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Après demain, la Terre...

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Alain DORÉMIEUX




CASTERMAN , coll. Autres temps, autres mondes - Anthologies n° (12)
Dépôt légal : septembre 1971
354 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 13,5 x 20,5 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     La science-fiction, aujourd'hui bouge, et elle ressemble de moins en moins à ce qu'elle fut. Sur les quatorze récits rassemblés ici, quelques-uns illustrent ses tendances les plus modernes, tandis que d'autres sont dans la grande tradition. Mais tous — les plus anciens comme les plus récents — ont certains traits en commun. Ils se veulent moins spectaculaires qu'inquiétants ; ils ne nous dépeignent pas des intrigues à l'échelon galactique ni des actions brassant l'histoire de l'humanité, mais d'étranges aventures qui se déroulent au coeur de l'individu ou dans son environnement immédiat. Leur première vertu est de déconcerter, en décollant radicalement (ou insidieusement) du réel quotidien, en montrant des héros placés en état de « crise », face à des situations apparemment insensées. En revanche on n'y rencontrera pas (ou presque) d'extra-terrestres ou d'astronefs, pas de robots ni d'invasions de la Terre, pas de bêtes monstrueuses ni de guerres futures, pas de mutants diaboliques ni de savants fous. La science-fiction a usé et abusé de ces thèmes, surtout dans son jeune âge. Raison de plus, aujourd'hui, pour les laisser un peu de côté. Car le propre de la science-fiction, de nos jours, est d'être la littérature la plus vivante et la moins stéréotypée qui soit, celle qui peut recouvrir tous les genres sans avoir pratiquement de frontières. Une littérature perpétuellement ouverte et non pas fermée sur elle-même. La seule littérature véritablement en mouvement de notre époque.

    Sommaire    
1 - Alain DORÉMIEUX, Préface, pages 9 à 12, Préface
2 - Henry KUTTNER, Il se passe quelque chose dans la maison (This is the House), pages 13 à 41, trad. Alain DORÉMIEUX
3 - Fredric BROWN, Dingue de planète (Planet is a Crazy Place), pages 43 à 63, trad. Alain DORÉMIEUX
4 - Walter Michael MILLER, Moi qui rêve (I, dreamer), pages 65 à 83, trad. Alain DORÉMIEUX
5 - Ray BRADBURY, Pour toujours de par la Terre (Forever and the Earth), pages 85 à 107, trad. Alain DORÉMIEUX
6 - Philip K. DICK, Reconstitution historique (Exhibit Piece), pages 109 à 128, trad. Alain DORÉMIEUX
7 - Robert SILVERBERG, Comme des mouches (Flies), pages 129 à 142, trad. Alain DORÉMIEUX
8 - Robert A. HEINLEIN, La Maison biscornue ("—And He Built a Crooked House"), pages 143 à 170, trad. Alain DORÉMIEUX
9 - James Graham BALLARD, L'Homme saturé (The Overloaded Man), pages 171 à 189, trad. Alain DORÉMIEUX
10 - Harlan ELLISON, Le Monde du mythe (World of myth), pages 191 à 215, trad. Alain DORÉMIEUX
11 - Alfred Elton VAN VOGT, Accomplissement (Fulfillment), pages 217 à 254, trad. Alain DORÉMIEUX
12 - Richard MATHESON, Retour à zéro (Return), pages 255 à 279, trad. Alain DORÉMIEUX
13 - Lester DEL REY, Un monde de compassion (Kindness), pages 281 à 301, trad. Alain DORÉMIEUX
14 - Thomas Michael DISCH, La Cage de l'écureuil (The Squirrel Cage), pages 303 à 321, trad. Alain DORÉMIEUX
15 - Fritz LEIBER, La Forêt enchantée (The Enchanted Forest), pages 323 à 349, trad. Alain DORÉMIEUX

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Philip K. Dick's Electric Dreams ( Saison 1 - Episode 05/10 : Real Life ) , 2017, Jeffrey Reiner (d'après le texte : Reconstitution historique), (Episode Série TV)
 
    Critiques    
     Quatrième volume organisé par Alain Dorémieux pour Casterman et consacré à la science-fiction, Après-demain la Terre se veut d'abord (c'est-à-dire dès sa préface), un ouvrage de transition, une solution de continuité entre l'ancienne SF et la nouvelle.
     « La science-fiction est un phénomène littéraire qui rajeunit, qui se transforme en laissant loin derrière lui les formules passées pour en découvrir de nouvelles, et dont par là même les manifestations d'autrefois se démodent à une vitesse croissante au regard de ce qui s'est fait depuis » écrit Dorémieux, qui ajoute qu'il se prépare à composer une anthologie de la SF « littérature d'aujourd'hui, et non plus vestige d'un passé vieux de vingt ou trente ans ». Cela va peut-être faire hurler les nostalgiques : le préfacier l'a d'ores et déjà prévu, qui ne peut s'empêcher de lancer quelques pointes (à vrai dire peu acérées) aux nostalgiques qui, tels ces fanatiques de la bande dessinée compulsant éternellement leurs Mickey et autres Robinson, ne rêvent que de figer un genre dont la force est justement la constante évolution...
     Ces derniers, cependant, ne seront point encore trop dépaysés en se lançant dans Après-demain la Terre : sur les quatorze textes présentés, quatre seulement sont postérieurs à 1964 et sont signés par des noms qui touchent de plus ou moins près à la new thing (Silverberg, Ballard, Ellison, Disch). Les dix autres sont fort classiques quant à leurs auteurs (Kuttner, Brown, Miller, Bradbury, Heinlein, van Vogt, Matheson, del Rey, Leiber et Dick première période) et à leurs dates de publication : en gros I' « âge d'or », puisque les plus anciens récits sont de 1940, le plus récent de 1954. Mais en réunissant ces « anciens » et ces « modernes », avec encore une large supériorité numérique accordée aux premiers, l'anthologiste s'est efforcé de ne choisir que des textes vierges de ces « stéréotypes qui encombrent les pages des romans et des nouvelles de science-fiction depuis des lustres » (extra-terrestres, savants diaboliques, invasion de la Terre, etc.). Cette volonté sert de liant aux nouvelles ainsi amalgamées sous le solide carton du beau volume Casterman, mais l'unité ne se réclame pas seulement de la compilation ; elle tient aussi à la matière même des nouvelles, car cette fois Dorémieux ne s'est pas contenté de réunir et de présenter, il a aussi traduit. Son emprise sur le volume est donc complète, et lorsqu'on a lu ses trop rares textes, on peut reconnaître sans peine, sous les phrases signées Dick ou Leiber, le langage sobre, précis, clair, de Dorémieux. Cela ne veut pas dire qu'il enlève quoi que ce soit de leur personnalité aux auteurs traduits, mais qu'il leur a fait don à chacun d'un peu de la sienne... D'où une belle unité de ton qui s'élève des 349 pages du recueil.
     Pour aborder maintenant les nouvelles une par une (non pour en faire une « critique » approfondie mais simplement pour donner quelques indications aux lecteurs), il serait possible de séparer en deux parties les anciens et les nouveaux ; mais on a vu que (mis à part le texte de Disch : voir plus loin) les différences ne seraient pas probantes. On pourrait aussi, ainsi que le suggère Dorémieux dans sa préface, établir une numération binaire (deux histoires sur des maisons étranges, deux sur des voyages temporels, etc.), mais le postulat ne pourrait être tenu jusqu'au bout sans artifices. On pourrait enfin jouer au maître d'école (les critiques adorent donner des bons points, et avouons que c'est un jeu tentant !) et classer du moins bon au meilleur. Mais nombre des récits sont égaux en qualité, et l'expérience ne serait pas notablement significative. Autant alors prendre les nouvelles par ordre de mise en pages.
     Il se passe quelque chose dans la maison (This is the house) d'Henry Kuttner (1946) est une classique histoire de maison hantée — mis à part le fait, justement, que la maison n'est pas hantée puisque nous sommes dans une histoire de SF et non dans un conte de terreur. C'est assez drôle, assez nonchalant (le ton est plus celui de Lewis Padgett que des textes d'ordinaire signés par Kuttner seul), mais plutôt mineur dans la production de cet écrivain que je trouve pour ma part fort inégal.
     Dingue de planète (Placet is a crasy place) de Fredric Brown (1946) se présente comme une tranche de vie sur une planète assez dingue (des mirages inquiétants en déforment continuellement la surface, des oiseaux d'une densité peu commune volent à l'intérieur de la croûte planétaire...), mais ce qui pourrait n'être que du Sheckley (et ce serait déjà bien beau !) prend ici une coloration plus soutenue... puisque c'est du Brown ! Une délicate intrigue sentimentale vient donner du poids à l'ensemble, et si je vous disais que le suspense est dénoué par un jeu de mot dont Dorémieux s'est parfaitement tiré... Mais lisez seulement !
     Moi qui rêve (I, dreamer) de Walter M. Miller (1953) est une tragique histoire de robot qui s'éveille à la vie consciente et découvre la cruauté de ses maîtres humains, avant d'avoir la révélation (et les lecteurs avec lui) de sa véritable identité. C'est un très beau texte, dense et pur, qui nous fait regretter le silence actuel de Miller.
     Pour toujours de par la Terre (Forever and the Earth) de Ray Bradbury (1950) mêle, comme souvent chez cet auteur toujours étonnant, l'aventure et la culture, le temps et le rêve, le mythe et la réalité : un écrivain raté du XXIVe siècle parvient à rappeler du passé Thomas Wolfe, pour lui faire écrire l'épopée de la conquête de l'espace. Ce texte discret et lyrique n'est sûrement pas à classer parmi les œuvres de premier plan de Bradbury, mais il est une pièce importante pour la compréhension de l'univers de l'auteur de Retour au Kilimandjaro — ces deux textes pouvant former une sorte de diptyque.
     Reconstitution historique (Exhlbit piece) de Philip K. Dick (1954) est une variation sur son thème favori de l'interpénétration des univers : un gardien de la section XXe siècle d'un musée du futur « glisse » dans la réalité historique de l'époque observée. C'est un maillon intéressant du seul point de vue de l'étude de l'évolution de Dick, mais à le lire aujourd'hui, il fait naturellement pâle figure à côté de Ubik ou du Dieu venu du Centaure.
     Comme des mouches (Flies) de Robert Silverberg (1967) nous fait assister au retour sur Terre d'un astronaute manipulé par de mystérieux « êtres d'or » lors d'un naufrage au large de Jupiter. Bref, précis, cruel et passablement sophistiqué, ce court texte est bien représentatif de la dernière manière de l'auteur. C'est du ciselage de gemme — ce qui ne veut pas dire que Flies ne sera pas oublié peu de temps après avoir été lu...
     La maison biscornue (And he built a crooked house) de Robert A. Heinlein (1940) est une pochade plutôt affligeante sur la construction d'une maison topologique en forme de tesseract. Il nous faut d'abord engloutir dix pages d'explications laborieuses, avant de suivre pendant quinze autres les gambades sans intérêt des locataires enclavés. Dans sa présentation, Dorémieux souligne que le défaut majeur d'Heinlein est son « sérieux pesant et didactique »... mais il ajoute que cette tare est absente de la nouvelle choisie. Eh non, hélas !...
     L'homme saturé (The overloaded man) de J. G. Ballard (1967) décrit l'itinéraire métaphysique d'un homme qui, pour se soustraire à son environnement (travail, épouse, objets), glisse peu à peu dans une schizophrénie très particulière. A sa manière, ce texte tout en finesse et en discrétion est exemplaire, mais les lecteurs français feront naturellement le parallèle avec le beau film d'Alain Jessua, La vie à l'envers, dont il constitue en quelque sorte la version écrite et ramassée.
     Le monde du mythe (World of myth) d'Harlan Ellison (1964) paraît un peu terne et traditionnel si on le compare aux écrits plus récents de ce bouillant auteur. Il s'agit de la rencontre, sur un monde sauvage, de trois astronautes naufragés et d'une forme de vie qui agit psychiquement. Banal...
     Accomplissement (Fulfillment) d'A. E. van Vogt (1951). Isolé sur une Terre future désertée, un ordinateur complexe (et complexé) parvient à redescendre dans le passé et se stabilise au XXe siècle, où il est confronté avec plusieurs problèmes : la lutte pour son libre arbitre contre des hommes qui dirigent une autre machine pensante, la découverte de sa propre finalité, c'est-à-dire à la fois son passé et son futur... Tous les grands thèmes de van Vogt sont là : la boucle temporelle, le heurt de l'homme et de la machine, la crise de l'identité. Et comme toujours ou presque, le résultat est un petit chef-d'œuvre. J'ajouterai que je ne suis pas d'accord avec Dorémieux, qui pense que la machine de van Vogt est « complètement idiote ». Comme tous les robots, celui-ci a été programmé d'une certaine façon, en vue d'un certain travail, et les problèmes qui l'assaillent dépassent considérablement le lot d'informations qu'il possède. Sa lutte pour le décryptage de l'univers est donc une tâche a priori bien au-delà de ses capacités, ce qui rend d'autant plus méritoire sa demi-victoire d'ailleurs fort ambiguë... Et puis qu'importe : par-delà les temps et les modes, van Vogt reste bien le plus grand.
     Retour à zéro (Return) de Richard Matheson (1951) nous permet d'assister au troisième et dernier voyage temporel du professeur Wade, qu'on avait déjà suivi dans Le phagomane (dans Histoires fantastiques de demain) et dans Le voyageur (Fiction n° 104). Wade s'envole cette fois vers le futur... pour un voyage sans retour. En dire plus serait déflorer un angoissant suspense, basé sur la recette typique de Matheson : une histoire de SF, un traitement horrifique.
     Un monde de compassion (Kindness) de Lester del Rey (1944) est basé sur un postulat original : la vie du dernier homme normal dans un monde de mutants surévolués. D'ordinaire c'est de l'inverse qu'il s'agit, et del Rey a permuté les facteurs, comme Matheson à propos du vampirisme dans Je suis une légende. Le résultat est une histoire qui a sans doute un peu vieilli, qui est assez schématique, mais qui se tient, qui est solide, et dont le potentiel émotif reste intact.
     La cage de l'écureuil (The squirrel cage) de Thomas M. Disch (1966). Un homme enfermé on ne sait où, on ne sait par qui (et il n'est pas sûr que le captif le sache lui-même), écrit au jour le jour ses impressions sur des carnets, étalant ses espoirs, ses rancœurs, sa peur, s'interrogeant sur le sens de sa vie présente qui, si désespérée qu'elle soit, n'est peut-être pas si effrayante qu'une éventuelle libération... C'est du Disch à l'état brut, c'est-à-dire que c'est écrit avec les tripes, que c'est complètement opaque sans toutefois être hermétique, et qu'il est bien difficile de dire s'il s'agit encore de SF. En somme la new thing dans ce qu'elle peut avoir de meilleur. Ajoutons qu'on peut considérer La cage de l'écureuil comme un écrit de départ pour Camp de concentration.
     La forêt enchantée (The enchanted forest) de Fritz Leiber (1950) se situe à la frontière du space-opera et de l'heroic fantasy : un homme naufragé sur une planète étrangère (il est en outre le dépositaire génétique de toute une civilisation) est confronté à une énigme irritante qui finit par faire sombrer sa raison. En réalité, il était l'objet d'une expérience sociologique et psychologique. C'est de la grande aventure, merveilleusement racontée, passionnante de bout en bout. Du grand Leiber...
     Il est donc temps de dire (et le lecteur s'en sera aperçu) que Après-demain la Terre est d'un excellent niveau moyen. Il surpasse sans peine Voyages dans l'ailleurs (mais il est normal qu'on ne puisse comparer des débutants français à des valeurs sûres américaines) et même Histoires des temps futurs, pour venir s'aligner auprès du premier volume de la série, Histoires fantastiques de demain. On n'y trouve peut-être pas des récits comparables à La planète Shayol ou Destination Centaure, mais la très haute qualité de la plupart des textes présentés hisse l'ensemble à une altitude enviable et en fait un modèle d'anthologie, parfaitement dosée, parfaitement construite.
     Peut-être sera-t-on tenté, en fin de volume, de chercher, entre le camp des anciens et celui des nouveaux, un hypothétique vainqueur. J'aurais pour ma part du mal à décerner des lauriers. Si les deux meilleurs textes ont coulé de plumes vénérables (van Vogt et Leiber), le plus mauvais aussi (Heinlein). Par contre Disch serre de près le peloton de tête, alors qu'Ellison ne distance que de peu la lanterne rouge. Pour y voir plus clair sur la valeur absolue de la nouvelle SF (qui ne se limite pas à la new thing, britannique d'origine), il faudra attendre ce recueil que Dorémieux nous promet. Car pour le lecteur français dont la connaissance des textes se limite à ce qui paraît en revue, le point de vue reste parcellaire : il est difficile de conclure lorsqu'on ne peut se mettre sous la dent qu'une tranche de new thing servie épisodiquement entre deux textes traditionnels. Mais avec douze ou quinze nouvelles assemblées, on verra mieux qui l'emportera dans notre esprit, de la lassitude ou de la fascination, de même qu'on saura mieux si la new thing est, par rapport à la « vieille » SF, plus et mieux que, par rapport au roman classique, le nouveau roman dont l'existence a été brève et décevante.
     En somme, le prochain SF Casterman pourrait bien être pour la new thing une minute de vérité — à moins qu'il ne faille pas accorder trop d'importance aux étiquettes : dans ce cas il n'y aurait pas de bon ou de mauvais genre, de bonnes ou de mauvaises modes, mais seulement de bons et de mauvais textes, et, à la rigueur, de bons et de mauvais auteurs.



Denis PHILIPPE
Première parution : 1/4/1972 dans Fiction 220
Mise en ligne le : 1/5/2002


 

Dans la nooSFere : 60465 livres, 54465 photos de couvertures, 54353 quatrièmes.
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