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Les Mille et une vies de Billy Milligan

Daniel KEYES

Titre original : The Minds of Billy Milligan, 1981

Cycle : Billy Miligan vol.

Traduction de Jean-Pierre CARASSO
Illustration de Néjib BELHADJ KACEM

LIVRE DE POCHE (Paris, France) n° 31225
Dépôt légal : juin 2009
640 pages, catégorie / prix : 7,50 €
ISBN : 978-2-253-12502-0   
Genre : Hors Genre 

Troisième édition.


Autres éditions
Sous le titre Billy Milligan, l'homme aux 24 personnalités   BALLAND, 1982
Sous le titre Les Mille et une vies de Billy Milligan
   CALMANN-LÉVY, 2007, 2007
Sous le titre Billy Milligan, l'homme aux 24 personnalités
   FRANCE LOISIRS, 1983
Sous le titre Les Mille et une vies de Billy Milligan
   GRAND LIVRE DU MOIS (Le), 2007
   LIVRE DE POCHE, 2009

    Quatrième de couverture    
     Quand la police de l'Ohio arrête l'auteur présumé de trois, voire quatre, viols de jeunes femmes, elle pense que l'affaire est entendue : les victimes reconnaissent formellement le coupable, et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Son étrange comportement amène ses avocats commis d'office à demander une expertise psychiatrique. Et c'est ainsi que tout commence...
     On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l'on appelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare. Il est tour à tour Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, Ragen, un Yougoslave brutal d'une force prodigieuse, expert en armes à feu, et bien d'autres. En tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère, et même de sexe différents !
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition CALMANN-LÉVY, Interstices (2007)


     Ni S-F, ni fantastique, mais tellement délirant dans ses implications que le lecteur est rapidement invité à perdre ses repères normatifs, Les 1001 vies de Billy Milligan est une plongée hallucinante dans l'esprit d'un malade un peu particulier. Immersion si complète et si totale que Daniel Keyes fait œuvre de transfiction, d'où la présence du livre dans la collection « Interstices », dont le nom résume bien le propos. De Daniel Keyes, on connaît évidemment l'excellent Des fleurs pour Algernon qui, tout en conservant un propos clairement estampillé science-fiction, se débarrasse de la quincaillerie inhérente au genre pour se consacrer à la seule vraie littérature, l'humain. Avec Les 1001 vies de Billy Milligan, on découvre une autre facette de son travail, mais qui ne renie évidemment rien de la profonde humanité et de la sincère préoccupation quant à l'état du monde qui transpirait dans Des Fleurs pour Algernon.

     Cas célèbre aux Etats-Unis dans les années 70/80, aussi bien dans les annales psychiatriques que judiciaires, Billy Milligan est emblématique d'une justice qui enferme à défaut de comprendre, qui punit au lieu de soigner. Violé par son beau-père encore enfant, le jeune Billy éclate sa conscience en mille morceaux et se recompose un univers unique, sorte de cocon schizoïde qui fait cohabiter plusieurs personnes au sein du même corps. De ce « syndrome de personnalités multiples », on ne connaît quasiment rien (et pas grand-chose de plus aujourd'hui), mais ses implications sont fascinantes. Imaginez un seul corps et plusieurs entités qui se le partagent. Des gens différents, avec une histoire personnelle différente, des talents différents, des âges différents, des nationalités différentes, des compétences différentes, des comportements différents, des phobies différentes et... parfois même, un sexe différent. Chacun peut accéder au « projecteur », ergo la conscience et piloter l'entité Billy Milligan. Pendant ce temps, les autres s'éclipsent. Quand une autre personnalité reprend le projecteur, elle n'a aucun souvenir de ce que son prédécesseur a fait. Vous imaginez ? Non, c'est presque inconcevable. Et pourtant, c'est avec ce fléau que Billy Milligan a vécu (et continue à vivre, d'ailleurs, en Californie), jusqu'à ce qu'une affaire de viol attire l'attention des psychiatres (et, hélas, des médias) sur son cas totalement délirant. Le violeur, c'est Milligan, personne ne le nie. Le hic, c'est qu'il ne s'agit pas de Billy Milligan au sens normal du terme, mais « d'un » Milligan. Les autres refusent l'accusation et n'ont d'ailleurs rien à voir avec cette histoire sordide. Détail qui permettra aux équipes soignantes d'assister, d'abord incrédules, puis convaincues, aux hallucinantes transformations mentales (parfois quasiment physiques) d'un individu qui souffre au-delà de l'exprimable. Dans cette cacophonie intérieure incroyablement organisée (et hiérarchisée, avec ses chefs, ses bannis, ses conseillers et ses indésirables), Daniel Keyes construit cette biographie comme un véritable thriller, le voyeurisme en moins et l'empathie en plus. D'abord sceptique, puis fasciné et, au final, enthousiasmé, le lecteur fait le voyage (car c'en est un) les yeux écarquillés, tant le paysage est lunaire. Travail, camps de redressements, prison, asile psychiatrique, réinsertion manquée, rien n'est épargné au jeune Billy, malgré des talents insoupçonnés (peintre, expert en armes et en combat, érudit, chacune de ses compétences correspondant à une personnalité bien définie), jusqu'à ce que le travail presque exclusif d'un psychiatre fasse émerger Le professeur, l'individu qui résume (en les diminuant, d'ailleurs) toutes les facettes de Milligan, lui faisant prendre conscience d'une vie en ruines, mais lui redonnant paradoxalement espoir.

     Parti sur les traces de Truman Capote et de l'inégalable De Sang froid, Daniel Keyes signe à sa manière une histoire (un témoignage, un document, appelez-le comme vous voudrez) aussi passionnante qu'intelligente, aussi dérangeante que subtile. Plaidoyer pour une humanité qui triomphe face au malheur et à l'ignorance, Les 1001 vies de Billy Milligan peut se concevoir comme une sorte de parallèle à Des fleurs pour Algernon. Un texte étonnant et inoubliable, à ne surtout pas manquer 1.

Notes :

1. En bons râleurs bifrostiens que nous sommes, on regrettera juste que cette seconde édition française n'ait pas eu la bonne idée de reproduire le cahier photos de l'édition VO. [NDRC]

Patrick IMBERT
Première parution : 1/11/2007
dans Bifrost 48
Mise en ligne le : 16/12/2008


 

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