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L'Apocalypse des homards

Jean-Marc AGRATI



Illustration de Laurent RIVELAYGUE

DYSTOPIA (association) , coll. Workshop n° (3)
Dépôt légal : novembre 2011
320 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-9535951-1-6   
Genre : Imaginaire 



    Quatrième de couverture    
Pas de texte sur la quatrième de couverture.

    Sommaire    
1 - Tour de table d'acceptation du monde, pages 5 à 5
2 - Le Directeur bleu prend son mégaphone, pages 6 à 6
3 - Où sont les plans ?, pages 7 à 8
4 - PENSE TRÈS FORT À TES DENTS, pages 9 à 17
5 - Solo yaourt, pages 18 à 18
6 - Cartable, pages 19 à 19
7 - LE MYSTÈRE DU SCONSE, pages 20 à 24
8 - Tuyauteries, pages 25 à 28
9 - Faute d'accord, pages 29 à 30
10 - Mon pâté préféré, pages 31 à 31
11 - TROIS LÉGIONNAIRES, pages 32 à 39
12 - Le Veau délicieux, pages 40 à 42
13 - LES GARS DES COCKTAILS GLACÉS, pages 43 à 49
14 - Éclatement des bulles, pages 50 à 51
15 - ERASERHEAD REMIX, pages 52 à 57
16 - Là où c'est loin et chaud, pages 58 à 58
17 - LES ODEURS DE LA MACHINE, pages 59 à 61
18 - Réalisation de tous les rêves, pages 62 à 63
19 - FIN DES MATHÉMATIQUES, pages 64 à 69
20 - Solitude lavable, pages 70 à 71
21 - FUCK THE PSYCHOLOGIE, pages 72 à 77
22 - Pornography, pages 78 à 78
23 - ENTRETIEN AVEC LE PREMIER ARTISAN DE FRANCE, pages 79 à 85
24 - Fin du fromage et début de la bureautique, pages 86 à 86
25 - Le Concert des meubles, pages 87 à 87
26 - FIN DU SUCRE ÉTANCHE, pages 88 à 92
27 - Le Gros œil crevé, pages 93 à 95
28 - SOUVENIRS D'UNE DÉCENNIE, pages 96 à 103
29 - Les Fossoyeurs, pages 104 à 104
30 - JE GAGNE TOUJOURS À LA FIN, pages 105 à 118
31 - Carte postale, pages 119 à 119
32 - Aux antipodes, pages 120 à 121
33 - BALADE SUR LES REMPARTS, pages 122 à 144
34 - Fin de la fontaine, pages 145 à 145
35 - Mémoire, Vision et tous les autres, pages 146 à 146
36 - L'Inverse du lapin, pages 147 à 147
37 - MA DISCUSSION AVEC LE CHEF DE LA RÉVOLUTION, pages 148 à 156
38 - L'Apocalypse des homards, pages 157 à 158
39 - Conseil d'un Camerounais, pages 159 à 160
40 - SOLO CARRELET, pages 161 à 165
41 - Tempérament normand, pages 166 à 166
42 - MEILLEURS VŒUX, pages 167 à 169
43 - Matelas, pages 170 à 170
44 - L'HOMME AUX MILLE VISAGES, pages 171 à 181
45 - La Poule des ténèbres, pages 182 à 183
46 - DEUX MINUTES À PERDRE, pages 184 à 188
47 - Le Néant de l'adolescence, pages 189 à 189
48 - Deux stratégies pour bien dormir, pages 190 à 190
49 - SURTOUT, NE TE PRESSE PAS, pages 191 à 197
50 - Les Pertes blanches automatiques, pages 198 à 199
51 - Chambre à Tananarive, pages 200 à 201
52 - PEUT-ÊTRE QUE LA LUNE EST BELLE, pages 202 à 211
53 - Vraiment à poil, pages 212 à 212
54 - Église engloutie, pages 213 à 214
55 - Règne animal, pages 215 à 215
56 - ICI, L'HERBE POUSSERA LIBREMENT, pages 216 à 222
57 - Vue sur les falaises, pages 223 à 223
58 - Ne bouge pas trop la machine, pages 224 à 224
59 - Un agent hyperactif, pages 225 à 225
60 - IL FAUT FAIRE ATTENTION LÀ OÙ ON LÈCHE, pages 226 à 228
61 - Un sous-marin nazi oublié, pages 229 à 229
62 - Le Bateau américain, pages 230 à 230
63 - Surgissement de la race, pages 231 à 231
64 - CHROMATISMES LÉGENDAIRES, pages 232 à 234
65 - La Mycose de l'amour, pages 235 à 235
66 - LE PUNISSEUR, pages 236 à 243
67 - Roche-maman, pages 244 à 244
68 - T'AS PAS DE CANAPÉ ?, pages 245 à 261
69 - Où iras-tu cet été ?, pages 262 à 262
70 - Remplis de sève, pages 263 à 263
71 - LA DISPARITION DU MAÎTRE, pages 264 à 267
72 - Le Terrier, pages 268 à 269
73 - LE COULOIR DE LA MOMIE, pages 270 à 274
74 - Le Derviche et la centrifugeuse, pages 275 à 275
75 - Depuis que j'ai perdu mes couilles, pages 276 à 276
76 - LE COURAGE ÉPAIS ET NOIR DE LA GROSSE VACHE, pages 277 à 285
77 - Pas de régulateur thermique, pages 286 à 286
78 - Ajustement du climat, pages 287 à 289
79 - SOIRÉE DESTRUCTION, pages 290 à 295
80 - Plagiste, pages 296 à 296
81 - Dessalement d'eau en Arabie, pages 297 à 297
82 - UN CHEVAL INADAPTÉ, pages 298 à 309
83 - Une thèse exactement opposée à la mienne, pages 310 à 311
84 - Très belle fin, pages 312 à 312
 
    Critiques    
 
     La jeune maison d'édition Dystopia Workshop, créée en 2010, nous a déjà offert deux splendides ouvrages. Après Bara Yogoï de Léo Henry et Jacques Mucchielli et Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle, les éditeurs du XIIème arrondissement parisien nous proposent un troisième recueil de nouvelles, d'un écrivain peu ordinaire. L'Apocalypse des homards, signé Jean-Marc Agrati, apparaît tout d'abord comme un livre d'une beauté dont le niveau est un standard pour les publications du Workshop. Graphiquement conçu par Laurent Rivelaygue, sa couverture affiche un homard sur fond de crâne, de main sanglante, d'usine fumante et de pictogrammes de danger, qui de sa pince vient titiller le sein d'une femme. Elle étonne autant qu'elle intrigue et suggère un contenu sulfureux mélangeant sexe et violence. Les 84 nouvelles et shots (très courts textes de quelques lignes) qui composent L'Apocalypse des homards en sont effectivement imprégnés, mais traitent aussi d'autres thèmes qui ne laisseront pas le lecteur indifférent. Ceci d'autant plus que l'écriture d'Agrati, son imaginaire décalé et son propos acéré se révèlent sans concession. D'ailleurs, cette intransigeance et la crudité des histoires rebuteront probablement la majorité de ceux qui ouvriront le recueil.

     Dès les premiers récits, intitulés Tour de table d'acceptation du monde, Le directeur bleu prend son mégaphone et Où sont les plans ?, le ton est donné. L'auteur déboussole le lecteur en l'embarquant abruptement dans un univers fou et fantastique, dont on ne comprend d'abord rien. Puis, petit à petit, les choses s'éclairent et on identifie les mécanismes qui régissent le monde semi-imaginaire d'Agrati, ainsi que les sujets qui le préoccupent. Ceci au travers de la galerie de personnages qui nous est offerte. Dans un premier temps, l'écrivain utilise des regards d'enfants, à la fois naïfs et cruels, souvent mal dotés par la nature, pour nous dévoiler sa façon de percevoir notre société : sombre et implacable. Le gosse de Pense très fort à tes dents découvre ainsi la perversité des femmes ; le bébé de Solo yaourt, dès le début de son existence, doit endurer la torture de la chaise haute et ses bourreaux de parents ; dans Le Mystère du sconse, des jeunes maltraitent un de leurs camarades à l'odeur repoussante... Agrati se montre sans pitié, tant avec le lecteur qu'avec ses personnages. Ces derniers aiment les mathématiques, dans lesquelles ils trouvent sans doute un repère logique au monde absurde et atroce qui les abrite. Ils sont humains, ce qui signifie surtout, chez cet écrivain, de la noirceur. Cette cruauté des protagonistes ressort tout particulièrement dans leurs pratiques sexuelles. Sadisme, viol, pédophilie, nécrophilie... De nombreuses scènes de violences et de tortures physiques nous sont également présentées, sans jamais nous ménager.
     Zol, Octave ou Hector sont, il faut le dire, des employés de sociétés qui nient tout respect de l'humain. Il apparaît alors, en pointillés, un second thème majeur du recueil : le fonctionnement pervers des entreprises, grandes broyeuses au service d'un capitalisme débridé. Les textes Le Veau délicieux, Éclatement des bulles, Réalisation de tous les rêves et bien d'autres se penchent ainsi sur les pratiques sans cœur des commerciaux, managers et autres businessmen arrivistes, opportunistes, impitoyables et cupides. Les personnages d'Agrati appartiennent également à la catégorie des Monsieur et Madame Tout-le-monde. Ils vont au supermarché et assistent à la déliquescence de leurs semblables, provoquée par la société de consommation. Mais si celle-ci enchaîne les hommes et les femmes au besoin de posséder, ces derniers n'attendent l'occasion de briser le joug. Dans Fin du sucre étanche, un commercial est pris à parti par les clients d'un magasin ; la famille de Je gagne toujours à la fin sort victorieuse de l'embuscade tendue par le système mercantile en refusant les promotions qu'il lui offre...
     Cette explosion populaire survient dans d'autres textes. Agrati laisse à maintes reprises ses personnages basculer dans une folie furieuse, voire meurtrière. Parfois, ce renversement intervient de manière imagée, avec l'apparition fantasmagorique de homards. Les crustacés incarnent ainsi la violence destructrice enfouie dans le désespoir ou la perversité de l'homme moderne. Émergeant de la Seine ou résultats de la mutation subite d'un individu, ils sont les cavaliers d'une Apocalypse que l'auteur appelle de ses vœux. À d'autres occasions, Agrati se montre plus prosaïque. Par exemple, dans Ma discussion avec le chef de la révolution, la foule lynche une vieille qui nourrit les pigeons perchés sur son balcon, et dont les chiures tombent en pluie sur des voisins excédés. Mais dans Il faut faire attention là où on lèche, Remplis de sève ou Pas de régulateur thermique, il évoque un monde qu'on peut imaginer futur. Un SeinJus et un BaisePierro y sont mis en scène, figures extirpées, en les déformant, de l'Histoire de France pour jouer le rôle de révolutionnaires d'une nouvelle ère.

     Avec leurs biomarcusiennes, leur guillotine transparente, leurs lémuriens extraplats qui servent de shorts suceurs, ces courtes histoires sur une Révolution prochaine sont des exemples représentatifs de la science-fiction délirante et provocante de Jean-Marc Agrati. L'imagination de ce dernier est capable de dépasser les limites du raisonnable, mais traite de sujets concrets et contemporains. Elle le classe ainsi parmi les écrivains aux univers d'anticipation les plus originaux du genre.
     Cette singularité, il la cultive également par la poésie qui imprègne la plupart de ses textes. Par leur taille réduite, par la réflexion philosophique qu'ils donnent à des aspects de notre quotidien, grâce à la précision du regard qu'Agrati porte sur notre monde, la plupart des shots du recueil apparaissent comme de véritables poèmes. Cet écrivain dispose d'un indéniable talent pour ce difficile exercice de style. Non pas seulement parce qu'il manipule les mots avec brio, tout en employant une écriture directe et assez peu raffinée dans le ton, mais surtout par la justesse avec laquelle il exprime ce que le lecteur a déjà pu ressentir, sans jamais avoir réussi à l'énoncer.
     Car l'auteur puise l'inspiration dans ce qui nous entoure. Certains textes n'incorporent ainsi aucun élément fantastique car le réel se suffit parfois à lui-même. On pourrait même croire que dans Conseil d'un Camerounais, T'as pas un canapé ? ou Peut-être que la Lune est belle il raconte des scènes qu'il a lui-même vécues, légèrement modifiées pour y introduire le mordant et la provocation qui imprègne le recueil. Les thèmes abordés dans l'ensemble du livre n'en apparaissent alors que plus préoccupants, l'amertume de l'auteur vis-à-vis du capitalisme et du consumérisme n'en est que plus palpable. Les éléments fantastiques, anges gardiens, crustacés fabuleux, mutants, et cætera. sont donc surtout employés pour mettre en relief ou réifier la folie autodestructrice qui caractérise notre espèce mais peu illustrée au quotidien. Toutefois, dans L'Apocalypse des homards, elle apparaît également comme notre chance de briser le carcan que représente le méprisable système économique qui régit notre société.

     Cela dit, ce n'est pas sur une perspective très réjouissante que s'achève le recueil. La première partie du livre décrit un monde ténébreux, où il se passe des choses terribles. Un humour noir et le caractère saugrenu des situations présentées permettent toutefois une distanciation vis-à-vis de leur horreur et de prendre un réel plaisir à leur lecture. Le dernier quart de l'ouvrage nous plonge pour sa part dans une série de textes pour lesquels l'auteur a abandonné le second degré afin de dévoiler la part la plus glauque et répugnante de son univers. On ressort donc de L'Apocalypse des homards avec une impression désagréable, heureux d'en avoir enfin terminé.
     Toutefois, ce sentiment est tempéré lorsque le recueil est analysé dans son ensemble. Si de nombreux récits laissent dubitatifs, semblant s'achever avant la fin de ce qu'ils racontent, ils démontrent pour la plupart le talent d'écrivain et de poète de Jean-Marc Agrati. Ils mettent à nu les préoccupations d'un homme aux prises avec l'absurdité de la société de consommation, du capitalisme et de l'égoïsme outrancier qu'ils valorisent. En se complétant, en se répondant, les 84 nouvelles et shots de L'Apocalypse des homards forment un ouvrage dont l'ensemble se révèle supérieure à la somme des parties qui le composent. Plus qu'un simple recueil, le dernier né des éditions Dystopia est un pamphlet fou, violent, exalté, provocant, à lire en entier. Mais à petites doses pour éviter l'overdose.


Stéphane GOURJAULT
Première parution : 16/11/2011 nooSFere


     Compliqué de parler de ce livre.

     C'est un fourre-tout qui agrège des nouvelles et des... poèmes en prose ? des vignettes ? des contes ? par dizaines. Ces texticules, Agrati les appelle des « shots », et la polysémie de ce mot en anglais dit bien des choses, qui renvoie à l'alcool, aux guns, à la photo.

     C'est l'équivalent papier d'un site web : même si on ne voit pas les liens hypertexte, ils sont là. Couleurs conjuguées. Images réitérées. Expressions déclinées. Personnages récurrents — enfin, peut-être : certains, qui apparaissent dans plusieurs récits, courts ou longs, portent les mêmes noms, en tout cas.

     C'est un kaléidoscope violent et cradingue. Avec du sang, du foutre, de la merde. Des apocalypses, oui, collectives et devinées, ou bien individuelles et exposées. Les textes les plus psychologiques, sur la mort de l'amitié, sur la vieillesse et ses perditions, sur les renoncements du quotidien, sur le travail (Agrati dit « la bosse ») et son esclavage plus ou moins consenti, sont poignants, l'air de rien.

     C'est un catalogue de cauchemars plus dérangés les uns que les autres. Quand on a vu un « four portatif déguisé en chien » bouffer un postier pédé dans un bar de postiers pédés, on s'attend à tout. On n'est pas déçu.

     C'est un style faussement simple. Une écriture dont les fulgurances tantôt vous ébranlent le cerveau, tantôt vous bottent les couilles. Poésie de l'ordure ? Pas seulement.

     Ce n'est pas de la SF, à peine du fantastique, plutôt du fantasme. Une bulle acide de présent qui ne demande qu'à crever, ou la bulle acide d'un présent qui ne demande qu'à crever. Il se rattache presque à la littérature fin de siècle, ce bouquin du début de siècle. Contes cruels, Grand Guignol. Une lignée qui s'est poursuivie chez Ruellan, Topor, Sternberg, entre autres.

     C'est Ambrose Bierce relooké cuir SM pour Hara-Kiri.

     C'est Charles Bukowski joué par les marionnettes des Feebles.

     Compliqué de parler de ce livre. Facile de s'y attacher. Il faut reconnaître qu'il pègue, et pas qu'un peu.

Pierre-Paul DURASTANTI (lui écrire)
Première parution : 1/1/2012 dans Bifrost 65
Mise en ligne le : 7/3/2013


 

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