lecteurs pressés (que nous sommes tous devenus avec la multiplication des collections !), il aurait pu aussi éliminer La Querelle, qui reprend le thème de la création des hommes par un savant extra-terrestre — sur ce sujet Nelson Bond avait fait beaucoup avec La Ruse de la bête (in Autres dieux, autres mondes, « Présence du Futur » n° 184) ; Cours d'histoire, très brève pochade sur le premier contact, catastrophique, avec les Vénusiens, végétaux intelligents ; Coppélia, autre pochade sur racisme et attraction amoureuse entre hommes et robots ; Rêverie, pochade encore, sur la fin des Atlantes et l'origine des dauphins ; Problème de géométrie, qui est du sous-Sternberg ; le Sale Air de la peur, dont on n'a pas besoin pour être convaincu que « l'auto, ça tue, ça pue et ça pollue » ; Ad vitam aeternam, paradoxe temporel dû à l'éternel confit entre esprit scientifique et bosse des affaires, et par la même occasion entre Caïn et Abel ; Devinette, où une certaine chanteuse bien de chez nous est démasquée comme robot — mais qui l'ignorerait après l'avoir vue ne serait-ce qu'une fois à la télévision ? Quant à l'histoire de cinq pages présentée en manière d'introduction, et à laquelle le recueil doit son titre, elle ne feint d'être une réfutation du scepticisme avec lequel pourraient être accueillies les autres, que pour amener une chute plus incroyable que les prémisses, mais reposant malheureusement sur l'un des postulats les plus courants dans la branche littéraire qui nous occupe : « ILS sont parmi nous ! ». Disons plus généralement que cet effet de chute, dont Sussan use et abuse dans ces histoires courtes, est devenu très difficile à manier avec un public blasé à qui les hypothèses les plus extraordinaires sont devenues familières.
     Restent trois histoires plus développées. En ce qui concerne Oncle Betsa, je ne suis pas convaincu que, malgré la pittoresque et vivante mise en situation parmi les hassidim venus d'Ukraine en Israël, cette trentaine de pages apporte beaucoup aux révélations sur l'au-delà du miroir cher à Lewis Carroll : Sussan a fait du bon travail, mais pâtit de venir après tant d'autres, notamment les grands piliers français du FICTION des premières années, J.J. Olivier (Le Miroir, n° 48), Julia Verlanger (Reflet dans un miroir, n° 63), Christine Renard (De l'autre côté, n° 114), Belen (Lorsque la femme parée, n° 129) 1. La quarantaine de pages du Grand Sacrilège sont également fort bien écrites, avec cette fois une ambiance du XVIIIe siècle : c'est un peu de l'anticipation a posteriori — futur du passé — puisque l'ami du héros découvre des notions qui n'ont plus rien de bouleversant ni d'hérétique pour nous, les cellules, les anti-corps, le cancer ; mais il va plus loin que nos chercheurs contemporains, en mêlant les envolées métaphysiques aux extrapolations scientifiques. Il expérimente sur lui-même, et en voulant faire l'ange, il fait la bête... tout à fait littéralement.
     Enfin, par ordre de valeur croissante, et non de longueur, puisque cette nouvelle est sensiblement plus courte que la précédente, il y a Sphynx — sic pour le y, mais il est sans doute voulu, car cette fois le cadre est... la Grèce ; la Grèce de 2014, certes, mais continuant celle du roi Constantin, des Colonels et de Caramanlis, mais réincarnant en même temps les drames de Sophocle, dont un personnage porte le nom, cependant que sa femme s'appelle Iréna (comme Madame Pappas, la partenaire de Montand dans Z) et leurs fils Léo Nikos Œdipe. Et de fait, c'est bien du vieux mythe d'Œdipe qu'il s'agit, dans un contexte actuel de guerre civile, et avec l'apport des techniques futuristes. La grande réussite de René Sussan est d'avoir su unir étroitement la psychanalyse — élucidation moderne des mythes — la socio-politique — la « guerre des hippies », un Mai 1968 au centuple, n'est-ce pas une révolte œdipienne collective ? et la science-fiction — le voyage dans le temps, c'est la victoire intellectuelle sur le sphinx dévoreur, et le moyen de satisfaire l'œdipe : « Je suis le père et le fils », s'exclame Léo. Ainsi, Sphynx, en ce qui concerne le schéma SF, prend place dans la catégorie des généalogies paradoxales, sans qu'il faille pour autant accuser Sussan d'avoir plagié Un petit saut dans le passé d'Andrevon (in Voyages dans l'ailleurs, CASTERMAN), pas plus que celui-ci n'avait plagié l'Enfant en proie au temps de Harness (in Histoires fantastiques de demain, CASTERMAN), ni que Harness n'avait plagié la Mère célibataire de Heinlein (FICTION 108) 2 : j'ai déjà eu l'occasion de dire (FICTION 237) qu'Andrevon n'avait besoin d'aucun stimulus extérieur pour écrire l'histoire d'un enfant sans père, et qu'Harness semblait obsédé par l'idée de naissance sans mère (également dans l'Anneau de Ritornel) ; du point de vue du pur mécanisme intellectuel paradoxal, Heinlein est évidemment imbattable, puisque son personnage parvient à être à la fois son propre père et sa propre mère, mais, du point de vue de la vérité humaine profonde, de l'exploration de la psyché, universelle et éternelle en ses avatars changeants depuis les mythes antiques jusqu'aux mythes SF, c'est à Sussan que je donnerais la palme.
     Se réduirait-il à ces trente pages géniales, l'Anneau de fumée mériterait encore d'être acheté : dommage qu'à côté de ses volumes doubles ou triples (plus ou moins artificiellement), Robert Kanters ne nous propose pas parfois des volumes tiers, quarts ou quints !

Notes :

1. Beaucoup de femmes autour de ce miroir, tiens tiens !
2. Et pour cause : en anglais, Child by Chronos de Harness est paru en 1953, et All you zombies de Heinlein en 1959 !

 

George W. BARLOW
Première parution : 1/3/1975 dans Fiction 255
Mise en ligne le : 1/5/2015


 

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