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Arphadax le Khour

Yann MENEZ




FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Super-luxe n° 4
Dépôt légal : 4ème trimestre 1974
256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   



    Quatrième de couverture    
     Lorsqu'on parle couramment de science-fiction, il s'agit pour nous d'envisager des problèmes qui ne nous touchent pas et auxquels on a du mal à croire, tant ils sont lointains et tant ils mettent en scène des personnages qui nous ressemblent peu !
     Or, avec « Lendemains retrouvés », je me suis donné pour tâche de prouver à la plupart de nos contemporains que tout est possible.
     Dans cet ouvrage, ne vous fiez pas trop aux apparences, car tout vous guette et tous les éléments s'ingénient à vous prouver que les temps décrits ici ne sont pas si éloignés qu'on se plaît à le croire.
 
    Critiques    
 
     [critique commune de 6 romans parus aux Editions Fleuve Noir :
     Un pilote a disparu, par J. et D. Le May : Anticipation n° 650.
     La révolte des Logars, par Yann Menez : Anticipation n° 660.
     Arphadax le Khour, par Yann Menez : Lendemains retrouvés n° 4.
     Quand les deux soleils se coucheront, Secession à Procyon et Les hordes de Céphée, par Jan de Fast : Anticipation n° 637, 652 et 661.
     note nooSFere]

     Après la relative déception provoquée par Entre Periame et Santarène, récit du sauvetage stellaire de quelques représentants d'un exohumanité aquatique dont la planète était menacée d annihilation par la transformation de son soleil en nova — un gros roman bavard sur l'héroïsme quotidien des cosmonautes, J. et D. Le May, avec Un pilote a disparu, s'enfoncent davantage encore dans la voie dangereuse de « l'histoire sans histoire », où tout est sacrifié à la psychologie, rendue par d'interminables dialogues cherchant le ton familier et signifiant... Qu'on en juge : un pilote d'essai français d'avions supersoniques (contrairement à la majorité des ouvrages des auteurs, celui-ci se déroule sur Terre et dans un très proche futur) est enlevé par les survivants d'une expédition stellaire dont la base martienne a été anéantie par la chute d'un gros météorite, afin qu'il (le pilote) reconduise la soucoupe (pardon : la sphère) volante des visiteurs jusqu'à leur monde d'origine. C'est tout ? Oui, c'est tout ! Annonçant ou non une suite, ce roman aux développements squelettiques dégage un profond ennui (ça cause ! ça cause !) et on n'aurait pas été surpris de le trouver au catalogue d'une de ces sinistres collections de S F pour adolescents (les pauvres !...) où le gris se le dispute au rose et où tout est fait pour ne pas choquer... les parents. Au Fleuve Noir, où d'ordinaire l'action règne en maîtresse, le roman détonne — disons plutôt qu'il fait si peu de bruit qu'il ne peut que passer complètement inaperçu, et que son insertion dans la série Anticipation ne peut tenir qu'au renom (mérité d'habitude) des auteurs. Oublions — le vite, et attendons le prochain Le May. Ils sont capables de faire infiniment mieux que cette bluette.

     Yann Menez est un auteur nouvellement apparu au Fleuve Noir, avec deux ouvrages fort dissemblables. La révolte des Logars démarre assez bien avec la description d'une société totalitaire bloquée, celle de Wilna, une colonie humaine de la galaxie, avec ses privilégiés protégés par la Garde Noire, sa Commission Spéciale chargée de repérer les déviants, ses Basses Castes rejetées dans le Quartier Interdit de la capitale, et dont les sujets sont appelés tout simplement les Salopards. L'évocation est vigoureuse, et rappelle certaines pages de l'excellent Brebis gâleuses de Steiner. Malheureusement, tout se gâte avec la réincarnation, dans le corps d'un jeune fonctionnaire, Gaël, du dernier Atlante de la planète-mère, Enok le Nécromant, qui a suivi un obscur et bien incroyable chemin génétique avant d'émerger sur Wilna des milliers d'années après l'engloutissement de son continent, avec l'idée bien ancrée d'y reconstruire une société à la mode atlante. Le but de Menez est d'opposer deux conceptions sociales différentes mais aussi néfastes l'une que l'autre, mais cette belle théorisation est noyée dans une action confuse, mal menée, et qui plus est soumise à des ellipses si maladroites qu'elles ressemblent à des coupes. Tout se termine en queue de poisson par la mort d'Enok, dont la présence sur Wilna, autant que la personnalité, n'ont jamais pu être totalement prises au sérieux par le lecteur !
     Le second Menez, Arphadax le Khour, présente un tout autre intérêt. Le thème est pourtant très traditionnel : deux races puissantes de la galaxie, les Khour, humanoïdes, et les Shaï, qui ressemblent à des pieuvres, s'affrontent à travers le temps et l'espace. Les Khour, qui possèdent la « Puissance du Verbe » (entendez par là de grands pouvoirs parapsychiques), sont pourtant vaincus, et il ne reste qu'un survivant, Arphadax, qui va se réfugier sur une planète primitive dont une tribu possède elle aussi, en germes, la Puissance du Verbe. Le Khour est suivi sur la planète par un guerrier Shaï, Raag, et la lutte des deux créatures galactiques en terre étrangère forme le corps principal du roman.
     Comme on l'aura sans doute deviné, la planète est la Terre, et la tribu possédant la Puissance du Verbe est celle des Cananéens, autrement dit les juifs d'avant Jésus. L'action se déroule sur plusieurs siècles, pendant lesquels nous voyons revivre les figures d'Abraham, de Mosché, de Josué, ainsi que des événements fameux comme la fuite en Egypte, le passage de la mer Rouge, la construction de l'Arche d'Alliance ou le siège de Jéricho... Il est toujours fascinant de revisiter ainsi l'histoire, en introduisant dans son déroulement, pour en expliciter les phases obscures ou grandioses, la main (ou le tentacule) d'extraterrestres qui en dirigent le cours en sourdine. Yann Menez a parfaitement tenu son pari, et a su lier sans bourdes historiques et sans trop d'illogisme (encore qu'Arphadax et Raag ne semblent se courir après aussi longtemps que pour permettre au roman d'arriver au bout de ses 250 pages) les fils de son récit, auquel on peut peut-être aussi reprocher d'avoir sacrifié quelque peu le lyrisme de rigueur et la poésie documentaire à l'action pure. Le rebondissement final est également ingénieux, qui nous montre Raag, vaincu par la Puissance du Verbe (et avec lui toute son espèce), revenir sur Terre après un saut dans le futur, et se réincarner dans le corps d'un enfant du nom d'Adolph Hitler — lequel réglera plus tard un vieux compte avec les juifs...
     Un roman presque complètement raté, un autre presque complètement réussi : tel est le portrait provisoire que nous pouvons tirer de Yann Menez, en attendant plus ample information.

     Jan de .Fast, lui, poursuit son chemin sûr et tranquille, qui va même s'élargissant : de 4 volumes annuels (son rythme depuis 1972), il passe cette année à 6 volumes, atteignant ainsi la limite supérieure de production possible en Anticipation. La preuve en est que cet auteur plaît, qu'il marche, se vend. Et c'est justifié : en ces temps où les Le May sont sur la pente descendante (mais espérons qu'ils la remonteront bientôt) et où Pierre Suragne se fait rare (mais ce ne peut être que provisoire puisque son contrat exige toujours de lui 4 romans par an), de Fast apparaît sans peine comme le meilleur auteur de la collection. Bien qu'il s'en tienne à un décor unique (la Fédération des Planètes Unies) et un héros unique, le Dr Alan, envoyé itinérant du Centre Démographique d'Alpha (la plus haute autorité de la Fédération), de Fast a su jusqu'alors éviter les redites et la monotonie grâce à un talent documentaire sans défaut — que ce soit du point de vue ethnologique, écologique ou technologique (l'auteur est d'ailleurs le seul représentant français authentique de hard science), de même qu'il continue de maintenir éveillée la sympathie du lecteur grâce à la fonction originale de son porte- parole .qui, pour une fois, ne manie pas le pistolaser mais sa trousse de secouriste interstellaire (en réalité son astronef miracle en entier).
     Au cadre rigoureusement et une fois pour toutes tracé., répond un fonctionnement linéaire du récit, qui n'a guère que deux directions à explorer : la « galaxie humaine » étant stable et pacifique (pas d'envahisseurs extra-galactiques à l'horizon), les missions d'Alan ne peuvent le conduire que sur des colonies où « il arrive quelque chose » (danger cosmique ou révolte), ou bien sur des planètes habitées par des races terrestroïdes primitives, à qui il faut « donner un coup de pouce » pour leur permettre de ne pas rater leur évolution. Ce schéma, pour pacifiste qu'il soit, répond à un projet hypercentraliste : hors de la doctrine d'Alpha, point de salut ! La Fédération de Jan de Fast est un ensemble rigide dont toutes les composantes doivent rester solidaires, et qui ne souffre aucune sécession. Cette éventualité est précisément au cœur du sujet de Secession à Procyon, qui entre dans la direction n° 1 : une colonie se révolte contre l'autorité centrale parce que atteinte par le démon de l'autarcie. Le roman donne à l'auteur l'occasion de préciser quelques-unes de ses certitudes politiques. Généralités historiques : Une classe ou une nation s'estime lésée, se construit une nouvelle idéologie, guillotine ses soi-disant oppresseurs, se soumet au nom de la bonne cause à une impitoyable dictature autarcique, brise le nouveau joug dans une série de sursauts plus ou moins anarchiques et finit par se retrouver exactement à son point de départ, (p. 150) Petit détail : (Les grèves...) ça consistait à empoisonner l'existence de la population qui n'en pouvait plus mais qui était la seule à en souffrir alors que les gouvernants qui étaient théoriquement responsables demeuraient tranquillement hors d'atteinte, (p. 154, et écrit sur un coup d'humeur lors de la grève des Postes...)
     Ces fortes paroles peuvent amener à nuancer l'opinion qu'on peut avoir sur Jan de Fast, dont Denis Philippe célébrait ici même sans rire son libéralisme à tout crin : l'auteur serait plutôt pour un centralisme technocratique et élitaire (Alan lui-même est un savant doublé d'un surhomme), et sa Fédération-modèle est soumise au joug de la main de fer dans le gant de velours. Mais le tout pour le bien des gens, naturellement. Secession à Procyon, d'ailleurs, illustre bien cette idéologie, puisque le goût pour l'autarcie qui saisît les habitants de Lorela n'est pas le fruit d'une réflexion politique, mais bien d'un dérèglement de leur cerveau, soumis à un bombardement neuronique. Autarcie = maladie, tel est le diagnostic du bon docteur, qui définit le foyer de révolte comme un « kyste à exciser ». Brrr... Ceci dit, et sur le simple plan romanesque, Secession à Procyon est un roman passionnant à lire, plein de rebondissements, et où le suspense est maintenu jusqu'à la dernière ligne.
     Cependant, je préfère Quand les deux soleils se coucheront et surtout Les hordes de Céphée, qui font, eux, partie de direction n° 2 : les humanités primitives dans l'évolution desquelles il faut intervenir. Le premier des deux romans possède un point de départ fort original : les prêtres de la planète Arwill, ayant domestiqué une sorte de fragmentation « sauvage » de l'atome, expédient dans le cosmos à bord d'astronefs de fortune de nombreux contingents de jeunes vierges offertes aux déités célestes. Alan intervient en douceur pour faire cesser ce massacre inutile — et on peut difficilement, ici, aller contre cette sorte d'interventionnisme. A seul titre de comparaison, une question aux progressistes : quelle attitude aurait-il fallu adopter vis-à-vis des Aztèques, qui allaient jusqu'à égorger sur leurs autels 20 000 adolescents chaque année — ce qui a entraîné la dégénérescence et l'affaiblissement de leur civilisation ?...
     Le roman est parfois un peu nonchalant et longuet, mais se lit avec plaisir. L'écologie d'Arwill, planète dont l'année dure 70 ans terrestres, avec un hiver de 35 ans pendant lequel toute vie animale et humaine entre en hibernation, est soigneusement détaillée — et la seule négligence de l'auteur concerne la survie dans les astronefs arwilliens, qui ne sont que des obus verniens, et dont les passagères devraient en toute logique être réduites en charpie sous le choc du départ...
     Les hordes de Céphée, voient Alan débarquer sur Ido, pour favoriser l'évolution des paysans, contre celle des hordes de chasseurs nomades qui viennent périodiquement briser l'essor de leur civilisation naissante. Cependant, et une fois n'est pas coutume, Alan désobéit aux directives d'Alpha car il a pris conscience du fait que ce sont les nomades qui possèdent le mode d'existence le plus viable, alors que les sédentaires évoluent vers une société médiévale militarisée à l'extrême. L'envoyé laisse donc les médiévaux à leur sort et, brisant les tabous des nomades, leur ouvre la porte du vaste monde : Caïn mourra de sa propre main, et Abel vivra... Telle est la conclusion d'un roman vivifiant, planté dans un magnifique décor de cimes himalayennes que l'auteur sait nous faire « voir » par de discrètes descriptions et quelques touches poétiques assez inhabituelles chez lui.
     Comme on l'aura compris, les sérieuses réserves idéologiques que m'inspire Jan de Fast ne ternissent en rien le plaisir que j'ai à le lire. C'est un auteur, un vrai, qui a un monde bien à lui, construit avec patience et cohérence. Il faut simplement espérer pour l'instant que l'accélération que va subir sa production ne se fera au détriment de la qualité : 6 romans par an, c'est lourd !

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/7/1975 dans Fiction 259
Mise en ligne le : 2/2/2015


 

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