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Arlis des Forains

Mélanie FAZI



Illustration de Didier GRAFFET

BRAGELONNE (Paris, France) n° (86)
Dépôt légal : août 2004
320 pages, catégorie / prix : 13 €
ISBN : 2-914370-98-9   
Genre : Fantasy 



    Quatrième de couverture    
     Lorsqu'on a onze ans, le monde est un endroit étrange...
     Et quand ce monde se compose d'un ours, de singes savants et de serpents, l'étrange devient le quotidien. Car Arlis est un forain, et sa maison est la route.
     Il vit heureux en compagnie d'Emmett et de Lindy, qui dirigent la caravane, de Jared, le cul-de-jatte, d'Aaron et de Katrina. Si seulement Arlis savait ce qu'il fait parmi eux. Car il ignore tout de ses origines ou de sa famille.
     Un jour, alors que les forains atteignent la petite bourgade de Bailey Creek, Arlis fait la connaissance de Faith, la fille du pasteur. Ils se lient d'amitié et deviennent complices, au coeur des blés, sous la lune et le vent.
     Mais Faith n'est pas non plus une fille comme les autres. Elle connaît les secrets des champs de blés. Elle initie Arlis à d'étonnants sacrifices dédiés à l'épouvantail qui règne en maître sur ces lieux. Autour d'eux plane une présence invisible et effrayante.
     Oui, lorsqu'on a onze ans, le monde est un endroit étrange, où peuvent surgir la violence et la mort, et changer votre vie à tout jamais...

     Née en 1976, Mélanie Fazi s'est fait remarquer par de superbes nouvelles fantastiques (dont plusieurs traduites et publiées aux États-Unis, fait exceptionnel pour un jeune auteur français) et récompensées par le Prix Merlin 2002. Avec ce roman, elle livre un petit joyau de sensibilité et de poésie, un merveilleux récit sur la quête de l'identité et les fantômes du monde de l'enfance. Attention, talent !

    Prix obtenus    
Masterton, roman français, 2005
 
    Critiques    
     C'est le troisième livre de Mélanie Fazi publié en un peu plus d'un an à peine. Après Trois pépins du fruit des morts, chez Nestiveqnen, un roman dont le personnage principal est une adolescente, puis Serpentine, aux éditions de l'Oxymore, un recueil de nouvelles souvent inspirées par l'enfance ou l'adolescence, voici Arlis des Forains, aux éditions Bragelonne.

     Tout bébé, Arlis a été recueilli par des forains qui l'ont élevé. À l'âge de onze ans, lors d'un séjour de la troupe dans la petite ville de Bailey Creek, il rencontre Faith, la fille du pasteur, en révolte contre son père. La relation qui se nouera entre eux, tissée d'envie mutuelle alors que Faith initie Arlis à des Mystères païens, le poussera à s'interroger sur son identité.

     Ce roman est le premier que Mélanie Fazi ait écrit, mais il a été longuement remanié avant d'être publié. Arlis en est le narrateur : Mélanie Fazi aime écrire à la première personne et elle excelle à cet exercice. Cela donne à ses œuvres, et à ce roman en particulier, une saveur intimiste, un ton décalé, surtout lorsqu'elle choisit, comme c'est le cas, d'exprimer les sentiments d'enfants avec un langage d'adulte. Les repères temporels sont abolis. Non seulement on ne sait pas trop à quelle époque se passe l'intrigue — et on ne s'en soucie guère — mais de surcroît, on ignore quand Arlis parle. S'il raconte des évènements récents ou anciens. Toutes ces incertitudes poussent le lecteur à s'interroger, créant chez lui un sentiment d'instabilité qui s'ajoute au trouble provoqué par l'histoire pour finalement l'emporter ailleurs, à Bailey Creek. On se pose de multiples questions sur le passé et l'identité d'Arlis, on échafaude des hypothèses qui se voient, pour la plupart, déjouées, et rebondissent sur tout autre chose... Ajoutez à cela une écriture simple et rythmée, à la fois directe et détournée, tel un langage d'enfant qui va inconsciemment à l'essentiel.

     Ce livre est décidément un étrange mélange de suspense et de méditation, d'action et d'introspection, qui désoriente le lecteur. Ce qui tombe bien parce que c'est justement ce que l'on demande à un roman fantastique. Ou de fantasy urbaine. Ou de country fantasy ! Peu importent les étiquettes, pourvu qu'on ait le plaisir de lire un bon livre et là, vraiment, c'est le cas.


Lucie CHENU
Première parution : 4/10/2004 nooSFere


     « Gloire à toi, Seigneur des Moissons. C'est en paix que nous venons vers ton autel. Accepte nos offrandes, toi qui est le dernier et le premier, l'alpha et l'oméga, celui qui est, qui était et qui vient. Je sais où tu demeures : c'est là qu'est le trône de Satan. C'est en ton nom, Seigneur des Moissons, que sera versé le sang de l'agneau. Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire. » (Pages 80-81.)
     Bailey Creek, Arkansas (du moins c'est ce que Mélanie Fazi voudrait nous faire croire).

     Arlis James — gamin de onze ans ignorant tout de ses origines — , vient d'arriver en ville avec la minuscule troupe de forains à laquelle il appartient. Il y a dans le lot un plantigrade placide, un cul-de-jatte prénommé Jared, une dresseuse de serpents, des chevaux, deux ouistitis, mais aucune femme à barbe, pas d'homme illustré, aucun monstre à tête d'éléphant... Bref, pas de quoi faire un remake de Freaks.
     Le jour de son arrivée, Arlis rencontre Faith, la fille du pasteur local qui le drague éhontément en lui offrant un sucre d'orge récemment chapardé dans l'épicerie du coin. Après quelques manœuvres d'approche nécessaires, Faith va faire participer Arlis à une série de sacrifices pseudo-sataniques dédiés au Seigneur des Moissons, utilisant comme autel l'épouvantail qui règne sur les grands champs de Bailey Creek... Piégé par le jeu un tantinet pervers de Faith, Arlis ne tardera pas à s'apercevoir qu'on ne réveille pas les fantômes impunément.

     Difficile de critiquer ce livre ennuyeux, dégraissable d'un bon tiers si ce n'est de la moitié, sans le massacrer purement et simplement ; dommage, car les histoires d'amour/d'amitié entre préadolescents peuvent être particulièrement touchantes, d'autant plus dommage que Mélanie Fazi, vingt-sept ans à peine et déjà lauréate du Grand Prix de L'Imaginaire pour sa nouvelle « Serpentine » dont on reparlera plus loin, semble promise à une grande carrière littéraire.

     Arlis des forains se situe dans l'Amérique Profonde de Shérif fais-moi peur, pourquoi pas, sauf que Mélanie Fazi ne connaît visiblement pas assez les mentalité et civilisation nord-américaines pour rendre son récit crédible. Pour tout dire, on n'y croit JAMAIS et on se demande pourquoi l'autrice n'a pas situé son récit en Beauce, à Romorantin ou en Dordogne. Petit exemple : le pasteur et révérend de Bailey Creek, veuf, a trois filles (jusque-là, c'est normal), mais il officie dans une église en pierre, décorée avec un christ crucifié (l'édifice en question étant baptisée St Mary Magdalene ! — soyons fair play le trait d'humour est savoureux). Preuve est faite que Mélanie Fazi ne sait pas faire la différence entre une église et un temple protestant, entre la religion catholique et les principales branches de la religion protestante (baptiste, calviniste, anglicane, luthérienne). Tout aussi problématique, son récit semble se situer tantôt peu après la Seconde Guerre Mondiale, tantôt de nos jours. Résultat : cette approximation dans la datation amoindrit la force évocatrice des passages les plus réussis. Autre problème, Fazi est incapable d'ancrer son récit dans les détails du quotidien ; elle ne dit rien du coût des choses, des marques que l'on trouve à Bailey Creek, des marques de voiture, des gens qui se rendent en ville faire leurs courses... A peu de choses près, son Amérique est celle de La Petite maison dans la prairie avec un frigo dans la caravane, histoire qu'on comprenne bien qu'on se trouve au vingtième siècle. Et de ce grand pays (peuplé d'obèses et d'enfants de Dieu) qui n'a quasiment pas connu dix ans de paix durant le vingtième siècle (Première et Seconde Guerres Mondiales, Corée, Viêt-nam, Panama, Irak), Mélanie Fazi en a tout simplement oublié les anciens combattants, le shérif, le salut au drapeau, la place des noirs dans la société, l'ombre de JFK... Tout ce qui fait la pesanteur de l'Amérique Profonde a été oblitéré. Quant à L'Arkansas... Mélanie Fazi semble même ignorer son statut d'état du Sud (l'Arkansas fait frontière commune avec la Louisiane et l'état du Mississipi).

     En s'attaquant à l'Amérique des gens du voyage et en détournant le folklore de la « Moisson de Sang », Mélanie Fazi rivalise involontairement avec plusieurs grands écrivains américains : Harry Crews, La Malédiction du gitan ; Ray Bradbury, La Foire des ténèbres ; Paul Auster, Mr Vertigo ; Theodore Sturgeon, Cristal qui songe — sans parler des incursions en la matière de Dean R. Koontz et Stephen King. Faute d'une écriture totalement maîtrisée ou d'un point de vue réellement original, ce second roman (après le pénible Trois pépins du fruit des morts, sorti en septembre 2003 chez Nestiveqnen) s'enlise dans les traces trop profondes de ceux qui ont ouvert la voie (Ray Bradbury en tête). Faisant preuve, par moments, d'un grand professionnalisme et d'une certaine sensibilité, Arlis des forains n'est pas un roman totalement nul, c'est juste une œuvre de jeunesse dont le plus grand intérêt, sinon le seul, est de nous donner envie de (re)lire Cristal qui songe et La Foire des ténèbres. Toutefois, histoire d'atténuer mon propos, je vois une catégorie de lecteurs qui pourraient être intéressée : celle qui dévore la « Comédie Inhumaine » de Michel Pagel. Car sans aller jusqu'à traiter Pagel de père spirituel de ce Arlis des forains, il me semble discerner une certaine filiation entre Pagel et Fazi, un cours d'eau littéraire qui les lie, remontant jusqu'à La Vouivre et aux romans fantastiques de Claude Seignolle. Une filiation, fantastique intimiste et quasiment de terroir, que semble confirmer le sommaire du recueil Serpentine, puisqu'il est préfacé par l'auteur de L'Equilibre des paradoxes.

     [La suite de cette chronique, consacrée à Serpentine, n'est pas reproduite ici.]

CID VICIOUS
Première parution : 29/1/2006 dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 29/1/2006


     Fantômes d'enfance

     Née en 1976, Mélanie Fazi est déjà en passe de s'imposer comme une des meilleures auteures françaises de fantastique contemporain. Elle a été immédiatement remarquée et récompensée par des prix pour ses brillantes nouvelles, dont, fait exceptionnel, certaines ont été traduites aux Etats-Unis. Depuis peu, elle se lance dans le roman. Après Trois pépins du fruit des morts (Nestiveqnen éditions, 2003), elle publie aujourd'hui Arlis des forains chez Bragelonne.
     Arlis, onze ans, vit chez les forains. Il ignore tout de ses origines et de sa famille. La rencontre avec une fille de pasteur un peu bizarre va lui révéler qu'il possède d'étranges pouvoirs, que nous ne décrirons pas ici. (Relevons simplement la référence au film Jeux interdits lorsque les enfants enterrent des animaux morts). S'appuyant sur son don fraîchement découvert, Arlis va réussir à interroger les fantômes du passé pour mener sa quête d'identité et connaître la cruelle vérité.

     Usant d'un style élégant, efficace, parfois ciselé, Mélanie Fazi gère la lente montée du fantastique, dans la bonne tradition des récits d'angoisse qui font progressivement grimper le suspense. En peu de textes, cette jeune traductrice s'est révélée fine exploratrice de l'âme humaine et des mystères du surnaturel. « Pas étonnant qu'il vous vienne parfois des idées curieuses. C'est peut-être au fond le rôle du sommeil : nous empêcher de trop réfléchir quand la lumière disparaît ».

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 14/10/2004 24 Heures
Mise en ligne le : 3/3/2009


 

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