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L'Agonie du globe

Jacques SPITZ



Illustration de MOEBIUS

SEPTIMUS (Paris, France), coll. Septimus-science-fiction n° 1
Dépôt légal : 1977, Achevé d'imprimer : 28 juin 1977
194 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 13,4 x 19,9 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Jacques Spitz (1896-1963) publie son premier roman L'agonie du globe, présentement réédité, en 1935. Suivront dix années d'activités fécondes avec d'étonnants romans où la rigueur scientifique s'allie à l'imagination la plus brillante.
     Citons parmi les principaux titres : L'homme élastique. Les évadés de l'an 4000, La guerre des mouches. L'œil du purgatoire. La parcelle Z, Les signaux du Soleil.
 
     Nous vivons en ce moment les jours les plus extraordinaires de l'Histoire de notre planète. Aujourd'hui, c'est à l'humanité du XXe siècle qu'il est donné de pouvoir assister à une invraisemblable évolution astronomique de notre planète.
     Si incroyable que la chose puisse paraître, il est excessivement probable que l'on ne peut plus maintenant parler de la Terre au singulier, mais que notre planète, sous l'effet de causes inconnues, s'est sectionnée suivant un plan perpendiculaire à l'équateur, faisant de notre globe deux moitiés dont l'une porte l'Ancien, l'autre le Nouveau Monde. A l'heure actuelle, c'est une terre dédoublée qui gravite dans l'espace, et ses deux moitiés, encore que baignées dans la même atmosphère, sont séparées par une distance d'une cinquanta-ine de kilomètres. Un fossé d'azur nous sépare de l'Amérique.
     Ce fossé va-t-il s'accentuer ?
     Allons-nous voir au cours de leurs révolutions respectives, l'une des deux moitiés de notre globe percuter la Lune ?
 
    Critiques    
 
     CONJONCTURE INATTENDUE

     Réédition inattendue du dernier de nos grands auteurs d'avant-guerre et numéro 1 d'une nouvelle collection dirigée par Jean-Claude de Repper (que les Parisiens doivent bien connaître puisque cet ancien collaborateur d'Horizons du Fantastique manifeste sa passion pour la SF par l'intermédiaire d'une librairie spécialisée). Je précise tout de suite que le numéro 2 sera également consacré à Spitz puisque « Les évadés de l'an 4 000 » est déjà annoncé. Si mes comptes sont bons, il ne manquera plus que deux titres à rééditer « La Parcelle Z » et « Les signaux du Soleil » en espérant que les recherches permettent de découvrir les manuscrits inédits de « Alpha du Centaure » et « La Troisième Guerre mondiale ». Ensuite, les éditeurs de vieilles mais admirables choses songeront peut-être enfin à Théo Varlet, Léon Groc, aux admirables « Formiciens » de Raymond de Rienzi, à ces introuvables Wells que sont « Place aux Géants », « Aux temps de la Comète » et j'en passe pour en revenir à mon propos.
     L'agonie du globe est un roman étonnant. S'il est des conjonctures inattendues, celle-là laisse rêveur. Jugez-en ! Une série de cataclysmes (séismes, tornades), secoue brusquement notre pauvre globe qui finit par se couper en deux, séparant à tout jamais l'Ancien et le Nouveau Monde. Les deux hémisphères voyageront donc isolément dans l'espace et s'éloigneront l'un de l'autre en jouant un drôle de ballet avec la Lune.
     Muni de cette hypothèse particulièrement audacieuse, l'auteur avait évidemment plusieurs possibilités de résolution et de narration. Il semble qu'il ait choisi (mais je raisonne du haut de 40 années de recul) la voie la plus facile et la plus périlleuse : celle de la réunion de coupures de journaux anciens par un présumé habitant de l'Ancien Monde plusieurs années après la catastrophe, l'ensemble étant refondu dans un texte respectant la chronologie des événements.
     Il faut reconnaître que Spitz a réussi là où plus d'un serait tombé dans le piège du fait divers ou du reportage à sensation. Car en dépit de l'astreinte du temps présidant à la succession des phénomènes météorologiques, sismiques et astronomiques, l'auteur n'oublie jamais la population de part et d'autre de la faille qui deviendra un nouveau ciel entre les deux blocs peu à peu autonomes. Et qui dit population sous-entend son comportement, ses bonnes politiques, les communications, les voyages, la survie, les religions, et, bien entendu, le climat psychologique qui pèse au-dessus de chaque seconde qui s'écoule avant, pendant et après la reconnaissance du drame cosmique.
     Les points d'étonnement résident bien entendu, et au premier chef, dans l'identité des personnalités qui défilent sous nos yeux de petits descendants de l'auteur de ce livre. Hitler 1 par exemple n'est pas mort en ces années 46-47 qui n'ont pas vu se dérouler la Seconde Guerre mondiale, et avec lui subsiste Mussolini (ou son buste). C'est dans une atmosphère de Troisième République que la France se débat sous les ruines, et l'auteur se montre particulièrement sarcastique envers « Praline, le dictateur du Kremlin » soutenu par l'extrême-gauche de notre Chambre. La télévision et l'avion à réaction ne feront pas leur apparition dans ce récit qui s'achève en 1960. Ni les spoutniks. Mais l'homme atteindra la Lune par demi-Terre interposée, et ce sera la fin de l'Amérique dont seul un aérolithe de la grosseur d'un pamplemousse nous en conservera le souvenir au musée Carnavalet.
     Ces réserves — toutes relatives d'ailleurs — étant rapidement posées, il n'en reste pas moins une histoire dont la cohérence surprend au fur et à mesure que l'on accède à la compréhension du cataclysme. La description de la mer plate qui s'est formée sur la coupe brutale du globe, les expéditions pour en déterminer les fonds et les nouvelles îles, le ciel qu'on y découvre, ajoutent à un sujet cataclysmique le piment des explorations aux mondes perdus dont nos auteurs des années 1900 étaient coutumiers. Mais je dois avouer avoir regretté ne pas retrouver dans l'impression nouvelle les illustrations (photos !) qui figuraient dans l'édition d'origine de la N.R.F.
     Malgré tout, et bien qu'il ne s'agisse pas là du meilleur de Jacques Spitz, je ne saurais trop conseiller la lecture de cet ouvrage. D'abord parce qu'il faut encourager de telles initiatives. Ensuite parce qu'il est bon quelquefois de découvrir les devanciers. Enfin et surtout parce que ce roman se lit avec un fantastique plaisir.
 

Notes :

1. Plus exactement, il fait mention d'un führer et du Reich de 1 000 ans.


Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/5/1978 dans Fiction 290
Mise en ligne le : 19/9/2010


 

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