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Conan - Les Clous rouges. Troisième volume : 1934-1935

Robert E. HOWARD

Titre original : The Conquering Sword of Conan, 2005

Cycle : Conan - l'intégrale  vol. 3

Traduction de Patrice LOUINET
Illustration de Gregory MANCHESS
Illustrations intérieures de Gregory MANCHESS

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Les Intégrales n° (17)
Dépôt légal : juin 2009
528 pages, catégorie / prix : 25 €
ISBN : 978-2-35294-306-8   
Genre : Fantasy 

Édition brochée.



    Quatrième de couverture    
     Conan est l'un des personnages de fiction les plus connus au monde.
     Robert E. Howard l'a créé en 1932 et avec lui, l'heroic fantasy. Ce héros, ainsi que la puissance évocatrice de l'écriture de son auteur, a eu, et a toujours, une influence majeure, au moins égale à celle de Tolkien, sur l'imaginaire occidental. Pourtant, les nouvelles du Cimmérien n'ont jamais été publiées telles que son auteur les avait conçues. Elles ont été réarrangées, réécrites, modifiées, artificiellement complétées après sa mort.

     Voici le dernier des trois volumes qui rassemblent l'intégralité des aventures de Conan, présentées dans l'ordre de leur rédaction, restituées dans leur version authentique à partir des manuscrits originaux et dans de nouvelles traductions. Elles s'accompagnent de nombreux inédits, ainsi que d'articles et de notes sur l'oeuvre de Robert E. Howard et l'univers de Conan par Patrice Louinet, qui en est l'un des plus éminents spécialistes internationaux.

     Un ouvrage exceptionnel, superbement illustré par Gregory Manchess.

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition BRAGELONNE, Les Intégrales (2009)


     Le troisième et dernier volume de l'intégrale des aventures de Conan nous démontre, s'il le fallait encore, tout l'intérêt d'une retraduction des nouvelles de Robert Howard assortie d'une publication dans leur ordre d'écriture. Pour clore en beauté la saga du Cimmérien, Patrice Louinet nous propose ce somptueux ouvrage qui, selon ses propres dires répétés à l'occasion d'interviews, contient les meilleures histoires de Conan et, accessoirement, les préférées de notre expert international de l'œuvre howardienne (signalons au passage — un peu de chauvinisme ne fait pas de mal — qu'on lui doit les anthologies américaines de Conan à l'origine de ces éditions, adaptées par ses soins).

     Les nouvelles présentées ici sont les toutes dernières rédigées par l'auteur texan : l'ultime aventure de Conan, Les Clous Rouges, souvent saluée comme son chef-d'œuvre, a vu le jour moins d'un an avant son suicide. Étant donné sa qualité globale, et sans tirer de conclusions hâtives, il paraît évident que Robert Howard n'aura cessé de s'améliorer tout au long de sa carrière pour parvenir à la quintessence de ses thèmes de prédilection (l'opposition entre le prétendu homme civilisé et le soi-disant barbare) et de son style au crépuscule de sa courte vie. Ces dernières nouvelles étonnent d'autant plus par leur maturité, les profondes réflexions impliquées par les sujets abordés (la survie de la civilisation face à la sauvagerie dans De l'Autre Côté de la Rivière Noire ou sa déliquescence dans Les Clous Rouges), et par leur foisonnante richesse bien éloignée de la réputation simpliste de Conan due au genre populaire auquel il appartient, chargé de préjugés. Il semble pourtant difficile de renier le statut d'écrivain et d'auteur à Howard après la lecture de cette intégrale. Affirmons-le sans retenue : à la fin de sa vie, où il était seulement âgé d'une trentaine d'années, miné par l'agonie de sa mère, l'éloignement de sa compagne et ses problèmes d'argent, Robert Howard parvenait au sommet de son art. Ce constat rend d'autant plus absurde la démarche de Lyon Sprague de Camp, qui avait pris le parti de réunir les écrits de son « ami » dans un pseudo ordre chronologique reprenant les étapes de la vie de Conan, en nous empêchant ainsi de constater l'évolution artistique et spirituelle de l'écrivain.

     A la manière du barbare, passons sur le dispensable et l'anecdotique (Les Dents de Gwahlur, Le Maraudeur Noir et Les Mangeurs d'Hommes de Zamboula) pour nous ruer sans appréhension vers ce qui nous intéresse, à savoir : les deux meilleures nouvelles de Conan jamais écrites.


*


     « Les hommes civilisés rient, déclara Conan. Pourtant pas un seul d'entre eux n'est capable d'expliquer comment Zogar Sag peut appeler et faire venir des forêts primitives des pythons, des tigres et des léopards, afin qu'ils exécutent ses volontés. »

     Dans Au-delà de la Rivière Noire, Conan s'associe à un groupe de gardes installés dans un avant-poste à la lisière du monde civilisé, sur le limes du territoire inconnu des terribles Pictes trancheurs de gorge aux cheveux hirsutes et aux « corps peints », afin de mener une expédition punitive contre un sorcier de leur race. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu, et la mission va rapidement dégénérer en une chasse à l'homme au cours de laquelle Conan et son dernier compagnon d'arme encore en vie devront échapper à leurs poursuivants dans une jungle étouffante.

     La nouvelle se décompose en trois actes, selon une construction assez classique du genre : l'exploration, la capture et la fuite. La première partie nous fera beaucoup penser aux films d'aventure où un groupe d'aventuriers doit remonter le cours d'une rivière dans un territoire hostile et inconnu, avant de laisser place à une scène de captivité typiquement howardienne située dans le village d'une tribu sauvage, un décor récurrent de Solomon Kane. Enfin, dans le troisième acte, nous entrons de plein pied dans le genre du survival, lorsque Conan doit échapper à la traque des Pictes sauvages tout en essayant héroïquement de prévenir à temps le poste de garde d'une attaque massive imminente de leur part. Un angoissant compte à rebours commence alors...

     Cette histoire menée tambour battant s'intéresse à un thème emblématique de l'auteur : l'affrontement permanent entre les derniers résidus d'un monde appelé à disparaître face à l'avancée de la civilisation, si ce n'est que le monde sauvage se retrouve ici en position de force contre un groupe d'hommes en nombre inférieur et incapable de faire jeu égal avec l'incroyable capacité des Pictes à se fondre dans la nature et leur agressivité suicidaire. Si ce n'est l'un d'eux, bien entendu, et vous devinerez lequel : précisément celui dont l'éducation barbare n'a jamais été « endormie » par le vernis de la civilisation.


*


     « Noire dans la clarté lunaire la nuit dernière, grogna Conan, les yeux assombris par les superstitions abyssales des barbares, rouge sang comme en signe de menace sous le soleil de l'aube. Je n'aime pas cette ville. »

     Les Clous Rouges (le clou de l'anthologie, si je peux me permettre) associe Conan à Valéria, une héroïne bien connue des aficionados du film de John Millius, avec laquelle il se voit contraint de séjourner dans une étrange cité fortifiée apparemment déserte. Lors d'un huis-clos étouffant où nos héros doivent échapper à d'énigmatiques adversaires puis conclure des alliances qui s'avèreront dangereuses, nous découvrons l'histoire de cette citadelle dont le passé traduit la méfiance de Howard à l'égard de la civilisation moderne où la passivité, le laxisme et la cruauté amènent les peuples à leur perte (on pensera notamment aux Romains). Sur la forme, Howard atteint le summum de son style : chaque phrase claque comme un coup de fouet, rythmant la nouvelle sans laisser aucun moment de répit au lecteur totalement immergé. Au final, Les Clous Rouges demeure l'une des aventures les plus sombres, les plus cruelles et les plus sexuées de Conan (ce qui n'est pas peu dire), mais aussi l'une des plus sophistiquées de par la richesse de son histoire et le nombre d'événements qui la ponctuent malgré son décor unique. Voyez-là comme le Macbeth de Howard : un château, un roi aculé, beaucoup de violence et de sang, et un sentiment de folie croissante dont le point culminant se solde par un massacre.


*


     Pour tout vous dire, j'ai personnellement préféré la fuite en avant et la sauvagerie qui ponctuent Au-delà de la Rivière Noire, où Conan ne doit sa survie qu'à son excellente connaissance du milieu naturel et des techniques habituelles des Pictes (au contraire de son équipier aquilonien civilisé, complètement dépassé par les événements), par rapport aux huis-clos et aux manigances des Clous Rouges ; mais les deux nouvelles se valant par leur qualité, cette appréciation repose essentiellement sur une question de goûts. Alors, le sans-faute ? Eh bien... Les peintures de Gregory Manchess passent malheureusement assez mal en noir et blanc, conférant un aspect plutôt brouillon aux représentations, et nous font regretter les sublimes dessins crayonnés de Garry Gianni du volume précédent. Les traditionnelles coquilles et répétitions de la collection sont également présentes, mais en nombre réduit. L'ouvrage clôt donc en beauté la démarche de Patrice Louinet, qui ne s'arrêtera pourtant pas là : la suite de l'œuvre d'Howard — plus confidentielle que Conan — est déjà annoncée pour la suite, au sein d'une collection de la même qualité. Tel Conan dans son demi-sommeil, nous garderons un œil ouvert sur ces projets.

Florent M. (lui écrire)
Première parution : 12/4/2009
nooSFere


 

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