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L'Âge des lumières

Ian R. MacLEOD

Titre original : The Light Ages, 2003

Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Guillaume SOREL

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (84)
Dépôt légal : janvier 2007
622 pages, catégorie / prix : 28 €
ISBN : 978-2-20725570-4   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Le temps de l'industrie : un âge de ténèbres... Rois et reines ne régnent plus sur l'Angleterre, remplacés par l'éther, cette substance magique qui permet aux machines de tourner, aux bâtiments de tenir debout, et aux guildes, si riches, de s'enrichir davantage.
     En enquêtant sur l'accident mutagène qui a provoqué la longue agonie de sa mère, le jeune Robert Borrows va vite découvrir qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de l'éther. Fort de ses opinions politiques, il se battra ppur que la vérité éclate et pour l'avènement d'une époque plus juste : l'Âge des Lumières.
     Souvent considéré comme le chef-d'œuvre de la littérature steampunk, L'Âge des Lumières s'inscrit dans la grande tradition des romans initiatiques ; on y découvre une Angleterre magique, déchirée entre l'ordure et le sublime, qui se meurt d'attendre une révolution nécessaire.

     lan R. MacLeod, anglais, est l'auteur de nombreuses nouvelles et de quatre romans, dont Les Îles du soleil (Gallimard, 2005), qui lui a valu une presse dithyrambique des deux côtés de la Manche.
 
    Critiques    
     Le steampunk a-t-il encore quelque chose à offrir à ses lecteurs ? C'est une question que l'on peut légitimement se poser, tant le genre a parfois semblé s'autoparodier ces dernières années. En effet, une fois les « tics » compris et appréciés — aventures échevelées mettant en scène avec humour des personnages célèbres dans un Londres victorien ou un Paris fin-de-siècle — force était de constater qu'on commençait à tourner en rond. Aussi l'annonce de la publication de L'âge des lumières, présenté par son éditeur comme le chef-d'oeuvre du steampunk, rien de moins, était tout à la fois source d'inquiétude et d'espoir. Aurait-on droit à un condensé de tous les textes l'ayant précédé, qui rabâcherait jusqu'à plus soif des schémas convenus, ou au contraire à un roman réussissant à s'affranchir de tous ces poncifs pour en tirer un roman autonome, sans codes et profondément original ? Heureusement pour nous, lecteurs, Ian R. MacLeod a décidé de suivre la deuxième alternative.
     Le livre suit les pas de Robert Borrows, fils d'un outilleur de Bracebridge travaillant dans les usines d'éther. Car, dans le monde dépeint par l'auteur, cette substance magique fait vivre l'industrie ; toute la société s'organise autour de l'éther, et ceux qui le travaillent se sont regroupés en puissantes guildes, qui s'enrichissent toujours plus sur le dos du reste de la population, créant de ce fait une fracture sociale irréductible. A la mort de sa mère, devenue anamorphe — mutante — des suites d'un accident, Robert, qui estime avoir fait le tour de Bracebridge et de tout ce qu'on pouvait y trouver, décide de partir tenter sa chance à Londres. Là-bas, il repartira de zéro, et croisera des révoltés souhaitant mettre à bas le système de castes, tout en fréquentant des guildés. Et il se forgera peu à peu son idée sur l'avenir de son monde...
     Comme on l'a dit, le steampunk a souvent été gangrené par des clichés. Rien de tout cela ici : aucun personnage célèbre n'est à signaler ; l'humour, bien que présent, n'est pas une composante majeure de l'histoire ; enfin, le rythme habituellement trépidant cède la place à un roman faisant la part belle aux introspections, aux minutieuses descriptions des soirées guildées ou de l'avènement de la contestation sociale. En clair, MacLeod prend son temps pour poser son univers et le ciseler à sa convenance, même s'il sait accélérer le rythme quand l'intrigue le demande. Cela donne une ambiance toute particulière au roman, savoureuse et évocatrice, comme figée dans une bulle de temps nous permettant de distinguer les contours de ce monde avec précision. En contrepartie, l'auteur n'évite pas l'écueil de quelques longueurs, et sans doute que les 600 pages auraient gagné à être très légèrement resserrées.
     L'autre intérêt de ce livre réside dans le mélange des genres : en plus d'être une oeuvre steampunk, L'âge des lumières est tout autant un roman d'apprentissage (celui de Robert Borrows, bien sûr, mais aussi des personnages qui l'accompagnent), qu'une histoire d'amour et un roman social. Cet entremêlement de différentes thématiques est d'autant plus intéressant que MacLeod réussit à les marier subtilement, de telle sorte qu'elles sont indissociables. Ce livre forme alors un tout cohérent, dont l'intrigue centrale, l'enquête de Robert sur la mort de sa mère qui, si elle est loin d'être primordiale, est néanmoins nécessaire pour donner du liant au récit.
     Roman à la thématique multiple, à l'ambiance envoûtante, L'âge des lumières n'est peut-être pas le chef-d'oeuvre du steampunk, mais il en constitue assurément l'un des tout meilleurs représentants.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/2/2007 nooSFere


     Chroniquer L'Age des lumières n'est pas simple. D'abord parce que MacLeod nous a déjà emballé tout net avec son très bon Les Iles du soleil (critique in Bifrost n°40), ensuite parce que la traduction de Jean-Pierre Pugi est tout simplement à tomber et rend justice au style si particulier de l'auteur. Difficile, donc, de garder son calme devant le livre, tant sa qualité est à la hauteur de sa réputation. Fort heureusement, la couverture plutôt repoussante (ce qui a donné lieu à un joli — et vif — débat sur la toile) tempère les ardeurs des hystériques. Reste que c'est l'intérieur qui compte et que MacLeod n'a pas pour habitude de se moquer du monde. Pourtant, entrer dans L'Age des lumières n'est pas évident. Lenteur de l'histoire, rigueur stylistique, inaction récurrente et scénario somme toute assez banal (malgré l'originalité de départ) limitent le droit d'accès : dans une Angleterre uchronique précipitée dans une sorte d'ère industrielle parallèle depuis le XVIe siècle grâce à la découverte de l'Ether, on suit le parcours d'un jeune homme qui refuse le pouvoir en place et qui va tout tenter pour le renverser. Pas de quoi s'énerver a priori, mais l'Ether est une si jolie trouvaille... Magie incarnée en une substance délétère, c'est elle qui donne à l'Angleterre son pouvoir et sa richesse en pliant la matière à la volonté humaine. C'est elle qui maintient les ponts, c'est elle qui fait tourner le monde, mais c'est également elle qui, en se rendant indispensable, asservit l'humanité. De fait, la société décrite par MacLeod n'a vraiment rien d'utopique. Organisation bureaucratique pyramidale ultra hiérarchisée par l'intermédiaire des guildes, on trouve même des intouchables (ou leur équivalent) qui ont tout des prolétaires si bien décrits par Orwell dans 1984. L'Age des lumières, roman politique ? Pourquoi pas. Tous les ingrédients y sont habilement mélangés. La critique sociale, la description d'un ordre implacable et immuable, la révolte nécessaire d'un individu et l'idée assez fréquente au Royaume Uni (on peut y voir la très recommandable influence de William Morritz) que le progrès ne justifie pas forcément l'injustifiable.

     En fait, l'atout principal du roman reste sa magnificence un peu barrée, un peu baroque. Le style est inimitable, le déroulé des phrases s'autorise maints détours et la beauté générale du décor transporte assez vite le lecteur là où la S-F ne l'emmène que rarement. Aucun doute, Ian MacLeod confirme son exceptionnel talent d'architecte. Le meilleur est sans doute à venir, mais la barre est déjà bien haute, ce dont personne ne songera sérieusement à se plaindre.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/4/2007 dans Bifrost 46
Mise en ligne le : 8/9/2008


 

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