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Échec à la raison

Doris LE MAY & Jean-Louis LE MAY


Cycle : Le Métaxylia  vol. 2


Illustration de René BRANTONNE

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 664
Dépôt légal : 2ème trimestre 1975
224 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Nouvel extrait du Metaxylia, puisé dans la série Paléophysique, voies et échecs. Ce récit illustre que la créature humaine, malgré ses qualités et ses défauts, peut — être mise en échec dans sa volonté d'expansion, si en un point quelconque de la trame du temps existe la volonté de créer l'irraisonnable.
     Si le présent ne respecte pas les lois accumulées par l'expérience du passé, quelle déduction rationnelle peut être faite à partir de phénomènes erratiques ?
 
    Critiques    
 
     Avec la multiplication des collections spécialisées, et le grand nombre d'œuvres de valeur qu'elles publient, nos amis du Fleuve Noir sont un peu négligés par les critiques : ils s'en consolent sans doute par la faveur non démentie du public populaire — celui qui fait les gros tirages à défaut de faire les prix Apollo ; néanmoins, mon sentiment de culpabilité restant à apaiser, j'ai choisi parmi la publication récente deux livres d'auteurs habituellement parmi les meilleurs.
     Et disons-le tout de suite, le premier m'a bien déçu. Où sont les Landes d'Achernar d'antan ? Les premières aventures de Stellan ? Je souhaitais naguère que J. et D. Le May cueillent encore souvent les Fruits du Metaxylia : mais, hélas celui-ci est sans jus et sans saveur. Personnellement, « entendre les réticences » me fait tiquer ; mais j'admets que J. et D. ne sont pas les seuls à oublier qu'« être réticent », c'est se taire. Personnellement, je ne reconnais pas de divinité supérieure à la raison ; mais je suis tout prêt à admettre la grandeur d'une vision mystique de l'univers. Je crois que la science-fiction, pour être elle-même, doit, aussi merveilleuse soit-elle, être rationnelle en dernière analyse ; mais cela ne m'empêche pas de goûter à l'occasion le récit d'un Echec à la Raison, s'il est convaincant. Seulement, si la philosophie s'exprime dans des phrases comme « Cela disposait originellement ce qui transcende la notion fluctuante ou abstraite d'infini, de toute l'énergie dont est issue la matière, en perpétuelle évolution, des univers-îles que sont les galaxies et cela dispose encore de toute cette énergie, qu'elle soit ou non condensée en matière » ou « Dans la sphère imparfaite d'une géométrie que ses trois dimensions statiques inventent trop rationnelle, ou devenant sphéroïde expansif dans un système spatial plus évolué, ou encore apparaissant comme une marée de vie avec son flux et son reflux éternels, dans un niveau encore différent ce qui existait avant que ne commence à gonfler notre module universel et qui l'intègre en totalité, conserve donc en mémoire ce qui pour nous serait une période antérieure, en l'assimilant au présent permanent », je dis qu'un tel jargon n'a pas sa place dans un roman de science-fiction, non plus que dans aucune autre littérature. Seulement, quand je lis, dès la page 13, qu'« il peut être redoutable pour la raison de tenter de définir avec précision ce qui doit demeurer inexplicable », je pense que l'auteur condamne d'avance à la vanité tout ce qu'il est sur le point d'écrire. Aussi, quand on tente d'opposer l'écologie à la raison sous prétexte que « l'équilibre naturel, n'en déplaise aux systèmes logiques, ne correspond pas toujours à ce que nous voudrions qu'il soit », je dis qu'on confond délibérément la méthode scientifique avec un scientisme simpliste périmé ; et Phylas, le vilain rationaliste, aurait tout à fait raison, s'il ajoutait « bien connues » après « logiques », quand il dit ! « Le monde végétal suit un certain nombre de lois naturelles et logiques... qu'il suffit de connaître et d'appliquer pour ne pas entrer en conflit », (p. 70) Seulement, l'explication de tous les mystères de la planète Fern par la présence dans ses profondeurs d'un être-cerveau géant, qui commande à tous les animaux, est un peu maigre, et en tout cas nullement humiliante pour la raison, même si, pour corser la sauce, on en fait l'incarnation d'un flocon d'énergie psychique envoyé par « Ellelui » ou « Luielle » (dont on ne sait trop s'il/elle est un Dieu transcendant, ou le noyau pensant en même temps qu'énergétique de la galaxie, comme chez le professeur Alex Firsoff dans Life, Mind and Galaxies 1. D'autre part, ce qui semblait être le problème principal à la page 25, « que la constante Pi se retrouve au moins dix — sept fois dans les relations caractéristiques de Keno » (le soleil de Fern), est tout à fait oublié à la fin. Sur le plan littéraire enfin, l'ennui naît des trop longs développements abstraits, non seulement de la « philosophie » dont nous avons déjà dit tout le bien qu'il fallait en penser, mais des discussions (chapitres II et IV notamment), que J. et D. Le May tendent malheureusement à étendre, aux dépens des descriptions d'animaux et des émois sensuels qui faisaient le charme de leurs premières œuvres et sont trop rares ici.

     C'est un plaisir sans mélange, au contraire, que j'ai pris à la lecture du dernier Alphonse Brutsche, les Enfants de Pisauride, et je le dis d'autant plus volontiers que l'avant-dernier m'avait déçu : avec un titre comme le Temps cyclothymique, on attendait Jeury... et c'était Jimmy Guieu ! Ici, le mariage entre l'aspect scientifique et l'aspect populaire est parfaitement réussi. Le thème : une araignée « pisauride », ayant vécu dans une centrale nucléaire, a été irradiée, et ses « enfants »... non, ne sont pas eux-mêmes monstrueux comme dans l'Etoile mystérieuse de Hergé ou certains films d'horreur assez faciles, mais véhiculent des virus mutants, ce qui est beaucoup plus subtil. L'histoire : les effets desdits virus sur un certain nombre de personnages très vraisemblables, très vivants (certains même croqués sur le vif !), effets physiologiques autant que psychologiques. La précision des diagnostics pourrait d'ailleurs laisser penser que le mystérieux Alphonse Brutsche exerce une profession médicale, tout comme un certain nombre d'éminents représentants de la S.F. française (voir notamment p. 103, p. 107). Quant à la transformation des victimes en des, puis, un, monstre(s), elle est certainement digne de « la tradition des films Universal des années 50 » dont l'auteur se réclame en première page, et fait de ce livre une base de départ idéale pour un cinéaste de cette veine : s'en trouvera-t-il un en France pour relever le défi ? Bref, en ce livre se rejoignent les deux talents dont Brutsche avait jusqu'ici fait preuve dans deux collections séparées du Fleuve Noir, « Angoisse » et « Anticipation », comme ils se rejoignaient déjà un peu dans Une Lumière entre les arbres : le don d'extrapoler à partir de notions scientifiques, et celui de faire frémir le lecteur pour des héros très semblables à lui, amenés peu à peu dans des positions cauchemardesques. Il s'y ajoute ici la fonction de mise en garde de l'anticipation la plus consciente, et je ne serais pas étonné que Brutsche milite, sous un autre nom, dans le mouvement écologiste, antipollution, anti-nucléaire. Un seul reproche ; pour un « Superluxe », ce livre pourrait être corrigé un peu plus soigneusement, et les fautes de toutes sortes qui l'entachent auraient mérité un bon coup de « ballet » (orthographe de la page 188) !

Notes :

1. Cf Richard Mooney, Colonie : Terre (Presses de la Cité), p. 44.


George W. BARLOW
Première parution : 1/11/1975 dans Fiction 263
Mise en ligne le : 15/12/2014


 

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