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Altneuland

Francis VALÉRY




HYDRE (Editions de l')
Dépôt légal : 1995
134 pages, catégorie / prix : 50F
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
Pas de texte sur la quatrième de couverture.
 
    Critiques    
     Demeurons un instant en compagnie de l'un des concepteurs de Century XXI, en la personne de Francis Valéry. Outre sa présence au sein du milieu SF, cette énergie dispensée à créer et éditer publications diverses, outre ses activités de directeur de collection et de rédacteur en chef, il poursuit discrètement mais opiniâtrement une carrière d'écrivain. On sait que plusieurs de ses nouvelles ont été distinguées ici et parfois traduites aux États-Unis. On sait qu'il avait donné naguère aux éditions de l'Aurore un premier roman intéressant même s'il souffrait des quelques défauts inhérents aux premiers romans, L'arche des rêveurs. Plusieurs recueils et plaquettes attestent de cette activité créatrice. Altneuland, sorti aux éditions de l'Hydre, constitue une sorte d'hybride, d'une variété assez courante en SF : le recueil de nouvelles qui peut se lire comme un roman, ou fïx-up.
     Francis Valéry me paraît être l'un des rares auteurs francophones capable de s'attaquer à une SF où la science soit autre chose qu'alibi, et de ne pas sortir vaincu de l'affrontement. Ceux avec lesquels il partage cette caractéristique sont peu nombreux, on n'en dressera pas la liste pour éviter de chagriner les autres. Dans Altneuland, l'astronomie et la physique des particules le disputent aux technologies en vogue, réalité virtuelle ou ingénierie astronautique en fers de lance.
     Mais il ne s'agit pas non plus uniquement d'un récit de hard science, bien au contraire : si la péripétie centrale tourne autour de la réception d'un message extraterrestre et de la préparation d'un voyage vers la source de celui-ci, il est évident que l'anecdote intéresse moins l'auteur que le contexte de celle-ci. Le récit, d'ailleurs, s'interrompt au moment où le vaisseau et son passager partent pour le Centaure. Francis Valéry affirme n'avoir qu'un unique sujet de préoccupation lorsqu'il écrit : la mémoire. Altneuland est centré sur cette dernière, ce qui est narré dérivant au rythme des souvenirs et des fluctuations de ceux-ci, de leur divergence aussi, d'un individu à l'autre. Un des passages les plus intenses est à ce titre celui où à la suite d'un effondrement gravifique au cœur d'un centre de recherche, des phénomènes bizarres interfèrent avec les explorateurs dépêchés sur place, bouffées d'images remontant le temps, fantasmes de campagnes militaires et de camps de concentration, souvenirs d'enfance et fragments d'inconscient.
     Il faut parler du monde choisi par Valéry. Il s'agit d'un futur atypique, même s'il s'inscrit dans la droite ligne d'une tendance à décrire la déglingue socio-politique. Les peuples qui traversent le récit ont pour noms afrikaners, israéliens, palestiniens, japonais. Altneuland, ce projet d'envoi d'un homme vers le Centaure, est financé par le Mouvement Sioniste Mondial et l'État de Grand Israël, qui s'étend « des rives du canal de Suez aux portes de Damas ». A l'heure où un fanatique religieux d'extrême-droite assassine un premier ministre qui avait choisi le camp de la paix, on se demande d'abord s'il est bien pertinent de décrire un avenir où le passage par une nouvelle guerre semble inéluctable, sans parler du concept même de « Grand Israël ».
     Et puis, on apprend à accepter les pans de ce monde très construit, facette par facette. Dans ce futur, nul n'est à l'abri de la critique, les officiels israéliens coincés par le poids de l'Histoire moins que quiconque. L'Histoire, celle des États et celle des gens, l'histoire personnelle et celle des familles : toujours la mémoire. Il y a cette phrase qui montre que l'auteur n'est pas dupe : « le nationalisme, c'est la déchéance de l'homme » (p. 55). Il n'y a pas qu'une seule vérité, et on a toujours besoin de quelqu'un, contrairement à ce que croit Jungk, le patron du projet et sioniste acharné.
     Tout cela est enveloppé de digressions vers les existences des personnages, qui tissent une trame lâche en enrichissant la texture du récit. Texture : ce court (135 p.) recueil est habité de notations multiples qui en appellent aux sensations, qui rappellent à l'homme qu'il vit dans un univers qu'il peut sentir et toucher. Les plantes, chères à l'auteur, habitent ces lignes autant que les hommes. Et tout le récit est dans ces mots d'Edgar Varèse, placés en épigraphe, qui parle de « découvertes de nouveaux mondes : sur la Terre, dans le ciel, ou dans l'esprit des hommes ». Un régal.

Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/1/1996 dans Cyberdreams 5
Mise en ligne le : 14/9/2003


 

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