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L'Anniversaire du monde

Ursula K. LE GUIN

Titre original : The Birthday of the World and other stories, 2002

Traduction de Patrick DUSOULIER
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (201)
Dépôt légal : février 2006
412 pages, catégorie / prix : 21,00 €
ISBN : 2-221-10537-0   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Dans la plupart de ses grands romans, La Main gauche de la nuit, Les dépossédés et Le nom du monde est forêt, tous couronnés par des prix Hugo, Ursula Le Guin a tissé une toile de fond galactique. A l'origine, la planète Hain, il y a des centaines de milliers d'années, a essaimé l'humanité sur des dizaines de planètes, dont la Terre. Ivres de leurs capacités technologiques, les Hainiens ont d'abord multiplié les expériences génétiques et sociologiques, installant sur chaque monde colonisé une humanité différente. Puis, se rendant compte des atrocités auxquelles avaient conduit certaines de ces manipulations, ils en ont ressenti une intense culpabilité collective et ont créé la Ligue de tous les mondes puis l'Ekumen pour tenter de réparer.
     Sur les huit nouvelles de ce recueil, pour la plupart couronnées par des prix, sept se situent dans l'espace de l'Ekumen et en complètent la description. Avec un sens aigu de l'humanité et une précision d'ethnologue, Ursula Le Guin y décrit des sociétés différentes en mettant l'accent sur leurs variations sexuelles et sentimentales. La huitième histoire renouvelle le thème classique du navire interstellaire à générations.

     Ursula Le Guin est aujourd'hui l'un des plus célèbres écrivains américains de science-fiction et de fantasy.

    Sommaire    
1 - Préface (Foreword), pages 7 à 14, Préface, trad. Patrick DUSOULIER
2 - Puberté en Karhaïde (Coming of Age in Karhide), pages 15 à 38, trad. Patrick DUSOULIER
3 - La Question de Seggri (The Matter of Seggri), pages 39 à 88, trad. Patrick DUSOULIER
4 - Un amour qu'on n'a pas choisi (Unchosen Love), pages 89 à 111, trad. Patrick DUSOULIER
5 - Coutumes montagnardes (Mountain Ways), pages 112 à 141, trad. Patrick DUSOULIER
6 - Solitude (Solitude), pages 142 à 178, trad. Patrick DUSOULIER
7 - Musique ancienne et les femmes esclaves (Old Music and the Slave Women), pages 179 à 241, trad. Patrick DUSOULIER
8 - L'Anniversaire du monde (The Birthday of the World), pages 242 à 279, trad. Patrick DUSOULIER
9 - Paradis perdu (Paradises Lost), pages 280 à 398, trad. Patrick DUSOULIER

    Prix obtenus    
L'Anniversaire du monde : Locus, novelette, 2001
Coutumes montagnardes : James Tiptree Jr. Memorial, nouvelle / Short story, 1996, Locus, novelette, 1997
La Question de Seggri : James Tiptree Jr. Memorial, nouvelle / Short story, 1994
Solitude : Nebula, novelette, 1995
 
    Critiques    
     Sur les huit nouvelles qui composent ce recueil, sept appartiennent au cycle de « L'Ekumen », que Le Guin a amplement exploité dans nombre de ses romans. La plupart abordent la question de la sexualité, selon une approche ethnologique et sociale dont l'auteur est coutumier, sans négliger cependant l'émotion ou la sensualité. « Puberté en Kharaïde », racontant l'éveil sexuel d'un Géthénie, qui peut alternativement devenir homme ou femme, son androgynie le faisant entrer en somma ou kemma selon son entourage, résume bien la position de Le Guin sur les sexualités différentes : « Somma ou kemma, l'amour, c'est l'amour. »

     Sur O, les relations entre couples sont compliquées par le sedoretu, qui impose un mariage à quatre où chaque couple a des relations sexuelles avec les deux conjoints de l'autre couple mais pas avec le sien. « Un Amour qu'on n'a pas choisi » pose les problèmes qui se présentent dans la cellule familiale tandis que « Coutumes montagnardes » raconte le stratagème imaginé par des amants pour se retrouver malgré tout.

     Dans « La Question de Seggri », femmes et hommes vivent séparément ; les premières disposent du savoir et choisissent leurs étalons parmi les vainqueurs de compétitions sportives. Elles paient les Garçons qu'elles rencontrent dans les Forniqueries. La simple confrontation avec les Humains venus de l'espace suffit à modifier la place des hommes dans cette société. Il en va de même dans « L'Anniversaire du monde », où le pouvoir faisant du souverain un dieu vivant ne résiste pas au choc culturel causé par la venue d'un vaisseau spatial.

     « Solitude », très beau texte sur l'acculturation, présente une femme isolée sur un monde dont elle étudie la culture et sur lequel sa fille s'intègre très bien, au point de considérer comme étrangère la société dont elle est issue. La question de l'esclavage est abordée dans « Musique ancienne et les femmes esclaves » avec beaucoup de sensibilité, montrant les sentiments de colère, de honte et d'impuissance qui animent une personnalité de l'ambassade Ekuménique traité en esclave lors d'une guerre civile.

     Enfin, « Paradis perdu », qui clôt le recueil, brasse en une seule novella nombre de questions sociales et culturelles se posant à un vaisseau-génération. Malgré l'abolition des religions sur Terre, la longueur du voyage permet d'assister au retour du sacré à bord, ce qui divise la population en deux factions et réveille les vieux démons de l'humanité jusqu'à ce que la dissimulation, la manipulation et finalement la violence, menacent de faire échouer la mission. L'ignorance des personnes ayant tout oublié d'une vie terrestre, malgré les manuels détaillant tout ce qu'il est nécessaire de savoir pour coloniser un monde, est également très bien rendu.

     Au terme de ce voyage, on ne peut que constater qu'Ursula Le Guin reste, par la finesse de ses analyses et la qualité de son écriture, une grande dame de la science-fiction, voire de la littérature tout court.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2006 dans Bifrost 43
Mise en ligne le : 18/9/2007


     À l'instar de Christopher Priest, Ursula Le Guin revient en force dans l'édition française de SF après une traversée du désert de plus de 20 ans. Une certaine SF « exigeante », qui avait progressivement déserté les librairies (parallèlement à l'explosion de la fantasy), semble refaire surface. Certains de nos éditeurs essaient-ils de reconquérir des lecteurs (qui, écœurés par la médiocrité, ont fui vers d'autres horizons), ou craignent-ils un « jugement de l'Histoire » ? Quoi qu'il en soit, un come-back de Le Guin se doit d'être salué par Galaxies... La nouvelle la plus faible est certainement la dernière du recueil, la seule qui ne soit pas liée à l'Ékumen ; ces « Paradis perdus » commencent en variation fine sur un thème classique, celui du vaisseau de peuplement qui, coupé de sa planète d'origine, recrée une culture au fil des générations. Le charme anecdotique de la vie — et de la langue — des futurs colons ne suffit pas à faire oublier l'utilisation de ficelles laborieuses, et l'irruption d'une religion manichéenne rend l'ensemble un peu trop didactique.

     Les sept textes précédents sont d'un tout autre niveau. Puberté en Karhaïde souffre de l'absence d'intrigue (revendiquée par Le Guin dans sa préface), mais ce retour sur la planète Nivôse, en approfondissant des questions physiologico-sociales laissées en suspens dans La Main gauche de la nuit, offre une description touchante de l'adolescence telle que nous la connaissons.

     La Question de Seggri, collage de récits dont les dissonances s'harmonisent pour donner à voir un monde déchiré, décrit un cas extrême (extrême ?) de déséquilibre. Des femmes partout, et quelques hommes élevés en vase clos comme champions et reproducteurs. Glaçant, car même les notes d'espoir apparaissent pour de mauvaises raisons.

     Un amour qu'on n'a pas choisi et Coutumes montagnardes se passent sur O, monde où le mariage est encore plus compliqué que sur Terre, puisqu'il unit quatre personnes — mais chacune ne peut avoir de relations sexuelles qu'avec deux des trois autres en raison d'une conception de l'inceste très élargie. Ces textes intimistes donnent à réfléchir sur la nature de l'amour et sa place dans la société.

     La révolution — ambiguë, mais si peu utopique — de Musique ancienne et les femmes esclaves décrit sans pitié la violence des hommes et des sociétés. Mais parfois, la douceur surgit, inattendue, fragile...

     Violence encore, plus insidieuse, de L'Anniversaire du monde, qui interroge la notion de divinité et le besoin de croire.

     Solitude enfin pourrait servir de « test » pour aborder l'ethnologie-fiction de la dame de Portland : si vous n'aimez pas cette méditation sur les chocs culturels, passez votre chemin ; la probabilité que Le Guin vous reste à jamais étrangère ou inaccessible est élevée. Au-delà de la réflexion ethnologique, on peut lire cette superbe allégorie du déracinement (ou de l'enracinement) culturel avec un œil de sociologue : de la mobilité sociale vue sous l'angle de l'interrogation identitaire et du déchirement familial.

     « La musique qui se dégage de la prose ou de la poésie est à mon sens très importante (...). Même si [l'écriture] n'est pas toujours fluide, douce et élégante, elle a sa propre qualité musicale, et elle doit également être aussi cohérente qu'une pièce de musique », dit Le Guin dans un long entretien avec Hélène Escudié publié dans Fiction ce printemps. L'Anniversaire du monde est le choral d'une humanité qui — chant, contre-chant — explore dans le sang et l'amour différentes façons de vivre.

Marie SURGERS
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 18/7/2009


 

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