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La Lune vous salue bien

Johan HELIOT


Cycle : La Lune seule le sait  vol. 3


Illustration de MANCHU

MNÉMOS , coll. Icares n° (104)
Dépôt légal : mai 2007
256 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 978-2-35408-002-0   
Genre : Science-Fiction 

La couverture porte le titre "La Lune vous vous salue bien".


Autres éditions
   in La Trilogie de la Lune, MNÉMOS, 2011

    Quatrième de couverture    
     « Je connais mon mari, il ne va pas tarder à mettre la Lune sur le tapis. Ainsi que les prochaines élections. Une vraie obsession chez tous les Kennedys. »

     Années 1950 : la lune a disparu du ciel terrien. Partout dans le monde, le bouleversement écologique a précipité les populations désemparées dans les Années Sombres. Le lunatisme, mystérieuse maladie psychique, frappe les plus fragiles, en Europe comme en Afrique.
     Alors qu'ils entreprennent la colonisation de mars avec l'aide des extraterrestres Ishkiss, les Sélénites ont été décrétés axe du mal par le président américain Eisenhower, qui a placé le mystérieux Commandant Bob à la tête de la nouvelle Section Anti-Sélénites. Boris Vian, agent secret français, s'envole en mission pour les États-Unis afin de découvrir ce qui se trame dans les plus hauts lieux du pouvoir, et peut-être de sauver l'humanité du désastre qui s'annonce...

     Johan Heliot est né en 1970 ; son œuvre est marquée par l'éclectisme et l'inventivité littéraire. La lune seule le sait a été récompensé par le prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone.
 
    Critiques    
     L'agent secret Boris Vian est envoyé aux sources du Nil, sur les traces du maréchal Rommel qui, après la défaite du Reich, s'est enfoncé dans le continent avec un reliquat de la Wehrmacht pour y fonder un royaume étrangement pacifiste. Vian va donc plonger « au cœur des ténèbres » à bord d'un bateau appelé « L'Apocalypse Maintenant ! »...
     Il apparaîtra que Rommel s'est comporté ainsi après avoir croisé un certain « Commandant Bob » — dont le prénom complet est Robert Anson. Vian est alors envoyé en Amérique, sous l'improbable surnom de « Vernon Sullivan », juste au moment où le président Eisenhower est assassiné à Dallas, dans sa voiture décapotable, et où un acteur de western 1 est pressenti pour lui succéder.
     En compagnie d'un compagnon peu bavard nommé Hulot, Vian va rencontrer une organisation composées d'ex écrivains de SF qui, sous la houlette d'un certain John Campbell, autrefois directeur d'une revue où ils publiaient, ont travaillé à la concrétisation de leurs idées science-fictives : ainsi le dénommé Arthur Ceylan a développé un réseau de satellites en orbite géostationnaire, un certain Toubib a développé la cybernétique... Avec Alfred, Ronnie et quelques autres, ils forment le Clan Campbell !

     Fou ! C'est dans un monde totalement fou que nous convie Johan Heliot pour ce troisième épisode « lunatique » — chacun pouvant se lire indépendamment. La Lune est partie dans l'espace, l'Amérique craint la menace Rouge 2, la Tour Eiffel restaurée est implantée en Floride, les extraterrestres Ishkiss donnent encore de leurs nouvelles, etc.
     Et, dans ce monde totalement déjanté, on croise de nombreux personnages étranges : Jean-Pierre et Alfred, qui s'occupent d'une agence de publicité avec leur associé Goebbels ; Jack et William, deux écrivains type Clochards célestes ; la jeune Lolita 3 ; John et Jackie ; l'Oncle, qui rêve d'une cité idéale ; le tueur à gage Frankie, si habile que son bras est d'or autant que sa voix est de velours ; des agents très spéciaux ; etc., etc., etc.

     Faut-il décrypter ? Si les références seront transparentes pour bon nombre de lecteurs, d'autres y resteront sans doute hermétiques. Si vous n'avez repéré aucune référence dans les situations et personnages sus-cités, nul doute que vous perdrez une grande partie de la saveur de ce roman. Evidemment, l'épisode de Rommel ne vous évoquera rien si vous ne connaissez ni Conrad ni Coppola. Et si la réelle identité d'Arthur Ceylan ne vous saute pas aux yeux, il est fort probable que vous passerez à côté de beaucoup d'autres allusions.
     En revanche, si vous avez identifié sans peine tous les personnages cités dans cette chronique, vous apprécierez le côté extrêmement ludique du récit, car Heliot s'amuse à ne donner les clés que progressivement : d'abord les prénoms, puis quelques indices, et quelques pages plus tard, parfois, le nom en guise de solution.

     Mais les références ne sont pas tout. Certes le récit apparaît de prime abord aussi barré que ludique, mais il demeure malgré tout solide et parfaitement cohérent. Il s'agit d'une véritable histoire de SF qui mêle intelligemment plusieurs intrigues avec entre autres une trame politique — l'espoir d'une utopie par le contrôle des esprits.
     Ecrit dans un style volontiers faussement familier — avec un argot chic genre Malet ou Audiard — , parsemé de francisations approximatives — bloudjine, ouesterne, djiaïlles, snaillepeur, Nouillorque, Maillami — , de jeux de mots tout aussi approximatifs — le vieil homme et l'amer — , La Lune vous salue bien 4 est un feu d'artifice d'inventivité malicieuse. Un véritable régal pour qui voudra bien se prêter au jeu. Un grand Heliot.


Notes :

1. Le Duke, John Wayne... Quel autre acteur pourrait raisonnablement prétendre à ce poste ?
2. Les martiens, bien sûr...
3. Dont ce n'est pas la faute, à elle.
4. Et non La Lune vous vous salue bien, avec deux vous, comme indiqué sur la couverture de mon exemplaire !


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 9/7/2007 nooSFere


     Vingt années après les événements relatés dans La Lune n'est pas pour nous, depuis que les extraterrestres Ishkiss et la colonie libertaire ont plié bagage à bord de la Lune, le monde a bien changé et se remet lentement du chaos des Années Sombres : certains Terriens sont frappés d'une mystérieuse maladie psychique, le lunatisme, et les Etats-Unis d'Amérique, qui ont imposé leur suprématie technologique, vivent dans la peur de l'invasion depuis que des Ishkiss et des Sélénites dissidents ont établi une colonie sur Mars. Quant au général Rommel, après la déroute du Reich, il a établi, avec les restes de son armée, un royaume en Afrique, aux sources du Nil. Royaume dont n'est jamais revenu aucun des espions envoyés sur place. L'agent secret français Boris Vian finit par réussir là où tous ont échoué. Il découvre que Rommel est infecté par un curieux parasite, et qu'il est devenu étrangement pacifiste depuis sa rencontre avec un américain, un certain « Commandant Bob ». Sous la fausse identité de Vernon Sullivan, Vian est donc dépêché outre-Atlantique pour voir ce qui se trame là-bas.

     Et il s'en trame, des choses ! Le Président Heisenhower est assassiné à Dallas, Goebbels travaille pour une agence de publicité, un Walt Disney plus réactionnaire que nature construit une ville idéale en Floride, une organisation d'écrivains de science-fiction complote en secret, et les Ishkiss tentent de revenir sur Terre. Entre complots, tentatives d'assassinat et rencontres avec John Kennedy ou Lolita, Vian va découvrir la face cachée de sa mythique Amérique.

     Curieusement, la structure de la « trilogie sélénite » de Johan Heliot m'a fait songer aux « Anno Dracula » de Kim Newman : d'abord un roman à l'ambiance exubérante se déroulant à la fin du XIXe siècle, puis un opus plus sombre situé pendant une période peu glorieuse du XXe siècle (guerre des tranchées chez Newman, hitlérisme chez Heliot), pour terminer par un épisode plus léger à base d'espionnage dans les années 1950. Tous ces romans rameutant, dans la tradition d'un certain genre d'uchronies, les figures historiques, populaires ou romanesques des époques abordées.

     Après le vénérable Jules Verne dans La Lune seule le sait, puis Léo Malet dans La Lune n'est pas pour nous, c'est donc Boris Vian qui s'y colle. On sent l'auteur beaucoup plus à l'aise avec l'Amérique des années 50 et sa pléthore d'icônes culturelles qu'avec l'Allemagne nazie du tome 2. Question de génération, sans doute, et aussi de goût littéraire : Johan Heliot est un écrivain de science-fiction et, justement, la S-F est indissociable du pays et de l'époque. C'est donc tout naturellement qu'il nous fait rencontrer, dans ce roman où les clins d'œil abondent, un Bob Heinlein militariste et les auteurs de l'écurie Campbell, tandis que la paranoïa anticommuniste devient, comme dans les bons vieux films de S-F d'alors, une paranoïa anti-martiens.

     Mais à trop vouloir s'amuser et se faire plaisir, l'auteur accumule les allusions inutiles (Ma sorcière bien aimée, Les Tonton flingueurs, Fernand Reynaud, entre autres) amenées de façon peu subtile, qui ont surtout tendance à nous faire sortir du récit. Too much, finit-on par dire, surtout quand on voit le héros rencontrer « par hasard » son énième personnage peu connu dans ce monde uchronique mais emblématique dans notre branche à nous du Multivers.

     Il y a par ailleurs, dans La Lune vous salue bien, un problème de registre de langue. Ce Boris Vian de fiction (entre parenthèses, pourquoi diable en avoir fait un gros macho aussi désagréable ?) parle l'argot. Pourquoi pas, sauf qu'il manie dans le même temps une langue soutenue. Ainsi peut-il jacter le français de la rue pour sortir au paragraphe suivant un subjonctif bien troussé (sans parler du « je foutis le camp » qui m'écorcha les oreilles au détour de la page 173). Le style a parfois même un petit côté XIXe désuet totalement inapproprié ici. On sait l'auteur féru de littérature populaire de cette période : cela faisait merveille dans La Lune seule le sait, pas dans une histoire se déroulant en 1954.

     Avec ce roman, Johan Heliot montre une fois de plus qu'il est un bâtisseur d'univers doté d'un imaginaire très riche, d'une solide culture, tant historique que littéraire, et d'un sens de l'humour qui peut faire mouche. Mettre ce talent au service d'une vision humaniste où les utopies libertaires ont le beau rôle ne peut pas faire de mal (l'auteur envoie quelques piques aux USA de G.W. Bush). Seulement voilà, pour les raisons évoquées plus haut, ce troisième opus a du mal à fonctionner. Manquant d'ambition, il n'est au final qu'un récit riche en péripéties dont le rythme ne faiblit pas. On était en droit d'attendre de la part d'un auteur qui a fait ses preuves une conclusion plus enlevée à une trilogie qui avait débuté par un prix Rosny mérité.

Philippe HEURTEL
Première parution : 1/11/2007 dans Bifrost 48
Mise en ligne le : 16/12/2008


 

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