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L'Algébriste

Iain M. BANKS

Titre original : The Algebraist, 2004

Traduction de Nenad SAVIC
Illustration de Stephan MARTINIÈRE

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Science-fiction n° (10)
Dépôt légal : septembre 2006
480 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 2-35294-000-1   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Pour les humains, et les autres races à la vie brève, la galaxie est un endroit dangereux où règne une paix précaire.
     Un réseau de trous de ver artificiels sert à voyager entre les étoiles. Il est maintenu sous la férule de la Mercatoria, qui s'efforce de gérer les équilibres entre espèces. Par contre, pour les Habitants, ces formes de vie quasi-immortelles apparues peu après le Big bang, la seule chose qui importe, ce sont les géantes gazeuses où ils vaquent à leurs affaires. Le reste n'est que débris épars...
     Afin de sauver son système solaire menacé par la flotte de l'Archimandrite Luseferous, le jeune Fassin Taak doit plonger dans l'atmosphère de la géante Nasqueron, à la recherche d'une très ancienne formule, d'une clé détenue par les Habitants depuis des millions d'années. Mais ceux-ci, joyeux anarchistes avides d'informations en tous genres, ont un sens de l'humour très particulier, des habitudes déplorables comme celle de chasser à mort leur propre progéniture, et il se pourrait bien qu'ils dissimulent plus d'un secret.
     La quête désespérée de Taak le conduit d'un bout à l'autre de la galaxie. Pendant ce temps, la flotte monstrueuse de Luseferous se rapproche de Nasqueron. Mais la guerre cesse d'être une activité prévisible dès que les Habitants y sont mêlés...

     lain M. Banks est né en Ecosse en 1954. Après des études de littérature anglaise, de philosophie et de psychologie, il publie son premier roman en 1984, Le Seigneur des guêpes. Depuis, il a construit son fameux cycle de la Culture, une Fresque de science-fiction (L'Homme des jeux, L'Usage des armes, Une forme de guerre, Excession, Le Sens du vent et Inversions), qui l'a imposé comme l'un des meilleurs Écrivains de SF britanniques de ces dernières années et un des maîtres du Nouveau Space Opera.
 
    Critiques    
[Chronique de l'édition originale anglaise]

     Ecrivain aussi polymorphe que talentueux, Ian Banks réalise l'impossible en menant de front une carrière dans la S-F et une autre dans la littérature générale. A la lecture de ses œuvres dites « blanches » (d'Entrefer à Dead air en passant par A Song of stones), il est toutefois évident que Iain et Iain « M. » ont les mêmes préoccupations : projeter des personnages fouillés dans des situations extrêmes, révoltantes, douloureuses et cyniques. Tout récemment publié outre-manche, The Algebraist n'échappe pas à cette règle, pour un long roman de S-F pure et dure qui, hélas, ne tient pas la distance.

     Très éloigné de l'univers désormais classique de « la Culture », The Algebraist prolonge l'œuvre de Banks dans un cadre inattendu, mais somme toute logique. Si certains passages relèvent de la fracture humaniste la plus poignante, si la profonde détresse des anti-héros est magnifiquement bien rendue par une plume aussi exercée qu'intelligente, il ne faut pas oublier qu'à l'instar du cycle de « la Culture », The Algebraist est avant tout une parodie. Une parodie subtile, décalée, jamais évidente ou grotesque, mais une parodie quand même. On retrouve ici humour et distance salutaire avec le sujet qui caractérisent les productions anglaises, pour le plus grand bonheur des amateurs du genre. Mais si The Algebraist est effectivement drôle, au sens où il aligne (en les tordant subtilement) tous les poncifs du space opera le plus basique, il est aussi épouvantablement ennuyeux et fatiguant. Si certains moments d'anthologie prouvent que l'on a bel et bien affaire à Iain Banks, ces trop rares bouffées d'oxygène ne sauraient masquer l'amère réalité. Oui, The Algebraist est long, long, désespérément long, et surtout bancal. Mal construit, mal fichu, mal conçu, ce livre est sans doute le premier vrai ratage du brillant écossais.

     Dans un futur éloigné (vers l'an 4000, tout de même) qui a vu moult évolutions, révolutions et décadences (dont une violente guerre contre les machines, appelées abominations), l'Humanité fait désormais partie de la grande famille pan-galactique. En coexistence pacifique avec d'autres races intelligentes, les hommes vivent tranquillement sous le gouvernement central du Mercatoria, véritable empire dont la cohésion culturelle et politique est assurée par un gigantesque réseau de trous de vers éparpillés dans tout l'univers connu. En parallèle de ce quotidien somme toute assez optimiste, on trouve la très étrange et très ancienne race des Dwellers (littéralement, « les habitants »). Curieuses créatures flottantes et remarquablement intelligentes, les Dwellers habitent la quasi-totalité des géantes gazeuses de l'univers, vivent plusieurs milliards d'années, aiment les hallucinogènes et parlent le galactique couramment. Aussi agacées qu'attirées par les espèces rapides (dont les humains) qui naissent, se font la guerre et meurent le temps d'un battement d'œil, ils possèdent manifestement une connaissance sans limite et peuvent à juste titre s'offrir le luxe de prendre leur temps.

     Tout ne serait qu'ordre et beauté si quelques hordes de rebelles (les beyonders, les terroristes locaux, en quelque sorte) ne troublaient régulièrement ce calme et cette volupté. Très attachés au sabotage en général et à la destruction des trous de vers en particulier, ces rebelles posent de graves soucis au Mercatoria : détruire un portail revient en effet à couper du monde tout un système, et remplacer ledit portail implique l'acheminement d'un nouveau vers le système attaqué, un acheminement effectué par des vaisseaux relativistes qui naviguent à une vitesse inférieure à celle de la lumière. De fait, si le système visé est à quelques milliers d'années-lumière du premier système raccordé au réseau, il peut s'écouler plusieurs millénaires avant que la communication instantanée ne soit rétablie.

     C'est ce genre de catastrophe qui arrive à un petit système dont tout le monde se fiche éperdument. Potentat local brusquement propulsé maître absolu du royaume, l'Archimenditre Luciferous en profite pour installer une sorte de gouvernement fasciste spatio-médiéval (ce qui donne lieu à de réjouissantes scènes de tortures, absolument démesurées et donc amusantes) ouvertement expansionniste et franchement désagréable pour les autres.

     Bien décidé à conquérir le système voisin (qui vient d'être coupé du monde à son tour), l'abominable Luciferous se lance dans une vilaine croisade qui va bientôt le dépasser, lui et ses sbires. Car dans ce système voisin se trouve la géante gazeuse Nasqueron. Dûment habitée par son quota de Dwellers, Nasqueron est étudiée de près par une caste d'humains, les Seers — dont Fassin Taak, qui développe une amitié particulière avec les Dwellers. Par un hasard fâcheux qui n'arrive que dans les romans, Fassin Taak met la main sur un bout d'information qui peut changer la face du monde : la première piste sérieuse qui pourrait (éventuellement, et avec beaucoup de si) mener à la découverte de la mythique liste des Dwellers : un réseau parallèle de trous de vers mis au point par les Dwellers dans le plus grand secret. Chargé par des instances bureaucratiques délirantes de récupérer cette fameuse liste, Fassin Taak mène donc son enquête, alors que la menace de Luciferous se rapproche et que le système entier semble bel et bien parti pour l'éradication la plus sauvage...

     Résumons.

     Nous avons un empire galactique, des trous de vers, des rebelles, des méchants méchants, des aliens étranges et un homme, seul, désespérément seul, qui part à la recherche d'une vérité cosmique destinée à changer l'univers dans son ensemble. Oui, bon. Et alors ?

     Et alors, rien. L'accumulation de poncifs est finalement bien vue, et malgré l'absurdus ambiant, Iain Banks réussit à faire croire à son histoire, ce qui est déjà beaucoup. Reste que les plupart des récits et contre récits ne sont qu'ébauchés ou, au contraire, surdéveloppés. Ainsi, de cette mythique guerre contre les machines, le lecteur n'apprend quasiment rien. Du système gouvernemental du Mercatoria, le lecteur sait tout, ou presque. Du passé de Fassin Taak et de l'étrange destin qui le lie aux autres personnages, on aimerait bien en savoir davantage, mais Banks coupe quand il ne faut pas et s'étire là où la brièveté ferait mouche... Tour à tour récit quasi ethnologique, polar délirant ou pathétique histoire d'amour, The Algebraist ne fait qu'effleurer son monde et évite scrupuleusement le statut de très grand roman. Livré à lui-même et manifestement lâché par son éditeur, Banks livre une structure narrative déroutante et ratée, passant d'une alternance entre personnages à de longues descriptions, avant de reprendre le premier principe vers la page 350, tout en s'adonnant au flash-back dans un manque de cohésion générale pour le moins pénible. Au final, The Algebraist n'est qu'un patchwork d'excellentes histoires et de trouvailles amusantes, entrecoupées de longueurs presque insupportables. Avec quelques mois de travail et une bonne paire de ciseaux, The Algebraist aurait touché juste et fait office de chef-d'œuvre. Il n'est malheureusement, et à notre grand regret, pas autre chose qu'un roman poussif, mal raconté, long et globalement épuisant.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/1/2005 dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 18/11/2006


     Fidèle aux traditions familiales, Fassin Taak est un Voyant, autrement dit un spécialiste de la problématique communication avec les Habitants — la race incroyablement ancienne, technologiquement imbattable, et abominablement capricieuse qui réside depuis des milliards d'années dans la quasi-totalité des planètes géantes gazeuses de la Galaxie. S'ils adorent empiler les archives, les Habitants n'ont que des notions fantasques sur leur indexation, et guère envie de parler avec les civilisations pressées qui vivent leurs pitoyables millénaires au-delà de leur atmosphère. Le système de Fassin, Ulubis, n'est qu'une miette excentrée de la Mercatoria, oligarchie interstellaire multiraciale. Une miette coupée du reste de la Galaxie depuis l'effondrement du portail de son trou de ver qui la reliait instantanément aux autres systèmes stellaires.

     Mais les recherches pures de Fassin intéressent subitement une foule de gens le jour où on y décèle une piste pour la Liste des Habitants, mythique réseau de trous de vers à la mesure de l'ancienneté de la race. Un réseau dont la clé serait donnée par une formule algébrique extraterrestre... Tous fondent sur Ulubis : la flotte de la Mercatoria, celle des Dissidents (leurs ennemis de toujours), et celle du Culte des Affamés, poignée d'étoiles tombées au pouvoir d'un despote d'une folle cruauté. Fassin, conscrit en un tournemain dans la Prévôté Ocula (une des multiples institutions religio-militaires de la Mercatoria), doit replonger dans la géante gazeuse Nasqueron à la recherche de ses vieux contacts. Il abandonne sa famille, sa fiancée, sa maîtresse, un vieux camarade d'études devenu propriétaire d'une pièce essentielle du complexe militaro-industriel, son monde d'origine exposé à une invasion d'une totale brutalité... et tous ses mauvais souvenirs du pouvoir arbitraire de la Mercatoria.

     Iain Banks ressort de son sac une poignée de ses motifs de prédilection : ne vous étonnez pas des retournements de point de vue, de la révélation après quelques centaines de pages de la futilité d'une quête, ou de la guerre en général, des flash-backs sur les événements de l'adolescence qui ont défini la vie des personnages (obsessions qu'on retrouve dans les livres de littérature « générale » de Iain — sans M. — Banks, comme Un Homme de glace ou A Song of Stone). Le tout emballé avec la maestria d'un écrivain capable de tous les jeux sur la langue, de toutes les prouesses de description. La SF permet par contre à Banks de se laisser aller à sa fascination — pour le plus grand que nature, depuis le choix des géantes gazeuses comme lieu privilégié de l'action, jusqu'au style, plus encore que d'habitude marqué par l'invention verbale et les phrases surchargées de listes de synonymes. Ennuyeux dans les mains de la plupart, savoureux chez lui.

     Dans le cadre de ses space operas, Iain M. Banks n'avait délaissé l'univers de La Culture que pour un livre décevant, La Plage de Verre (traduit récemment, mais remontant à 1993). L'Algébriste lui donne l'occasion de créer un monde aussi riche que celui de la Culture, une galaxie dont les moyens de communication instantanée (les trous de vers), trop vulnérables, ne font que souligner l'immensité. Les convictions de Banks n'ont pas changé : le nom de Mercatoria donné à un système de dictature à masque humain en dit assez long. Dès le premier roman de la série, Une forme de Guerre, Banks nous avait montré La Culture par les yeux de ses adversaires. Son utopie galactique ne se révélait qu'en creux, et progressivement (de La Culture nous ne visitions souvent que la section des Circonstances Spéciales, éloignée de l'idéal anarchique de sa société civile). Dans le monde des Géantes Gazeuses, l'utopie semble plus problématique encore ; les Dissidents se targuent de leur supériorité morale, mais recourent à des méthodes du même acabit (et à des alliés bien pires) ; seuls les Habitants, pétulants, querelleurs, insouciants (et qui nomment « Enfant » le stade de la maturité totale de l'individu, atteint au bout d'un nombre respectable de millions d'années) semblent en mesure de vivre dans une anarchie prospère, où la guerre est devenue une sorte de sport extrême. Mais ils sont tout-puissants, et bien loin de l'humain. Banks retourne dans sa SF à un pessimisme qui est bien moins allégé par l'humour que dans Excession, ou même dans Le Sens du Vent. Mais quel voyage quand même !

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/5/2007 dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 25/2/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2013)


     En 4034, les humains ont colonisé de nombreux systèmes, rencontré des intelligences extra-terrestres et voyagent entre les étoiles grâce à des portails, au sein d’un empire galactique, la Mercatoria. Lorsque le portail du système Ulubis est détruit, les quelques planètes le constituant se retrouvent isolées et à la merci d’une attaque par l’archimandrite Luseferous, un seigneur de guerre régnant par la terreur. Fassin Taak, un « voyant » est convoqué par les dirigeants de ‘Glantine : lors d’une de ses expéditions, il aurait trouvé des informations donnant les coordonnées d’un réseau secret de portails appartenant aux Habitants, la plus ancienne civilisation de la galaxie. Il va devoir retourner sur la géante gazeuse Nasqeron pour y continuer ses recherches.

     Situé dans un univers autre que la Culture, l’Algébriste est un space opera classique à la limite de la parodie. On y croise des peuples étranges (mention spéciale aux Habitants, habile mélange de sénilité immature et de puissance absolue), un empire galactique et des forces rebelles, un méchant vraiment méchant (Luseferous n’aurait pas dépareillé dans l’Aube de la nuit de Peter Hamilton), des batailles spatiales rythmées, des retournements de situations et une chasse au trésor servant de fil conducteur. Malheureusement, le défaut principal du livre est perçu dès qu’on le prend en main : 790 pages, c’est long, trop long. Trop de personnages secondaires, trop de pistes inutiles, le roman est dilué et perd une partie de son énergie en route. On ne peut que le regretter, car avec deux cents pages de moins, l’Algébriste aurait gardé tout son punch et aurait pu prendre sa place à côté des meilleurs épisodes de la Culture. Mais ne boudons pas notre plaisir : la profondeur des personnages ou la réussite de certains passages (l'exploration de l'épave au début du roman et ses conséquences) sont typiquement banksiennes et largement au dessus de la plupart des space opera actuels.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 16/7/2013
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