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AOC Millésime

ANTHOLOGIE


Cycle : Fanzines - AOC (Aventures Oniriques et Compagnie)  vol. (H..S.) 


Illustration de ANI

CLUB PRÉSENCES D'ESPRITS , coll. AOC (Aventures Oniriques et Compagnie)
Dépôt légal : mars 2009
250 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 2-9518997-2-6   



    Quatrième de couverture    
     De la fantasy en casque à pointe, un ogre végétarien, des voisins taille « maousse » un rien gênants, une poupée cyber triste, une apprentie-chamane polynésienne, une série qui échappe à son créateur, d'« innocents » petits animaux de laboratoire, un clone qui rêve à l'impossible, un poète rebelle, une funeste ligne de sable martien, une méthode d'éducation un brin spéciale...

     Le lien entre tous ces éléments ? Aucun ! Ou plutôt si : le fait d'avoir fait partie de récits publiés dans « Aventures Oniriques et Compagnie », le fanzine de nouvelles athématique du club Présences d'Esprits. Et d'être maintenant réunis dans un recueil, qui fête le bonheur de voir AOC trouver son public et passer le cap des dix numéros par cette sélection des meilleures nouvelles. Espérons que ces treize textes, accompagnés avec talent de deux récits offerts par Xavier Mauméjean et Francis Berthelot, sauront vous convaincre qu'ils méritaient bien ça...

    Sommaire    
1 - Jo BELLEY, L'Ogre, le chat et les mathématiques, pages 9 à 14
2 - Évelyne BEUZIT, La Métamorphose des Mégaston, pages 17 à 31
3 - Willy AMSHANI, Cette bonne vieille Terre, pages 33 à 39
4 - Jean EFFER, Les Petites voyageuses, pages 41 à 57
5 - Olivier BOURDY, Nourriture spirituelle, pages 59 à 69
6 - Karim BERROUKA, Comme un agneau, pages 71 à 82
7 - Yohan VASSE, Je rêvais des Fays, pages 85 à 91
8 - KERVENOU, Chamane, pages 93 à 112
9 - Willy AMSHANI, Peur au ventre, pages 115 à 123
10 - Olivier ROUY, La Musique des sphères, pages 125 à 143
11 - Camille OCOY, Quand est mort le poète, pages 145 à 155
12 - Sébastien JUILLARD, Death doll blues, pages 157 à 188
13 - Vanessa DU FRAT, Brad 2051, pages 191 à 201
14 - Francis BERTHELOT, Mata Napari, pages 205 à 218
15 - Xavier MAUMÉJEAN, Raven. K, pages 221 à 242
16 - (non mentionné), Présentation des auteurs, pages 244 à 248, Dictionnaire d'auteurs
 
    Critiques    
     Depuis un moment déjà, l'association Présences d'Esprits nous propose dans ses fanzines (AOC et Présences d'Esprits) des nouvelles qui, sans avoir la prétention de révolutionner les genres, s'avèrent souvent d'une bonne qualité globale et plaisantes à lire. Désormais bien installé dans le milieu de la littérature SFF&F amateur, le club a déjà tenté quelques incursions dans un cadre plus professionnel à travers deux anthologies (Esprits Mutants). Malgré son titre, ce troisième ouvrage semble s'inscrire dans leur continuité, en nous proposant une sorte de « best-of » des meilleures nouvelles du fanzine AOC, sans thème commun particulier. Précisons toutefois que ce parti pris compréhensible (autant choisir les meilleures nouvelles parues, même si elles n'ont rien à voir entre elles) présente l'inconvénient de nuire à la cohérence de l'ensemble. Sur la forme, on notera une couverture plus réussie que celles des recueils précédents ; en ces temps de crise, on appréciera aussi un prix légèrement inférieur à celui de ses prédécesseurs.

     Le livre s'ouvre sur la nouvelle L'Ogre, le Chat et les Mathématiques. Placée en « tête d'affiche » (la couverture illustre la nouvelle), cette histoire se montre dans un premier temps assez intrigante, avant de rapidement tourner à vide : quel est donc le propos, le message, le but de ce conte ? Sa brièveté empêche tout développement, et l'histoire de cet ogre ayant renoncé au cannibalisme avant de se voir tenté par une petite fille finit en queue de poisson. C'est dommage, car les éléments mis en place mériteraient d'être approfondis (la passion de l'ogre pour les mathématiques, sa peur du noir, l'origine et l'objectif des petites filles...).
     L'intention de l'auteur est un peu plus claire dans La Métamorphose des Megaston. Malheureusement, son intrigue (une œuvre échappe à son créateur pour se transformer en « autre chose ») ne va pas bien loin : on y découvre une famille américaine modèle destinée à une fiction télévisée adopter progressivement toutes les caractéristiques d'une famille politiquement incorrecte bien connue des amateurs de cartoons... mais sans aucune justification. Nous comprenons aisément la démarche de l'auteur (contaminer le « propre » par l'« affreux », considéré comme plus « libre », pour illustrer la volonté d'une créature d'échapper à son destin), mais son traitement s'avère trop bancal et superficiel pour que le message soit efficace.
     Dans un registre post-apocalyptique, Cette Bonne Vieille Terre s'appuie sur le bon vieux thème de l'épidémie planétaire pour nous livrer une histoire « à rebours », hélas bien trop courte pour marquer les esprits. Difficile, en effet, d'exploiter la fin du monde en sept pages, là où Stephen King parvenait à remplir trois romans avec un postulat semblable (Le Fléau, pour les distraits).
     Sous un style scientifique potentiellement rebutant mais néanmoins « digeste », rédigé à la manière d'un compte-rendu, Les Petites Voyageuses joue sur le thème des paradoxes temporels en confrontant un savant à une erreur de débutant qui, sous ses aspects anodins, entraîne une réaction en chaîne si grotesque qu'elle en devient comique. Une nouvelle maîtrisée, dans la grande tradition des « expériences qui tournent mal ».
     Nourriture Spirituelle s'intéresse aux méthodes éducatives, à travers la métaphore de l'enseignement « ingurgité » sous la forme de nourriture matérielle. L'idée est intéressante mais, là encore, la longueur réduite de la nouvelle ne permet que de l'effleurer. On appréciera toutefois la volonté d'installer un double niveau de lecture et de livrer un message.
     Comme un Agneau m'aura nettement plus convaincu : son auteur, Karim Berrouka, se concentre sur l'essentiel, conscient que la brièveté de l'exercice lui impose la trame d'une histoire simple, intense et efficace (ce qui n'exclut pas la profondeur). Le résultat : une séance de cauchemars hardcore imposée à un homme, qui n'est pas sans nous rappeler la séquence de rééducation d'Alex dans Orange Mécanique. Le procédé est connu, mais l'auteur ose s'aventurer sur un terrain suffisamment extrême pour gagner l'attention du lecteur en quelques pages.
     Passons sur Je Rêvais des Fays, un trip onirique doté d'un joli style mais difficilement compréhensible et sur Chamane, dont le thème ne me touche pas suffisamment pour l'apprécier pleinement, et venons-en à La Peur au Ventre.
     Son auteur, Willy Amshani, est également celui de Cette Bonne Vieille Terre. Il est le seul novelliste à se voir publié deux fois dans l'anthologie. A la lecture de Peur au Ventre, force est de constater que ce traitement de faveur est justifié : malgré quelques maladresses de style, la nouvelle relate avec efficacité la progression d'une armée de créatures typiques de la fantasy sur des champs de bataille. L'utilisation de la première personne, le réalisme cru des événements et le parti-pris d'adopter le point de vue des « méchants » nous fera penser à La Compagnie Noire, ce qui est plutôt une bonne chose en soi.
     La Musique des Sphères est une nouvelle à chute sur le thème du phénomène cosmique inexplicable, et Quand Est Mort le Poète une nouvelle engagée inspirée des artistes incarcérés pour leur opposition à des États totalitaires (cf. Abel Chemoul et consorts). Deux histoires bien traitées, maîtrisées de bout en bout, sans génie mais qui ont tout à fait leur place dans cette anthologie. Un travail « honnête », en somme, qui ne bousculera pas les genres.
     Pour la suite, les inconditionnels de William Gibson trouveront leur compte avec Death Doll Blues, une nouvelle aux accents cyberpunk située dans un Tokyo futuriste au style bien senti. Une réussite, le ton propre à cet univers étant généralement difficile à trouver sans tomber dans la caricature. Vu l'ambiance, on pensera un instant à un plan de Blade Runner où la Réplicante Pris erre dans la rue sur un air de blues, complètement paumée : peut-être une source d'inspiration pour l'auteur... On regrettera juste le manque d'originalité de l'intrigue (une tueuse professionnelle rongée par le doute) et beaucoup trop de longueurs ; si la plupart des nouvelles présentées sont trop courtes pour développer leur propos, celle-ci étire son synopsis en jouant davantage (et très bien) sur l'ambiance que sur l'action.
     Pour finir, Brad 2051 traite d'une histoire de clone en quête d'individualité assez rabâchée en SF, mais cela dit bien traitée (comme l'ensemble des nouvelles, par ailleurs).

     Les deux dernières histoires placées en épilogue tranchent avec le reste de l'ouvrage, puisqu'elles sont rédigées par deux romanciers français reconnus qui font ici office de « guests », comme on dit là-bas. Il serait donc absurde de comparer leur niveau avec celui des autres nouvelles, issues de la scène amateur. Logiquement, Mata Napari (déjà paru dans Bifrost) sort donc du lot, avec son travesti devenu l'amant et le « double » de Mata Hari. Des personnages et un style sensuels et envoûtants pour une intrigue assez ambiguë dans son propos, ce dont on ne se plaindra pas.
     Raven K. de Xavier Mauméjean (déjà paru chez Mnémos) clôt l'anthologie en nous abandonnant sur un sentiment d'amertume, avec son témoignage de déportée raflée par les nazis. Ici, les populations capturées et envoyées en camp de concentration sont issues du monde de Peter Pan, comme si la barbarie s'acharnait à détruire l'imaginaire enfantin. Le contraste entre la naïveté des personnages de J.M. Barrie et les descriptions cyniques du sort qui leur est réservé (inspirées de témoignages réels) rend la nouvelle d'autant plus poignante et inoubliable.

     Au final, les nouvelles présentées provoquent à peu près toutes la même impression mitigée, le sentiment qu'une bonne idée ne suffit pas pour écrire une histoire inoubliable, et que les critères requis pour un fanzine ne sont pas les mêmes que pour une anthologie vendue en librairies. Cette frustration se voit toutefois atténuée par le style des auteurs en présence, qui n'a pas à rougir face à celui de certains ouvrages parus en fanfare chez de plus grands éditeurs (non, je ne nommerai personne) ; simplement, la plupart des nouvelles mériteraient d'être retravaillées et approfondies en collaboration avec l'éditeur pour livrer leur plein potentiel (quitte à en sélectionner un peu moins, mais en les développant). Pour conclure, on peut aussi remarquer que tout cela reste assez convenu, exceptées deux ou trois nouvelles aux chutes assez barrées (Les Petites Voyageuses, La Musique des Sphères...).

     Mais on ne peut faire autrement qu'encourager ce genre d'initiative : place aux jeunes auteurs francophones prometteurs, plutôt qu'à une cent vingt-troisième réédition de Lovecraft !


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 5/6/2009 nooSFere


 

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