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Les Aires du réel / Les étoiles, si elles sont divines

Gregory BENFORD & Gordon EKLUND


Traduction de Gérard LEBEC
Illustration de Serge LANGLOIS

OPTA , coll. Club du livre d'anticipation n° 70
Dépôt légal : 3ème trimestre 1979
640 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-7201-0111-7   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Les aires du réel, un thème des univers parallèles, magistralement traité par Gordon Eklund, qui s'écarte de tous les chemins familiers de la science-fiction.

     Les étoiles, si elles sont divines... 100 années d'une vie humaine vouées à la quête passionnée de la Vie ; des bactéries microscopiques de MARS aux baleines sphériques de JUPITER, des extraterrestres adorateurs d'étoiles aux cristaux vivants de TITAN.

    Sommaire    
1 - Gordon EKLUND, Les Aires du réel (All times possible), pages 11 à 296, Roman, trad. Gérard LEBEC
2 - Les Étoiles, si elles sont divines (If the stars are gods), pages 303 à 635, Roman, trad. Gérard LEBEC
 
    Critiques    
 
     LE CADAVRE DE DIEU BOUGE ENCORE

     Certes, « il n'y a pas de réalité historique toute faite, et qui se livrerait d'elle-même à l'historien » 1. Mais il existe un inaccessible original, à jamais en amont du Fleuve du Temps et que l'historien essaie inlassablement de donner à voir, de reconstruire, de recréer. Recréer, mais non créer. L'uchroniste, lui, peut remonter les flots impétueux, de l'Histoire sur le radeau de la fiction et jouer au nez-de-Cléopâtre-s'il-avait-été-moins-long. Jeu fascinant que la science-fiction a arraché de sa gangue de gratuité pour le lester de réalisme, grâce au concept des univers parallèles 2. Modifier l'Histoire c'est enfanter de nouvelles « aires du réel », mais c'est aussi réinventer ses propres origines, s'engendrer soi-même puisque l'identité est liée à la conscience historique de l'individu, nier la mort en niant l'inéluctabilité du Passé. Modifier l'Histoire, c'est être Dieu, le temps d'une uchronie.
     Dans Les aires du réel, le point de divergence se situe en 1932, lors de la convention démocrate de Chicago. Franklin D. Roosevelt n'obtient pas l'investiture de son parti et se fait battre par un politicien véreux de l'Ohio, Newton Baker qui, l'année suivante accède à la Maison Blanche. Mais celui-ci est incapable de sortir le pays de la Grande Crise qui prend dès lors des proportions de catastrophe nationale. Millions de chômeurs, misère, disette, le mécontentement est à son comble et la révolte gronde, menée par le « rouge » Tommy Bloome. Les événements se précipitent : Grève générale déclenchée le 18 février 1934/Newton Baker démissionne le 3 mai/Proclamation de la loi martiale/La troupe se soulève/Guerre civile entre l'armée rouge et les nationalistes/Instauration de la Libre Démocratie des Etats-Unis d'Amérique avec Bloome comme Premier Directeur/Télégramme de félicitations de Staline : La « Seconde Révolution de 1934 » a vaincu.
     Il est intéressant de noter que Le Maitre du Haut Château 3 prend sa source dans la même altération de la trame historique, à savoir l'élimination de la vie politique américaine de Franklin Roosevelt, assassiné au début de son mandat chez Dick, battu pour la course à l'investiture selon Eklund. Pas de New Deal donc, et pas de redressement économique du pays. Exsangue, l'Amérique capitule devant les forces de l'Axe (Dick), ou bien devient marxiste (Eklund) — Ou fasciste, car dans Les aires du réel une uchronie peut en cacher une autre. Bien sûr un tel discours tendant à prouver que les Etats-Unis ont choisi la meilleure évolution possible peut être taxé de réactionnaire. Par ailleurs, cette conception de l'histoire basée sur l'événementiel et l'individu (Roosevelt or not Roosevelt) s'oppose à la conception marxiste pour qui le développement des forces productives est à la base du devenir historique. Mais l'uchronie, tout à la gloire de l'individualisme, n'est-elle pas antimarxiste par essence ?
     Construit selon le principe du retour en arrière, Les aires du réel dévoile graduellement le paysage uchronique à travers les destinées des principaux personnages : Tommy Bloome bien sûr, sa femme Rachel, Ennis l'ami fidèle, Arnold Lowrey (nommé Second Directeur du Comité en 1939, il provoque la chute de Bloome en s'opposant à l'entrée en guerre des Etats-Unis). Ancrant fermement son propos dans le politique et le psychologique, le roman d'Eklund est une subtile et passionnante variation sur le thème des univers parallèles ainsi qu'une réflexion très actuelle sur les dangers du totalitarisme. Espérons que ce CLA attirera l'attention sur Gordon Eklund, un des plus solides talents de la jeune science-fiction américaine, quelque peu méconnu en France 4.


*

* *

     « La conquête de l'espace n'est plus ce qu'elle était ». Ainsi commençait ma critique du roman de Frederick Pohl La Grande porte, parue dans Fiction 291 sous-titrée « un space-opera crépusculaire ». Ainsi commence ma critique du roman de Gregory Benford et Gordon Eklund Les étoiles si elles sont divines... space-opera crépusculaire et mystique 5.
     La conquête de l'espace n'est plus ce qu'elle était.
     Aux temps bénis de l'Age d'Or, le van vogtien Space Beagle sillonnait sans relâche les profondeurs insondables et intersidérales, traquant l'abondante Faune de l'espace pour le plus grand plaisir de l'équipe scientifique blottie dans le ventre de l'astronef. Aux temps joyeux de l'Age d'Or, les monstres extra-terrestres n'avaient plus aucun secret pour les valeureux astronautes, grâce au nexialisme, la science des sciences.
     La conquête de l'espace n'est plus ce qu'elle était, elle s'est usée aux vents de la routine et de l'absurde, enfoncée souvent dans le sordide, et renvoyant à l'homme sa folle vanité. Mais pour Bradley Reynolds, pour ce vieux fou d'astronome, la recherche de la Vie dans l'espace est une obsession, une quête intérieure de la vérité pour combler le vide et l'esseulement de sa propre existence. « Ce qu'il voulait, c'était l'essence, le noyau, la chose qui se dissimulait derrière les symboles ». Des bactéries microscopiques de Mars aux « baleines » sphériques de Jupiter, c'est lui-même que traque Reynolds. Et donc la partie de Dieu qui est en lui.
     Mais l'impossibilité de communiquer avec d'autres intelligences lui fait douloureusement toucher du doigt les murailles de son implacable solitude. Il ne sait pas parler aux étoiles, n'ayant pour communiquer que son dérisoire et inadapté bagage scientifique. Le nexialisme est bien loin et les — maigres — révélations surgissent toujours de l'inattendu. L'incompréhension est de règle dans un Univers qui garde jalousement ses mystères et se dérobe à toute tentative de communication, laissant l'Homme se fracasser inlassablement l'esprit contre les énigmes de la création. L'angoisse métaphysique propre aux œuvres de Stanislas Lem (et comment ne pas penser à l'océan pensant de Solaria ou aux cristaux métalliques de l'Invincible) se teinte ici de mysticisme, mais la désespérance n'en est pas moins grande...
     Tandis que sourit dans l'éternité des moussons de méthane de Titan l'esprit de Bradley Reynolds...
     Un roman attachant et sensible, volontiers élégiaque, triste parfois comme une pluie d'automne. Non vraiment, la conquête de l'espace n'est plus ce qu'elle était !

Notes :

1. in La Nouvelle Histoire, sous la direction de Jacques Le Goff (Les Encyclopédies du Savoir Moderne — Retz).
2. Voir le chapitre « uchronies » de l'Encyclique du Révérend Versins.
3. J'ai Lu.
4. Déjà paru au Masque — mais passé inaperçu, hélas ! — Le silence de l'aube, remarquable premier roman de l'auteur écrit en 1971, dont le thème n'est pas sans rappeler Les aires du réel : « Le roman raconte une Amérique meurtrie par la guerre civile, victime du blocus décrété par l'Europe et le Japon, qui veut retrouver son équilibre et redevenir une grande nation » (Cf critique dans Fiction 261).
5. Les étoiles, si elles sont divines... est, à l'origine, une nouvelle qui a obtenu le prix Nebula en 1975.


Denis GUIOT
Première parution : 1/11/1979 dans Fiction 305
Mise en ligne le : 1/8/2009


 

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