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Assortiment pour une vie meilleure

Thomas GUNZIG




AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France) n° (57)
Dépôt légal : septembre 2009
504 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-84626-204-0   



    Quatrième de couverture    
     Deuxième recueil de nouvelles publié au Diable vauvert, il rassemble 27 nouvelles parues dans différents recueils diffusés exclusivement en Belgique comme Carbowaterstoemp et aujourd'hui épuisés, données sur scène mais encore inédites, ou encore parues en revues.
     Gunzig donne ici la pleine maîtrise d’un talent de nouvelliste incontournable, arrivé à maturité. Sous des titres culinaires, une galerie de portraits, humains ou animaux, piégés par la dure réalité de la vie qu’ils tentent en vain d’adoucir, mais c’est sans compter les multiples embuscades du destin...
 
    Critiques    
     Au fil des publications, l'évidence s'impose : Thomas Gunzig est l'un des écrivains les plus doués de sa génération. Du talent à revendre, un imaginaire loufoque, détonnant, et cette petite pointe de folie en plus qui fait toute la différence. Après un premier roman marquant, Mort d'un parfait bilingue (prix Victor Rossel), et un excellent recueil de nouvelles, Le Plus Petit Zoo du monde (prix des Editeurs), il avait pourtant déçu avec son second roman, Kuru, une tentative assez pataude de fable sociopolitique sans réelle magie (cf. critique in Bifrost n°40). Mais il était revenu en meilleure forme avec 10000 litres d'horreur pure, modeste contribution à une sous-culture, un slasher excitant, très drôle et très gore (cf. critique in Bifrost n°48). Le revoilà donc avec Assortiment pour une vie meilleure, qui rassemble vingt-sept nouvelles parues dans des recueils exclusivement diffusés en Belgique, ou dans diverses revues. Ça démarre plutôt bien avec « L'Assassin » ; l'histoire d'un homme apparemment banal, mais qui sait depuis toujours qu'il est un assassin. Bon, jusqu'ici il n'a trucidé que quelques petits animaux (fourmis, mouches, papillons...), mais il se décide enfin à passer à la vitesse supérieure en assassinant un être humain. N'importe lequel, au hasard. Il va pourtant découvrir qu'il n'est pas le seul à nourrir ce genre de pulsions meurtrières... On passe rapidement sur le second texte — « Hors d'œuvre et canapés, sous le signe du chorizo » — nettement plus banal. Vient ensuite une salve de nouvelles ultracourtes qui obéissent toutes au même schéma narratif : l'histoire à chute. On y croise tout une galerie de personnages décalés, souvent un peu pathétiques, auxquels le hasard réserve de bien mauvaises surprises. Ça va très vite et on rit beaucoup. C'est du Thomas Gunzig pur jus : une bonne dose d'humour décapant, une écriture au scalpel et des renversements de situations inattendus et délirants. Il faut pourtant attendre la seconde moitié du livre pour que Gunzig nous donne la pleine mesure de son talent. C'est d'abord « Gastronomie hospitalière. Figures du transfert. Episodes cliniques », une nouvelle au ton très kafkaïen, et puis surtout « Le Meilleur du XXIe siècle », un grand texte. Avec des éléments simples — quelques humains, un animal, et une voix appartenant à un narrateur non identifié — , Gunzig nous concocte un récit choral, une fable urbaine bouleversante, où la douleur et le malheur se transmettent d'un être à un autre par l'intermédiaire d'un furet en quête de vengeance et d'amour. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien ; n'empêche qu'on termine la lecture de cette nouvelle avec une crampe au ventre et qu'on se dit qu'un type capable d'écrire des choses pareilles mérite vraiment d'être lu. Confirmation avec « L'Héroïsme au temps de la grippe aviaire », un autre très beau texte (initialement intitulé « Spiderman », un titre qui lui convenait beaucoup mieux). Il s'agit en fait d'un monologue visiblement écrit pour la scène. Un homme se présente face à nous. Il porte un costume de Spiderman. Mais on comprend vite qu'être un super-héros au quotidien n'est pas un job facile. Grave et hilarante à la fois, originale et intense, voilà encore une nouvelle qu'on n'est pas prêt d'oublier. Et pour terminer en beauté, le recueil s'achève avec « L'Eau salée », ou comment un couple doit gérer la naissance d'un enfant un peu particulier...

     Il y a du Will Self chez Thomas Gunzig, du Boris Vian aussi : une capacité a créer — en quelques phrases, quelques mots — du trouble et du désordre dans la tête de son lecteur. Grand styliste, Gunzig sait s'y prendre pour faire tout à coup basculer un texte vers le fantastique ou le surnaturel, avec des résultats parfois vertigineux. Et même s'il se laisse parfois aller à la facilité (comme dans « Viande d'objet », un texte où il reprend des thèmes déjà présents dans Kuru et dans « La Vache », une des nouvelles du Plus petit zoo du monde), Assortiment pour une vie meilleure contient plusieurs récits inoubliables, d'une qualité exceptionnelle, qui font de ce recueil de nouvelles une des lectures indispensables de cette rentrée littéraire 2009.

Xavier BRUCE
Première parution : 1/10/2009 dans Bifrost 56
Mise en ligne le : 7/11/2010


 

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