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AOC n° 10

REVUE


Cycle : Fanzines - AOC (Aventures Oniriques et Compagnie)  vol. 10 


Illustration de COLLECTIF

CLUB PRÉSENCES D'ESPRITS , coll. AOC (Aventures Oniriques et Compagnie) n° 10
Dépôt légal : septembre 2008
56 pages, catégorie / prix : 3 €
ISBN : néant   



    Quatrième de couverture    
Pas de texte sur la quatrième de couverture.

    Sommaire    
1 - Christophe THIENNOT, Faire Taire la Rumeur !, pages 4 à 10
2 - MÉLIGANE, Douleur, pages 11 à 13
3 - Romain LUCAZEAU, L'Effet Teletubbies, pages 14 à 23
4 - Jean-Christian DROLET, Oscar Aida c. l'Union, pages 24 à 29
5 - Kazouine HOULAM, Écrits d'une Conscience, pages 30 à 48
6 - David SICÉ, Écrire comme H.P. Lovecraft, pages 49 à 55, Article
7 - Willy AMSHANI, Dort, Meurt, Duval, pages 56 à 56, Poésie
 
    Critiques    
     AOC n'est peut-être pas le plus connu des fanzines consacrés à la SF, mais cela ne l'empêche pas de poursuivre son bonhomme de chemin en nous proposant régulièrement des nouvelles de qualité. Dixième numéro en date de Aventures Oniriques et Compagnie, mensuel du club d'écriture Présences d'Esprits (publié en parallèle de sa principale revue, PdE), cette nouvelle édition se voit bousculée par quelques changements dans l'équipe éditoriale (précisés dans l'édito). Cinq nouvelles illustrées — sans genre ou thème commun particulier — figurent au menu de ce cru automnal, ainsi que la désormais traditionnelle rubrique Écrivez Comme...

     La première nouvelle présentée, Faire Taire la Rumeur !, de Christophe Thiennot (anciennement président du club), nous relate une histoire de possession plutôt bien écrite — en gardant à l'esprit le caractère non professionnel de la revue — mais assez superficielle en raison de son thème, ses personnages et sa brièveté. L'exercice de style fait un peu penser au comic-book Hellblazer de par son intrigue mais, si la solitude et l'accablement du vieillard possédé est assez bien dépeinte, le personnage du chasseur de démons manque en revanche de consistance et on a finalement l'impression d'avoir lu une histoire sans réel impact, la chute ne parvenant pas à nous surprendre suffisamment pour sublimer le reste.

     Dans la seconde nouvelle, intitulée Douleur, on devine aisément l'intention de l'auteur, Méligane : exprimer une souffrance intérieure par l'écriture, mais le récit se borne à une accumulation de tortures infligées à l'objet de sa haine sur deux pages. L'exercice peut s'avérer intéressant en littérature (cf. Rafaël, Derniers Jours de Greg Mc Donald, dont fut tiré le film The Brave), mais dans un espace aussi réduit cette histoire sans début ni fin tombe dans le piège de la plupart des récits extrêmes : une gratuité du propos sans justification, si ce n'est en tant qu'exutoire.

     Plus intéressante est la nouvelle suivante, malgré un titre peu inspiré : dans L'Effet Teletubbies, un équipage humain appâté par des perspectives commerciales part à la recherche d'une planète dont la population et les paysages constitueraient les éléments idéaux à la conception d'une émission télévisée pour enfants, tendance Teletubbies (d'où le titre). L'expédition finit par dénicher une planète aux allures de paradis perdu dont les habitants évoquent les Ewoks de Star Wars, parfaite pour leur show, avant de comprendre que les apparences sont parfois trompeuses... Cette découverte d'un peuple belliqueux sous des apparences ingénues permet ainsi à l'auteur (Roman Lucazeau, vingt-sept ans, ancien étudiant de l'ENS, professeur de philosophie politique à la Sorbonne et à Sciences Po !) d'exploiter ses connaissances pour apporter une certaine profondeur à son récit en exposant les conséquences que peut avoir l'intervention d'un État dans une région de culture différente qui lui est inconnue (on pensera naturellement à l'Irak). Pour une nouvelle dont le titre fait référence aux Teletubbies et dont les protagonistes sont nommés les « bouboules », on n'en attendait pas tant !

     Quatrième nouvelle, Oscar Aida c. l'Union se présente sous la forme d'un compte-rendu de jugement. Il est ici question d'un personnage qui nous fera penser très fort à un acteur de la nouvelle Johnny Mnemonic de William Gibson : un dauphin utilisé par l'Armée à des fins stratégiques. L'auteur, Jean-Christophe Drolet, s'interroge ici sur les critères nécessaires à l'obtention d'un statut de citoyen à part entière (réclamé par le dauphin, Osca Aida). Une histoire courte mais très intéressante, de par son fond et sa forme, que l'on devine inspirée de l'actualité.

     Écrits d'une Conscience de Kazouine Houlam s'applique à nous relater l'apprentissage des sentiments humains par une jeune androïde vouée à des courses motorisées. Le thème n'est pas neuf, on pensera bien sûr à Blade Runner mais aussi au manga GunnM et à son « Motorball », et la nouvelle s'avère assez longue en dépit d'une intrigue assez mince : le récit s'étire en longueur, et on s'attend à une révélation qui ne viendra jamais. Notons toutefois que la personnalité de ses personnages sonne assez juste.

     Dans la rubrique récurrente Écrire Comme..., forcément sujette à controverse puisque, par nature, un écrivain doit créer son propre univers et trouver son propre style, David Sicé se propose ce mois-ci de nous apprendre à écrire comme Lovecraft. L'auteur nous explique ainsi, de façon logique et pragmatique, comment construire un récit « à la manière de », mais comme on pouvait s'y attendre son exposé se heurte vite à un obstacle de taille : en s'appliquant à décortiquer la méthode de Lovecraft, on ne peut que se rendre compte de son classicisme absolu sur le plan formel. En effet, l'écrivain affichait une parfaite maîtrise de l'écriture et s'avérait un grand styliste mais, au final, son œuvre n'aura pas fait l'objet d'un culte pour ses qualités formelles. En réalité, pour écrire comme Lovecraft, il faudrait partager ses névroses, voir le monde comme il le voyait, craindre l'infinité du ciel nocturne et écrire avec une fiole de cyanure à portée de main. Sans cela, utiliser ses techniques narratives revient à se rapprocher des meilleurs écrivains de fantastique et d'épouvante, mais il est illusoire d'espérer retrouver de cette manière l'inspiration créatrice de Lovecraft, l'essence même de son univers. C'est la raison pour laquelle ses textes demeurent différents des auteurs du « Cercle », si doués qu'ils fussent. La rubrique aurait donc mérité d'être nommée « Écrire des histoires fantastiques ». Ce reproche est d'ailleurs imputable à Lovecraft lui-même, qui fut l'auteur d'un livre censé aider les jeunes auteurs à écrire des histoires fantastiques et où il s'appliquait consciencieusement et avec générosité à distiller des conseils formels, mais sans paraître conscient de ce qui faisait la force de son écriture : son agoraphobie, son racisme, son vertige ressenti face aux édifices et créatures à l'envergure absurde... Toutes ces névroses qui dépassent le cadre de la littérature pour permettre à une œuvre de transcender son genre. En clair : pour écrire comme Lovecraft, avant d'apprendre ses techniques, commencez par devenir fou !


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 9/11/2008 nooSFere


 

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