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La Lune seule le sait

Johan HELIOT


Cycle : La Lune seule le sait  vol.


Illustration de MANCHU

MNÉMOS , coll. Icares n° (11)
Dépôt légal : mai 2007
312 pages, catégorie / prix : 19 €
ISBN : 978-2-35408-008-2   
Genre : Science-Fiction 


Autres éditions
   GALLIMARD, 2003, 2007, 2016
   MNÉMOS, 2000
   in La Trilogie de la Lune, 2011

    Quatrième de couverture    
     Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l'Exposition Universelle. L'humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse tout ce que les esprits les plus audacieux ont pu rêver jusque-là...
     Dix ans plus tard, l'Europe s'est transformée grâce à l'alliance avec les êtres d'outre-espace. Pourtant, la révolte gronde. Les opposants sont déportés vers le nouveau bagne que Louis-Napoléon vient d'inaugurer dans les entrailles de la Lune. Quels sont les véritables buts des alliés du maître de l'Empire ? La réponse offre la clé de l'éternité. Un seul homme sur Terre est capable de l'entrevoir...

     Johan Heliot est né en 1970 ; son œuvre est marquée par l'éclectisme et l'inventivité littéraire. La lune seule le sait a été récompensé par le prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone.

    Prix obtenus    
Rosny aîné, roman, 2001
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition MNÉMOS, Icares (2001)


     Uchronie, steampunk, science-fiction, roman historique, roman d'aventures, humour, polar, récit politique... La Lune seule le sait est un parfait exemple de ce mélange des genres qui a certes toujours existé mais qui a particulièrement le vent en poupe depuis quelques années.

     L'aspect uchronique est classique, avec un point de divergence en 1870 : Louis Napoléon est vainqueur. Mais c'est en 1889, date de l'arrivée sur Terre d'extraterrestres nommés Ishkiss, qu'un véritable bouleversement survient. En échange de réparations effectuées par les ateliers Eiffel sur leurs vaisseaux interstellaires – qui d'animal devient partiellement mécanique – les ET livrent à la France de Louis Napoléon un savoir qui permet à ce dernier d'exercer un pouvoir absolu...

     En situant l'intrigue dix ans plus tard, à l'approche du XXème siècle, Johan Heliot nous donne un roman steampunk français dont les acteurs sont, comme il le souligne lui-même, paradoxalement moins connus par le lecteur de SF que leurs pairs de l'Angleterre victorienne.
     Heliot exploite l'imagerie attrayante et ludique du steampunk, faite de « macromachines », bien éloignées de la nanotechnologie, et de costumes garantis d'époque. Car le steampunk joue sans cesse avec les clichés du XIXème siècle tel qu'on l'imagine – tel qu'il a été popularisé par les feuilletonistes puis le cinéma –, peut-être plus qu'avec ce siècle tel qu'il a été.
     Ainsi, lorsqu'on découvre Paris, on a droit à ces images d'Epinal particulièrement plaisantes parce que quelques mots suffisent à évoquer toute une atmosphère  : « C'étaient de jeunes gars des faubourgs avec leur belles petites gueules de gouapes, leurs fines moustaches cirées et leurs rouflaquettes [...] » (p.34). Mais quelques lignes plus loin, un menaçant robot insectoïde fait irruption dans ce décor familier, afin de faire régner la loi du tyran.

     C'est ici que surgit la science-fiction, au travers de machines délirantes, d'extraterrestres mystérieux et d'un voyage sur la base lunaire Cyrano. « On se régalera à composer 'à la manière de' nos brillants précurseurs du roman populaire, des variations sur les thèmes les plus actuels de la SF, forcément ignorés par eux. » (p.272) écrit Heliot dans sa postface. Il n'était que justice que ce soit à Jules Verne que revienne l'honneur d'être le héros de ce roman qui est aussi un hommage à l'un des pères de la SF, marchant enfin dans les traces de ses propres personnages.

     Pour être allègrement – mais rigoureusement – fantaisiste, le roman n'en est pas moins historiquement documenté. On retrouvera aux côtés de Verne des personnages connus, comme Louise Michel, et d'autres moins connus, comme le préfet de police Andrieux et l'inspecteur principal Jaume. On ne saurait trop recommander au lecteur peu au fait de l'Histoire de débuter sa lecture par la postface qui propose une présentation rapide de ces figures, sans dévoiler la moindre part de l'intrigue. « Pourquoi inventer quand l'Histoire propose des 'caractères' si hauts en couleurs  ? » (p.275)

     L'intrigue elle-même est une suite de péripéties rocambolesques dans la pure tradition des feuilletonistes. Jules Verne part sur la Lune pour tenter d'y délivrer Louise Michel du bagne qui remplace celui de Cayenne. Il y vivra des aventures trépidantes, avec une bonne dose d'humour et de clins d'œil, jouera à cache-cache avec la police – tandis que le lecteur est convié à deviner sous quelle identité se dissimule l'inspecteur Jaume – et pour finir prendra part à une Révolte sur la Lune avant l'heure... Cette accumulation déplaira sans doute à quelques lecteurs allergiques au style feuilletonesque  : le steampunk n'est décidément pas fait pour eux.

     La lune seule le sait est donc un premier roman enthousiasmant, que l'on peut d'emblée ranger aux côtés des plus grandes réussites du steampunk.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/1/2001
nooSFere


Edition MNÉMOS, Icares (2001)


     Dans l'Europe de 1899, Louis-Napoléon Bonaparte étend son empire avec l'aide de ses nouveaux alliés  : les mystérieux Ishkiss, des extraterrestres venus de la Lune. Quelques courageux rebelles s'évertuent à combattre la tyrannie. De son exil à Guernesey, Babiroussa mène la résistance. Pendant ce temps, des prisonniers politiques bâtissent une base lunaire, d'où l'Empereur pourra satisfaire ses ambitions de conquête sans cesse croissantes.

     Pour son premier roman, Johan Heliot nous offre une belle fable de steampunk. A l'image de ses confrères anglophones qui donnent la vedette à H.G. Wells ou à Lord Byron, l'auteur confie ici le rôle principal à un important écrivain français – que l'on ne nommera pas pour conserver l'effet de surprise.
     Le résultat est intéressant, imaginatif et fort distrayant. On suit le personnage à travers ce Paris alternatif, redécouvrant la capitale telle qu'elle fut (ou aurait pu être) au début du siècle. On s'amuse à voir la Lune comme un écrivain de l'époque l'aurait peut-être décrite, avec quelques touches d'une imagination plus contemporaine (les appareillages organiques, par exemple).
     Plusieurs histoires s'entrecroisent. La quête de l'écrivain pour retrouver une amie disparue de Babiroussa et percer le secret de la base lunaire ; une enquête policière ; les machinations politiques de l'ambitieux Préfet ; la révolte des prisonniers de la Lune... Tout est structuré et amené avec beaucoup de soin. Pendant ce temps, le lecteur se pose nombre de questions. Les réponses viennent toutes – certaines prévisibles, mais quelques-unes surprenantes.
     On pourra toutefois s'étonner des choix idéologiques prêtés à certains personnages historiques. D'un autre côté, s'il s'agit d'un monde parallèle, pourquoi ne pas imaginer que ces hommes n'y soient pas tout à fait les mêmes, ou qu'ils aient pu évoluer de manière différente ?

     La Lune seule le sait est un bon moment de détente. Si ce n'est certes pas un chef-d'œuvre, il a le mérite de ne jamais être ennuyeux, de piquer la curiosité du lecteur et de donner envie de découvrir les prochains livres de Johan Heliot.

Alexandre Stéphane GARCIA (lui écrire)
Première parution : 15/12/2001
nooSFere


Edition MNÉMOS, Icares (2002)


     Ce roman est à verser au dossier du « steampunk », uchronie basée sur l'introduction de données technologiques décalées dans le contexte de la révolution industrielle de la fin du XIXème siècle. Jules Verne aurait sans nul doute adoré cela  ! Ce genre est apparu récemment en France et nous vous avons déjà présenté dans la même collection les fameuses Confessions d'un automate mangeur d'opium, de F. Colin et M. Gaborit.
     Retour en 1899  : l'empereur Louis Napoléon est au faîte de sa puissance grâce à la technologie surnaturelle apparue dix ans plus tôt par d'étranges alliés, les extraterrestres Ishkiss. L'empereur est à la tête d'un vaste territoire, a conquis l'Europe et la Lune. Mais l'attitude tyrannique du conquérant provoque un vaste mouvement de rébellion, à la tête de laquelle se trouve un certain Jules Verne qui sort de son exil volontaire en Amérique. L'écrivain embarque alors sur un vaisseau Ishkiss à destination de la Lune et cherche à comprendre quelles sont les véritables motivations des énigmatiques alliés de l'Empereur.
     On ne s'ennuie pas une seule minute à la lecture de ce roman foisonnant et fascinant. Aux côtés de Jules Verne, on croise toutes sortes de personnages historiques, dont Victor Hugo ou Louise Michel et l'on se régale à voir ces gens placés dans un contexte différent de celui qu'on leur connaît. A partir de 15, 16 ans.

Catherine GENTILE (lui écrire)
Première parution : 1/1/2002
dans InterCDI 175
Mise en ligne le : 1/3/2002


Edition MNÉMOS, Icares (2001)


     Les hasards de l'édition, et les raisons de l'éditeur, étant parfois ce qu'ils sont, c'est La Lune seule le sait qui sera donc — dans la bibliographie de l'auteur, qu'on souhaite à l'avenir fort riche — le premier roman de Johan Heliot. On se reportera néanmoins, pour mémoire, à la critique de Pandémonium, premier roman écrit de l'auteur, annoncé, déprogrammé, puis reprogrammé (il devrait finalement paraître en mai), dans les avant-premières de notre n°18. Et bien sûr à Des clous dans les yeux de la nuit, dans ce numéro, brillante nouvelle qui donne un nouvel aperçu de son talent.
     Talent, donc. Il est en effet rare que ce qu'il est convenu d'appeler un « jeune auteur ” (Heliot a trente ans ; il s'est fait connaître par ses nouvelles dans Galaxies, Hyperfuturs et diverses anthologies) passe l'épreuve du roman avec autant d'aplomb, de (déjà !) savoir-faire et, osons le mot, de brio. Avant d'en venir au récit, on s'engagera sans plus d'hésitation : dès les premières lignes de La Lune seule le sait, on sait se trouver en présence d'un authentique écrivain. Si les petits cochons de l'édition ne le mangent pas, s'il sait préférer le travail rigoureux et la construction patiente d'une œuvre personnelle aux effets de mode médiatiques qui tuent plus sûrement un écrivain naissant qu'un mauvais contrat, Johan Heliot ira loin.
     Si l'on voulait résumer le climat de l'ouvrage — et la référence soixante-huitarde ne saurait déplaire à l'auteur — , on pourrait s'exclamer : “ l'imagination au pouvoir ! ” Car Heliot, sans faux-semblants et sans afféteries, fait le choix du récit : digne héritier des grands feuilletonistes du siècle passé, il sait ménager des rebondissements à chaque chapitre, glisser des fausses pistes pour lecteurs distraits — et donc encore plus surpris et heureux d'avoir été bernés lors des coups de théâtre ménagés (même si une information trop précise laisse tout de suite deviner où le flic Jaume se dissimule).
     Le monde de La Lune seule le sait est un univers uchronique. De subtiles altérations nous alertent dès les premières pages : l'Empire où s'affrontent les personnages du récit est un monde alternatif, dans lequel Napoléon III a vaincu les Prussiens en 1870. Malade, presque mourant, il n'a dû son salut qu'à l'arrivée, en 1889, des extraterrestres Ishkiss, devenus des alliés de l'Empire : génétique extraterrestre contre technologie humaine, l'échange semble équitable. Mais les républicains et leurs alliés socialistes et anarchistes veillent. Officiellement envoyé effectuer un reportage sur la Lune, Jules Verne est un véritable agent secret de la liberté. Sa mission — qu'il accepte — c'est joindre Louise Michel, déportée depuis la Commune de 1871... Isidore, jeune reporter enthousiaste, est du voyage, et il ne dissimule pas l'admiration qu'il éprouve pour le grand écrivain : “ Je dois reconnaître que vous êtes l'homme de la situation : le rêveur qui a su faire partager ses rêves à des centaines de milliers de lecteurs, le maître d'empires imaginaires pourtant bien vivants dans les mémoires de tout un peuple. Vous êtes parvenu à séduire des générations de lecteurs, jeunes et moins jeunes. ”
     Les personnages, faiblesse traditionnelle des jeunes écrivains, ont ici une force incroyable : crédibles, merveilleusement bien campés, grandes figures historiques (Jules Verne, Napoléon III, Louise Michel et “ Babiroussa ”, pseudonyme d'un opposant célèbre, exilé volontaire à Guernesey...) et flics graves de grave (le délirant Préfet de police Andrieux et l'incroyable inspecteur principal Jaume) mêlés.
     Roman rattaché à la veine “ steampunk ” (création d'un XIXe siècle alternatif), La Lune seule le sait atteint son but là où — à quelques exceptions près (René Réouven ou Tim Powers, par exemple) — la plupart de ces textes échouent à faire plus que distraire. Heliot, lui, en fait le prétexte à un romanesque vivifiant et à une vision critique de l'Histoire. On est impressionné par une imagination si déliée, une maîtrise aussi rigoureuse des procédés du roman populaire du XIXe (clins d'œil nombreux à l'appui), un tel sens du récit.
     Heliot n'a rien de l'habituel “ jeune écrivain prometteur ” annuel — dont certains font d'ailleurs de très honorables carrières. Ici, on sait d'emblée qu'on tient un écrivain. Un vrai. Avec une ambition narrative rare. Avec l'enthousiasme du raconteur d'histoires et de l'inventeur de monde. Avec pourtant assez d'humilité et de professionnalisme (déjà !) pour savoir que l'éloge flatteur — même le nôtre ! — est le pire ennemi du débutant et que seul le travail fait la différence...
     Bienvenue à Johan Heliot. Et en vous invitant à faire de La Lune seule le sait un vrai succès éditorial, nous prenons date. Car nous sommes prêts à parier sur lui.

Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/3/2001
dans Galaxies 20
Mise en ligne le : 3/6/2002


Edition GALLIMARD, Folio SF (2003)


     Dans Galaxies n°20, Stéphane Nicot tressait des lauriers à un nouvel auteur publiant son premier roman : « savoir faire [...] brio [...] authentique écrivain [...] digne héritier des grands feuilletonistes du siècle passé [...] on sait d'emblée qu'on tient un écrivain. Un vrai [...] Avec l'enthousiasme du raconteur d'histoires et de l'inventeur de monde » etc. Trois ans plus tard, la bibliographie de Johan Heliot s'est enrichie de cinq autres titres 1, écrits parfois en réalité avant cet apparent coup d'essai en forme de coup de maître, mais qui le confirment tout à fait. Et on retrouve cette Lune, en poche, révisée, c'est-à-dire allégée d'une postface peut-être jugée trop didactique et pourtant bien intéressante, mais aussi, ici et là, comme on élague, de quelques phrases ou de quelques mots inutiles, qui ne gênaient guère le lecteur mais prouvent qu'on peut toujours retravailler, peaufiner, et que parfois le mieux n'est pas l'ennemi du bien. On retrouve Jules Verne et le préfet Andrieux, Louise Michel et un correspondant du Sémaphore de Marseille, l'ombre de Victor Hugo et des extraterrestres insectoïdes venus prolonger indûment un second Empire étendu jusqu'aux bagnes sélénites, un complot d'hommes libres contre la dictature, des vaisseaux spatiaux organiques, un espion, les ficelles assumées et le charme des romans-feuilletons, le souvenir des appareils improbables dessinés par Albert Robida autour de 1900, l'aventure au premier degré et les clins d'oeil du jeu avec l'Histoire, avec en prime de sympathiques renversements de perspective. Le tout relève bien entendu du steampunk, et de la plus belle eau, même si l'on contourne l'Angleterre de Victoria pour s'ancrer dans une littérature, une histoire, des références hexagonales — mais fort exportables. Chez Mnémos, en grand format, se prépare non pas une suite, mais une continuation, La Lune n'est pas pour nous. On l'attend avec impatience. En se disant que ceux qui ne connaissaient pas ce premier roman, et vont le découvrir, ont en un sens bien de la chance.

Notes :

1. N.D.L.R. : Le petit dernier, La Harpe des étoiles, est d'ailleurs chroniqué dans ce numéro...

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/12/2003
dans Galaxies 31
Mise en ligne le : 9/12/2008


 

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