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Les Amants étrangers

Philip José FARMER

Titre original : The Lovers, 1961

Traduction de Michel DEUTSCH
Traduction révisée par Nadia FISHER
Illustration de Éric SCALA

TERRE DE BRUME (Dinan, France), coll. Poussière d'Etoiles n° (4)
Dépôt légal : mars 2005
192 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 2-84362-262-X   
Genre : Science-Fiction 


Autres éditions
   GALLIMARD, 2007
   J'AI LU, 1974, 1976, 1984, 1990, 1993
   in Les Amants étrangers / L'univers à l'envers, OPTA, 1968

    Quatrième de couverture    
     Croyant avoir échappé à la tyrannie ; religieuse qui domine la Terre du XXXIe siècle par une affectation inespérée sur la planète Ozagen, le linguiste Hal Yarrow découvre que le pire de sa planète natale l'a suivi — Pornsen, son ange gardien personnel, à l'affût du moindre péché ou de la plus insignifiante pensée déviante.
     Conditionné par une vie entière de soumission, Yarrow accepte l'espionnage constant de Pornsen comme un mal nécessaire et se ponge dans l'étude du langage des Wogglebugs, la race insectoïde dominante sur Ozagen. Jusqu'à ce qu'il découvre Jeannette, une fugitive pas tout à fait humaine, cachée dans d'anciennes ruines construites par des humanoïdes depuis longtemps disparus.
     Pour un croyant comme Yarrow, toute relation non consacrée avec une femme est formellement interdite, et l'amour envers une étrangère impensable. Pourtant, les amants élrangers sacrifieront tout à une passion dévorante qui abolira entre eux les frontières du temps, de l'espace — et de la différence.

     Philip José Farmer est né aux États-Unis, dans l'Indiana, le 26 janvier 1918. Il se met à écrire au début des années cinquante, après avoir exercé divers métiers. Avec cet ouvrage sensuel et humaniste, qui fit scandale à sa publication par son approche adulte des thématiques traditionnelles du genre, il a signé l'une des pièces maîtresses de la science-fiction d'après-guerre.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Jacques Sadoul : Anthologie de la littérature de science-fiction (liste parue en 1981)
Albin Michel : La Bibliothèque idéale de SF (liste parue en 1988)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
 
    Critiques    
     Premier roman de Philip José Farmer, publié en 1961 (mais basé sur une nouvelle parue en 1952), Les Amants étrangers fait partie de ces œuvres au parfum de scandale qui peuvent sembler bien fades aujourd'hui. Réédité dans la toute jeune collection « Poussière d'étoiles » chez Terre de Brume, ce livre a certes vieilli, mais n'en reste pas moins agréable à lire et pertinent, ce qui est loin d'être le cas pour tout un pan de la S-F de l'époque.

     Avant de s'étendre plus avant sur la simplicité presque gênante des relations homme/femme survolées par le texte, il convient de se souvenir que le thème du métissage entre humains et extraterrestres est tout sauf anodin dans un contexte politique où la ségrégation raciale est une réalité (les Etats-Unis des années 50, donc). Pas encore devenu l'auteur pornographique que l'on connaît aujourd'hui, Philip José Farmer pose les jalons de son œuvre future avec Les Amants étrangers. Une œuvre tolérante, ouverte, volontiers expérimentale (au sens où l'expérience est avant tout sujet d'émerveillement et non de méfiance immédiate) dont on redécouvre aujourd'hui toute la portée.

     Histoire d'amour entre un homme en rupture avec l'humanité et une extraterrestre en exil, Les Amants étrangers met en scène une expédition humaine sur une planète où règnent des conditions de vie proches de la Terre. Peuplé d'extraterrestres au langage compliqué mais pas insurmontable, ce monde intéresse grandement les humains, dont les intentions réelles sont évidemment expansionnistes et violentes.

     Mais si extermination il doit y avoir, il est nécessaire de faire ça doucement et d'étudier cette nouvelle société sous toutes ses coutures. C'est le travail du personnage principal, linguiste mal vu par ses supérieurs et mal à l'aise dans une société religieuse répressive.

     Inhibé par des interdits parfaitement inconcevables pour les locaux, il rencontre une femme, clairement alien, mais dont les traits manifestement humains sont le témoignage d'une rencontre depuis longtemps oubliée (ou peut-être effacée de l'Histoire officielle ?) avec des explorateurs terriens. Entre ces deux êtres que tout sépare, l'amour est immédiat et fortement révolutionnaire. On ne brise pas des millénaires de tabou en quelques minutes, et la trame dramatique du livre tire son essence de cette incompatibilité fondamentale.

     Critique du puritanisme et du racisme sous toutes ses formes, éloge de la différence et du métissage, Les Amants étrangers est aussi un vrai roman de S-F, avec un scénario millimétré, dont le coup de théâtre final est particulièrement intelligent. Reste que la trame narrative et le rythme du texte sont datés (surtout quand on les compare aux explosions vidéoclipées d'aujourd'hui), d'où un côté curiosité historique qui n'en possède pas moins un charme certain. Philip Jose Farmer tient une place de choix dans le panthéon de la S-F ; lire Les Amants étrangers nous rappelle que le vrai scandale du livre tient plus à ses thèmes clairement adultes, là où la production de l'époque se complaisait dans une certaine adolescence. Un coup de poing venu du passé. Vieilli, ridé, peut-être même pathétique, d'une certaine manière, mais dont la valeur de témoignage reste forte et surtout utile.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/7/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 10/8/2006


     Farmer est, selon l'expression consacrée, « le premier à avoir introduit le sexe dans la SF », à l'occasion, précisément, de la publication (originale, en pulp) de ces Amants étrangers. C'était il y a plus de cinquante ans. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, de l'encre sur les pages, et de la liqueur séminale dans toutes sortes de réceptacles. Au bout du compte, que reste-t-il de nos amours ? Pas grand-chose, je le crains.

     Il est probablement inutile de revenir sur l'argument. Pour les rares qui y auraient toutefois échappé jusqu'ici : une rencontre du 4ème type, à ma connaissance chronologiquement première dans le genre. Problème de départ : ledit argument tiendrait sur un timbre-poste. Certes, un tel constat ne suffirait pas à vouer le texte aux gémonies. Mais voilà, ce n'est pas tout : trois aspects de ce récit poussif méritent, du moins aujourd'hui, d'être copieusement éreintés. D'un point de vue strictement science-fictif, j'ignore comment le roman a été reçu en 1952 (le débat portait alors sur tout autre chose, comme on s'en doute), mais en la matière on avait incontestablement fait beaucoup mieux avant : un demi-siècle plus tard, il ne reste rien de ce fatras. Au plan politico-philosophique, on a pu lire là-dedans un appel à la tolérance : peut-être, mais la naïveté du propos sur le respect de la différence et sur la théocratie censée étouffer le protagoniste suffit à obscurcir les meilleures intentions en ce sens. Et la dimension érotique, donc, puisque c'est ce qui a valu sa célébrité à ce navet et à son auteur ? Aïe, c'est pire encore... Tout côté sulfureux est depuis longtemps éventé, et Farmer, puritain qui se voudrait tant apostat, n'éveille plus que l'ennui.

     Les lecteurs qui, comme moi ados dans les années 70, se sont émus, brûlants de désirs inassouvis, en lisant Les Amants étrangers, risquent à la relecture d'éprouver un choc. Car il n'y a probablement pas que le roman pour avoir mal, très mal vieilli. Nous aussi, peut-être ; en tout cas, moi aussi : j'avoue sans ambages n'avoir relu intégralement le texte que parce que, sur la foi de mes souvenirs, je m'étais engagé à écrire ce papier. Le livre m'est tombé des mains, en dépit de son faible volume (il n'aurait plus manqué que la longueur pour m'achever : sachant comment Farmer s'est entendu à massacrer les plus puissantes visions en les diluant en des romans-fleuve, on imagine ce qui serait advenu d'un déluge de mots dans un tel désert d'idées).

     Rien à sauver, donc ? Si : la couverture de cette réédition, esthétiquement plus raffinée que ses devancières. Saluons au passage l'initiative de Terre de Brume, qui outre ce vieux Farmer, remet à disposition du public des livres disparus des rayons de nos librairies. On se demande toutefois, à la lueur de l'exemple ici traité et de quelques autres (Hamilton, Heinlein) si le choix des titres ne pourrait pas être plus judicieux (seule exception potentielle pour le moment : Le Jour des Triffïdes de Wyndham).

     Terminons sur un accès de générosité ou d'indulgence pour ce que nous avons été : au dix-septième degré et demi, Les Amants étrangers, pourquoi pas ? Mais en dehors d'une telle approche, ce pétard mouillé devrait être réservé à trois catégories de lecteurs : aux pré-adolescents, aux nostalgiques du kitsch façon pulps, et aux historiens (voire aux archéologues) de la SF. N'entrant malheureusement plus dans la première catégorie, n'étant jamais entré dans la seconde et réservant mon énergie dans la troisième pour les ouvrages présentant encore aujourd'hui un intérêt, je ne peux, en mon âme et conscience, recommander cette lecture. Comme l'aviateur, « je ne sais plus voir les moutons à travers les caisses ; j'ai dû vieillir » (soupir).

Bruno DELLA CHIESA
Première parution : 1/6/2005 dans Galaxies 37
Mise en ligne le : 20/1/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) (2001)


     Hal Yarrow est un Terrien, marié à Mary, et il commence à en avoir marre. Non seulement de Mary, mais de la société en général, cet univers où tout est à la gloire de Sigmen le Précurseur, où tout le monde doit se prosterner devant Sigmen, se flageller mentalement plusieurs fois par jour ; où tout contact physique est proscrit, et où l'on vit en permanence sous l'œil d'anges gardiens, véritables gardes-chiourmes qui vous empêchent de vous dérober ne serait-ce qu'une seconde à vos obligations. Fatalement, au bout d'un moment, ça fatigue. Comme, de plus, Mary est une fervente pratiquante des préceptes de Sigmen, Hal n'a aucune chance d'accéder à ses désirs secrets. Non qu'ils soient vraiment déviants  : Hal trouve simplement qu'on se complique la vie pour pas grand-chose...
     Aussi, quand il a l'occasion de partir pour une lointaine planète où l'on a besoin de ses talents de linguiste, il saute sur l'occasion. Malheureusement, son surveillant, Pornsen, est également du voyage. Leur but : déterminer si les woggles, ces créatures extraterrestres, représentent un danger pour l'humanité. Mais, arrivé sur la planète lointaine, Hal est confronté à un autre souci : il est tombé amoureux d'une métisse humano-extratrerrestre, une lalitha, Jeannette, lointaine descendante d'un colon français et sexy à souhait...
     Bien sûr, ce roman est devenu célèbre pour avoir apporté la touche d'érotisme qui manquait à la science-fiction dans les années 50. D'abord refusée par John Campbell qui la trouvait répugnante, la nouvelle originelle obtint le prix Hugo 1953. Elle fut ensuite étendue aux dimensions d'un roman (c'est ce dernier qui a été traduit en France). A ce titre, ce livre est essentiel dans le développement de la science-fiction, qu'il a contribué à rendre plus adulte. Mais il ne faudrait pas négliger les autres aspects du roman, qui ne sont pas de simples prétextes à mettre en scène les galipettes amoureuses du héros. Le roman pose des problèmes d'ordre politique et éthique. En effet, le monde dont Hal Yarrow s'échappe est un monde totalitaire, où Etat et Religion se confondent, au grand désespoir de la population obligée de refouler ses désirs, même les plus naturels. Et une fois les hommes arrivés sur la planète Ozagen (nom inspiré du Magicien d'Oz de Frank L. Baum) ils sont confrontés à la nécessité de choix épineux  : les extraterrestres sont-ils dangereux, et si oui, que faire pour se prémunir contre la menace ? Faut-il les exterminer ? A cette question, Farmer apporte une réponse claire et nette.
     Un livre essentiel, en somme.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 2/4/2001
nooSFere


 

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