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Aube d'acier

Charles STROSS

Titre original : Iron Sunrise, 2004

Cycle : Crépuscule d'acier  vol. 2

Traduction de Bernadette EMERICH & Xavier SPINAT
Illustration de MANCHU

MNÉMOS , coll. Icares SF
Dépôt légal : juin 2006
480 pages, catégorie / prix : 22,50 €
ISBN : 2-915159-80-7   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Une étoile de type G2 n'explose pas sans raison. Forts de ce raisonnement, les survivants de Nouvelle Moscou lancent une offensive contre le responsable présumé : le système voisin de Nouvelle Dresde.
     Mais Nouvelle Dresde n'y est pour rien et, tandis que les missiles meurtriers approchent de leur cible, Rachel Mansour, agent au service de la Vieille Terre, est missionnée pour découvrir le vrai coupable. Or l'ennemi est d'une nature inconnue et inimaginable, et l'enjeu n'est pas seulement le destin de Nouvelle Dresde, mais celui de l'univers tout entier...
     Une seule personne connaît l'identité de cet ennemi : une adolescente renfrognée qui prétend s'appeler Mercredi Brumedombre. Mais Mercredi ne mesure pas réellement la portée des informations qu'elle détient...

     On avait apporté le drapeau puis sonné la retraite dans un vibrant ensemble de trompettes. Game over. Nation dissoute. Un simple malentendu.

     Aube d'acier (finaliste au Hugo 2005) propose une vision décalée et résolument moderne du space opera où l'humour le dispute au suspens. Né en Angleterre en 1964, Charles Stross « trace aujourd'hui la voie dans laquelle s'engouffrera demain toute la science-fiction ». (Gardner Dozois, Asimov's Science Fiction)

     « Un thriller hollywoodien avec un cœur cyberpunk. » Entertainment Weekly
     « Un millésime strossien turbulent, provoquant, entêté et hilarant. » Locus
 
    Critiques    
     Dans le monde de Crépuscule d'Acier, la vie de l'humanité a été changée le jour où une intelligence artificielle et transtemporelle, l'Eschaton, a kidnappé une bonne partie de la population terrestre pour l'expédier coloniser nombre de systèmes stellaires... dans le passé. Ainsi, quand les humains commencent à voyager dans les étoiles, ils y trouvent des répliques, à un niveau planétaire, de diverses cultures européennes ; mais aussi un certain nombre de McWorlds, des planètes sans grand caractère qui ressemblent aux USA du XXe siècle. Mais le voyage spatial leur est possible, quitte à importer les vaisseaux. Corollaire, les guerres arrivent aussi, que les Nations Unies (privatisées, mais encore basées sur Terre) essayent d'empêcher. Et que l'Eschaton contrôle de façon beaucoup plus brutale : la violation de causalité (sortir du « cône de lumière ») est nécessaire pour le voyage ou la communication plus rapide que la lumière, mais elle est strictement encadrée, et la planète qui se risquerait à jouer avec pour produire des armes verrait son soleil exploser en supernova. C'est ce qui se produit sur Moscou, système pourtant tranquille. Il apparaît vite qu'une puissance extérieure a provoqué cette mort subite de centaines de millions de personnes, et le roman suit les itinéraires d'une poignée de personnages qui cherchent à reconstituer les faits, et à en arrêter les auteurs : Wednesday, une survivante moscovite ; Frank, un journaliste d'investigation interplanétaire ; l'agent de l'ONU, Rachel Mansour et son mari Martin Springfield, déjà rencontrés (et qui s'étaient rencontrés) dans le volume précédent (qui, soit dit en passant s'appelait en anglais Singularity Sky, sans « Iron » ; tandis que le présent titre fait référence au fer, élément chimique 56 et aboutissement des réactions de fusion stellaire, comme déclencheur de la supernova susmentionnée, et pas du tout à l'acier, alliage de fer et de carbone utilisé par l'industrie). Plus une foule de personnages secondaires intéressants.

     Rachel Mansour est en retrait dans ce livre centré sur la figure adolescente de Wednesday, à la fois tragique et pleine de ressources. Et sur les retournements et les trahisons qui pimentent l'intrigue. Plus que le thriller policier auquel on pourrait s'attendre à la lecture du résumé, le roman cherche ses modèles d'ans les récits de navigation : il se déroule à bord de vaisseaux spatiaux, et, corollaire des difficultés de communication dans l'espace, les événements se jouent entre les personnages présents à bord. Stross ne manque pas d'imagination, ni de talent pour le suspense (quoique ses procédés stylistiques — ellipses délibérées pour accrocher avant d'expliquer, hyperbole verbale — finissent par montrer leurs limites). On se laisse emporter par la course-poursuite. On regrette qu'il n'ait pas creusé plus profondément les horreurs de ses Nazis de l'espace (mais il y reviendra peut-être). Si, comme moi, on adore les histoires de pirates avec une dose d'astronomie, la recette garantit le plaisir.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/5/2007 dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 25/2/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2009)


     « 1. Je suis l'Eschaton. Je ne suis pas ton dieu.
     2. Je descends de toi et j'existe dans ton futur.
     3. Tu ne violeras pas la causalité à l'intérieur de mon cône de lumière historique. Sinon... »

     On avouera que, pour n'être pas divine, l'IA mégalomane et paranoïaque post-singularité ne manque pas d'une certaine classe. Ce « Sinon... », notamment, est lourd de menaces. Quand une étoile explose et raye de la carte galactique la civilisation terriblement ennuyeuse et banale de la Nouvelle Moscou, on pense immédiatement au grand E. En s'étonnant, tout de même, de ce que les pacifiques néo-moscovites aient pu d'une manière ou d'une autre violer la causalité.

     Peut-être le coupable se trouve-t-il ailleurs, et l'Eschaton s'est-il en fait montré faillible ? Pour les survivants expatriés de la Nouvelle Moscou, il y a une cible toute désignée : la bien plus hargneuse Nouvelle Dresde. Aussi avait-elle établi à tout hasard un programme de dissuasion par riposte massive qui, à l'instant même où la planète mère disparaissait dans une aube d'acier destinée à s'étendre sur plusieurs années-lumière, a précipité des missiles nucléaires NAFAL sur les coupables supposés, à leur tour menacés d'anéantissement d'ici une trentaine d'années (décidément, tout cela fait à nouveau énormément penser au Docteur Folamour de Stanley Kubrick). A tout cela, il faut encore ajouter les manœuvres mystérieuses d'improbables nazillons de l'espace, les Recompilés, nécessairement beaux, forts, et un peu crétins tout de même.

     Une nouvelle mission de choix pour la charismatique espionne terrienne Rachel Mansour et son époux Martin Springfield, qui les amènera à faire bien des rencontres marquantes, et notamment celle de l'inénarrable et bien nommée Mercredi, ado goth à baffer au service de l'Eschaton (à moins qu'elle ne soit que schizophrène).

     Après avoir torpillé les clichés du space opera militariste dans Crépuscule d'acier (cf. critique dans le précédent Bifrost), Charles Stross retrouve son univers post-Singularité pour un détournement en règle des lieux communs du roman d'espionnage. On aura droit à tout : Rachel Mansour fait plus que jamais figure de James Bond doté d'une forte poitrine, l'intrigue est à la fois évidente et abominablement capillotractée, les méchants sont vraiment très méchants, et ont le bon goût de révéler aux héros l'intégralité de leur plan diabolique dans les dernières pages tout en multipliant les indispensables ricanements sardoniques. Et c'est à nouveau passablement débile... et franchement jubilatoire.

     Evidemment, c'est aussi quelque peu outrancier, ce qui ne sera probablement pas du goût de tous. D'autant qu'Aube d'acier se montre sans doute moins directement efficace que son prédécesseur. Cette fois, le jargon hard science — assez superflu — en arrive même à rendre certaines pages proprement illisibles, notamment vers le début du roman, un tantinet laborieux. Il serait dommage, pourtant, de s'en tenir à cette mauvaise impression. Au fur et à mesure que les personnages et l'intrigue se mettent en place — ce qui n'exclut pas un brin de tirage à la ligne de temps à autre — , le roman se fait de plus en plus réjouissant, et, pour peu que l'on se montre bon public, on retrouve finalement assez vite le plaisir pur et simple de la lecture de Crépuscule d'acier, et l'indéracinable sourire vaguement régressif qui va avec.

     Alors on peut bien faire la fine bouche à l'occasion, et notamment regretter que le roman, tout en conservant une certaine gravité qui ressurgit de temps à autre, délaisse largement les thématiques de la Singularité et de l'Eschaton pour s'en tenir au pur divertissement. Mais ce divertissement reste efficace, souvent drôle — quoique un peu inégal — , et parfois franchement enthousiasmant. Le ton de Charles Stross, entre humour absurde et pince-sans-rire plus britannique qu'un five o'clock tea, cynisme destructeur et punchlines à dix sous, fait régulièrement des merveilles.

     En refermant Aube d'acier, on peut difficilement prétendre avoir lu un grand roman, et certainement pas un chef-d'œuvre. En même temps, on a dans l'ensemble passé un très bon moment. Et n'est-ce pas là l'essentiel ?

Bertrand BONNET
Première parution : 1/4/2009
dans Bifrost 54
Mise en ligne le : 5/11/2010


 

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