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Arche

Stephen BAXTER

Titre original : Ark, 2009

Cycle : Déluge  vol. 2

Traduction de David CAMUS & Dominique HAAS
Illustration de Didier THIMONIER

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : novembre 2010
600 pages, catégorie / prix : 24 €
ISBN : 978-2-258-08499-5   
Genre : Science-Fiction 

Couverture : conception graphique : Blacksheep, photos (c) Photolibrary.



    Quatrième de couverture    
La suite apocalyptique de Déluge

     En 2052, après une ultime inondation qui a submergé les dernières parcelles de terre présentes sur notre planète, la fin du monde a eu lieu. Quelques années auparavant, anticipant le déluge final, le gouvernement américain a eu l'idée de construire une arche. Non pas un bateau permettant de naviguer sur les eaux et de sauver ainsi les derniers survivants, mais une navette spatiale conçue pour accueillir à son bord une poignée d'individus destinées à fonder une colonie humaine dans l'espace, sur une nouvelle Terre. Reste à choisir les heureux élus...
     Suite grandiose et captivante du spectaculaire Déluge, Arche est une épopée palpitante qui, en ces temps de réchauffement climatique, pose une question très actuelle : si la Terre venait à disparaître, où irions-nous ?

     Considéré comme le digne successeur du grand H. G. Wells, Stephen Baxter a publié une quarantaine de romans, dont la trilogie « Les Enfants de la destinée », saluée comme un chef-d'œuvre de la science-fiction moderne.
 
    Critiques    
     Suite de Déluge (critique in Bifrost n°57), qui a vu la Terre inondée par de gigantesques poches d'eau souterraines ayant fait résurgence, Arche décrit le projet gouvernemental consistant à exiler un fragment de l'humanité vers un autre monde. C'est une aventure s'étalant sur plus d'un demi-siècle que Baxter propose dans ce volume, où les protagonistes du début s'effacent progressivement au profit de leurs enfants et de la génération suivante.

     La destination est une planète distante d'une vingtaine d'années-lumière, autour d'une étoile relativement semblable au Soleil. Afin de ne pas perdre trop de temps dans le trajet à destination, le mode de propulsion choisi, dans une bulle de distorsion échappant à l'espace-temps, reste cependant hautement spéculatif, comme le reconnaît l'auteur en postface, ne serait-ce que pour embarquer l'accélérateur de particules destiné à modifier localement la constante cosmologique, lequel nécessite l'énergie d'une antimatière récoltée au large de Jupiter, car trop longue à fabriquer avec les moyens humains classiques.

     En adepte des voyages spatiaux, l'auteur n'omet aucun détail d'une expédition dont on imagine sans peine la difficulté. La catastrophe planétaire devient, rétrospectivement, le seul impératif de survie suffisamment fort pour justifier cette entreprise hors normes et dans un temps réduit. Pour mieux convaincre le lecteur, Baxter présente quelques scènes sordides liées à la survie et aux bouleversements sociaux accompagnant la montée des eaux. C'est encore l'imminence du désastre, et la faible dangerosité en cas d'accident, qui autorise la reprise de projets remisés au placard, comme le vaisseau spatial Orion à propulsion nucléaire.

     Les candidats choisis pour leur jeune âge, leurs grandes capacités intellectuelles, sont formés de manière à réussir cette expédition de plusieurs années. Dès le départ, des impératifs politiques, des modifications de programme, des désordres divers infléchissent le projet. Des passagers clandestins aux accidents engageant la survie du groupe, des conflits psychologiques à la schizophrénie individuelle, en passant par des modes de gouvernance successifs, de l'abandon de la destination initiale pour une autre en passant par le désir de rebrousser chemin, aucune piste narrative n'est négligée, Baxter s'amusant même à les traiter toutes en un seul ouvrage, comme il traita jadis dans Les Vaisseaux du temps de l'ensemble des thèmes liés au voyage temporel. C'est donc une compilation de toutes les situations qu'a engendré le thème de l'arche stellaire qui est présentée ici, en tenant compte des avancées scientifiques réalisées entre-temps.

     L'exercice a l'avantage et l'inconvénient du pot-pourri, à savoir que ces thèmes familiers manquent d'originalité et qu'à peine esquissés, ils sont abandonnés pour le suivant. Si on suit les péripéties avec intérêt, l'intrigue s'éparpille malgré tout entre les multiples protagonistes et les théâtres des opérations. L'auteur a du mal, et on le comprend, à rassembler les fils des intrigues croisées en une seule trame cohérente, celle de la survie globale de l'humanité étant trop ravaudée pour être satisfaisante.

     Un thème dominant finit tout de même par émerger, récurrent chez l'auteur, à savoir les possibilités de vie et leur évolution dans l'univers. D'abord contenu dans la seule tragédie de l'humanité, il se dégage insensiblement du spectacle des mondes croisés, épuisés plutôt que morts, et de l'absence de signaux intelligents. En fin de roman réapparaît donc le Stephen Baxter des vertigineuses spéculations ; mais peut-être avait-il lui aussi besoin d'accomplir ce long périple pour se retrouver.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2011 dans Bifrost 61
Mise en ligne le : 29/1/2013

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2013)


 
     Le point de départ de ce diptyque est assez original : en effet, pour nous parler de la fin de la Terre telle que nous la connaissons, Baxter commence par nous décrire un futur proche dans lequel l'Espagne s'est fragmentée sous l'effet du terrorisme, et introduit ses protagonistes sous la forme d'un groupe d'otages soudé par cinq ans de captivité. De leur libération, alors que le niveau des eaux commence à monter, jusqu'à la fin de l'histoire, ils ne cesseront de rester en contact les uns avec les autres.
     La fin de la Terre ? Presque, car la montée des eaux de Stephen Baxter, ce n'est pas de la gnognotte : au lieu de nous resservir l'habituelle fonte des calottes glaciaires, qui ferait certes des dommages, mais limités, il propose une hypothèse plus osée, plus SF : l'idée que le manteau de notre planète renferme de gigantesques océans souterrains qui, à la faveur d'un mouvement tectonique, se déversent en surface. Du coup, la crue — plus que le déluge du titre — est désormais quasiment sans fin, et le niveau des eaux va monter de plusieurs kilomètres. L'environnement de la Terre opère ainsi un changement complet, et l'on imagine bien que ce postulat va permettre à Baxter de nous décrire le phénomène dans toute son ampleur et d'en analyser toutes les conséquences. Plutôt que d'adopter un mode de narration globalisant, où l'on passerait en revue les conditions climatiques changeantes sur toute la planète, il préfère garder le focus sur ses otages qui vont peu à peu prendre conscience de l'universalité du phénomène tout en essayant de sauver leurs proches ; même lors d'un cataclysme planétaire, Baxter reste ainsi au plus près de l'humain. C'est l'un des principaux intérêts de Déluge : mêler destin particulier et catastrophe écologique majeure, sans verser trop dans le mélodramatique (à ce titre, Baxter ne donne jamais de chiffres sur la portion de population ayant péri suite à la crue).
     Baxter adopte une narration chronologique, où le lent défilé des dates résonne douloureusement avec l'inexorabilité de l'augmentation du niveau des eaux. Les tentatives de l'Homme pour contrer cette catastrophe, même si elles sont parfois audacieuses (le personnage de Nathan Lammockson, milliardaire égoïste mais visionnaire, est à ce titre emblématique de la théorie darwiniste selon laquelle seuls les plus forts réussiront à s'adapter), semblent irrémédiablement vouées à l'échec. Après tout, qui sommes-nous, pauvres êtres humains, face à des phénomènes qui nous dépassent ? Et ce n'est pas la dernière scène du roman, inévitable et inoubliable (des scènes comme celle-là nous rappellent pourquoi nous lisons de la SF), qui changera cette conclusion.
     Dans Déluge, Lammockson et les siens construisent la Troisième Arche, gigantesque plateforme-radeau assemblée de bric et de broc qui leur permettra de continuer à exister quand les eaux recouvriront toute la planète. Mais pourquoi troisième ? Eh bien, c'est ce à quoi va répondre Arche, second volet du diptyque. Pas totalement synchrones (Arche commence alors que la crue est déjà bien entamée), les deux romans se recoupent beaucoup, et partagent même certaines scènes communes. Lorsque l'humanité se rend compte de l'inéluctabilité de l'événement auquel elle assiste impuissante, des milliardaires — parmi lesquels figure bien évidemment Lammockson — décident de construire un vaisseau spatial qui permettra à l'homme de coloniser une nouvelle planète lorsque la Terre sera devenue invivable. Même si Baxter aborde de front les questions scientifiques sur la possibilité d'un itinéraire au long cours (via une bulle de distorsion permettant un voyage en accéléré), et technologiques sur la création de ce vaisseau-arche, il ne s'y étend pas. Ce qui l'intéresse davantage, c'est encore une fois l'aspect humain. Aussi va-t-on assister à la formation du futur équipage : des jeunes femmes et hommes qui apprendront à se connaître au fil des années, tout en se perfectionnant dans différentes spécialités scientifiques. Puis arrive le moment du départ, où un grain de sable vient s'immiscer à bord du vaisseau sous la forme de « Personnes Déplacées », entendez les laissés-pour-compte qui décident de se rebeller et dont certains vont réussir à pénétrer dans l'arche. Dès lors, les tensions, que l'on avait voulu éviter par la formation groupée de tout l'équipage, vont se multiplier. Cette partie est la moins convaincante du diptyque, car Baxter abandonne toute prospective scientifique rigoureuse pour lui préférer le ressort dramatique souvent peu vraisemblable de la vie à bord de l'Arche (on imagine difficilement qu'un des protagonistes puisse devenir un dictateur, ou que l'on condamne tel autre, fautif, à une amputation de la jambe). Baxter sacrifie ici au spectaculaire de manière gratuite ; il semble que son seul but soit de préparer le schisme quasi-religieux qui va voir les habitants du vaisseau s'affronter et décider de se séparer pour choisir différents itinéraires. Même si, comme le dit l'adage, « tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir », on doute fortement à la fin d'Arche que Baxter soit réellement convaincu du bien-fondé de ce dicton.
     Saga dense (chaque roman pèses ses sept cents pages en poche) dans laquelle les motifs religieux sont transparents — le déluge, l'arche de Noé, bien évidemment, mais aussi la figure messianique revendiquée par Lammockson, ou encore le schisme à bord de l'arche — , Déluge/Arche est donc marqué par la volonté de Baxter de rester au plus près de l'humain. A ce titre, on signalera que les protagonistes principaux sont essentiellement féminins, pied de nez à la tradition plutôt virile des récits-catastrophes, courant dans lequel ce diptyque s'inscrit bien évidemment. Sans prétendre être aussi hard science que certains autres livres de l'auteur, cette série articule finalement ses deux romans autour d'une thématique centrale : celle de la transmission du savoir d'une génération à l'autre, et des difficultés qui vont avec, notamment au moment où se produit un événement planétaire qui va provoquer une rupture du monde tel que nous le connaissons.
     Au final, Déluge/Arche ne se révèle sans doute pas l'œuvre la plus aboutie de Baxter (la crédibilité scientifique est parfois traitée avec légèreté, et l'évolution psychologique des colons d'Arche semble peu vraisemblable), mais reste une lecture intéressante et donc recommandée.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/4/2013
Bifrost 70
Mise en ligne le : 1/3/2018


 

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