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Anno Dracula

Kim NEWMAN

Titre original : Anno Dracula, 1992

Cycle : Anno Dracula vol.

Traduction de Thierry ARSON
Illustration de Michel GURFINKEL

J'AI LU (Paris, France), coll. Ténèbres n° 4966
Dépôt légal : août 1998
384 pages, catégorie / prix : 6
ISBN : 2-290-04966-2   
Genre : Fantastique 



    Quatrième de couverture    
     Kim Newman
     Dandy anglais né en 1959, ancien artiste de cabaret, il est considéré comme le plus grand spécialiste du cinéma fantastique et de science-fiction. Anno Dracula, roman gothique, baroque et brillant, a totalement renouvelé le thème du vampire et l'a propulsé au tout premier rang des auteurs fantastiques.

     Londres, 1888. La reine Victoria s'est remariée avec le comte Dracula, qui entend répandre le vampirisme dans tout le royaume. Chaque soir, au crépuscule, les non-morts poursuivent les sang-chauds pour leur donner « le baiser des Ténèbres » et boire le sang qui leur assure l'immortalité. La terreur règne, toute révolte est impitoyablement réprimée, mais un mystérieux tueur au scalpel d'argent, en s'attaquant aux prostituées vampires, menace la stabilité du nouveau régime.

    Prix obtenus    
Ozone, roman fantastique étranger, 1999

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantastique (liste parue en 2002)  pour la série : Anno Dracula
 
    Critiques    
     Anno Dracula peut se voir comme une suite du Dracula de Bram Stoker, mais une suite d'un genre très particulier. Dans ce roman, en effet, le Comte Dracula n'a pas été détruit par Van Helsing : il a au contraire vaincu ses ennemis, pris le pouvoir et épousé la Reine Victoria ! Trois ans après ces événements, l'Angleterre est en pleine transformation. Les vampires n'ont plus besoin de vivre cachés, et détiennent les postes importants du gouvernement. La Garde Karpathe sème la terreur à Londres et impose un nouvel ordre, tandis que devant Buckingham Palace se dressent les pieux exhibant les corps empalés des ennemis du régime. L'économie et la vie sociale se sont adaptées en conséquence : les vampires-prostituées pullulent dans le sordide quartier de Whitechapel, se vendant pour quelques gorgées de sang, et il est judicieux pour les « sang-chauds » qui décident de sauter le pas de se trouver pour « père-en-ténèbres » un vampire d'une lignée importante.

     Les vampires ne sont pourtant pas invulnérables, ni Vlad Tepes invincible. La révolte gronde chez les sang-chauds, des opposants mènent une croisade contre le régime des « non-morts ». Et un certain Jack l'Eventreur égorge en toute impunité les prostituées-vampires de Whitechapel, menaçant le pouvoir en place par sa seule existence. C'est pourquoi Charles Beauregard, un sang-chaud resté fidèle à la Reine, est chargé de retrouver le meurtrier, aidé en cela par Geneviève, une vampire quelque peu hostile à la brutalité de certains de ses semblables.

     Avec Anno Dracula, Kim Newman explore le thème du vampire d'une manière des plus originales en signant un roman fantastique uchronique. Comme il sied dans ce genre de roman « steampunk », l'auteur joue avec les références historiques et littéraires, et nous retrouvons pêle-mêle des personnages réels — la Reine Victoria, Jack l'Eventreur, et même Bram Stoker ! — aussi bien que des personnages de fiction : Dracula, bien entendu, mais encore le Docteur Jekyll ou le Docteur Moreau ! Mais Anno Dracula ne se contente pas d'être un amusant jeu littéraire. C'est également une bonne enquête policière menée par des personnages attachants et bien campés, et Kim Newman nous décrit avec précision et réalisme un univers post-victorien à la fois décalé et familier, où des vampires crédibles évoluent dans ce bon vieux fog londonien 1.

Notes :

1. Cette chronique est également parue dans Dragon & Microchips (no 18, sept. 2000) [Note de nooSFere]


Philippe HEURTEL
Première parution : 1/11/1998 Slash 17
Mise en ligne le : 20/10/2003


     Découvert en France par Sylvie Denis et Francis Valéry (dans l'anthologie Century XXI — Encrage, puis dans la revue CyberDreams), Kim Newman a su conquérir en une poignée de nouvelles le coeur de nombre de lecteurs de science-fiction. Pour ces derniers, la traduction d'Anno Dracula est un événement des plus réjouissants. Il y a quelques mois, la revue de fantastique Ténèbres nous avait déjà offert, avec la nouvelle « Apocalypse Dracula » et un article signé Newman himself (dont on trouvera une version condensée à la fin de ce roman), un avant-goût de cet univers dans lequel le héros de Bram Stoker n'a pas succombé aux assauts de Van Helsing et de ses compagnons, mais au contraire est parvenu à faire basculer le Royaume-Uni dans les ténèbres en épousant la reine Victoria. Trois ans plus tard, les Gardes Karpathes font régner la terreur dans tout Londres, les têtes du professeur Van Helsing et de Jonathan Harker ornent les grilles de Buckingham Palace, Arthur Holmwood est lui-même devenu un vampire tandis que le docteur Jack Seward s'en prend aux prostituées vampires du quartier de Whitechapel et fait la une de tous les journaux sous le nom de Jack l'Eventreur...

     Les personnages créés par Bram Stoker ne sont pas les seuls acteurs de ce roman. Réels ou imaginaires, célèbres ou oubliés, mis en scène ou simplement évoqués, ils sont nombreux à faire leur apparition au fil du récit, d'Oscar Wilde au docteur Jekyll, de Lord Ruthven à John Merrick. Kim Newman a visiblement pris un malin plaisir à jouer avec ces grandes figures historiques et/ou littéraires, sans pour autant perdre de vue l'essentiel : le plaisir du lecteur, de tous les lecteurs. Car Anno Dracula n'a rien de l'exercice de style réservé à une poignée de bibliophiles érudits. Ni pastiche, ni hommage révérencieux à ses illustres aînés, il s'agit d'une oeuvre qui, si elle puise son inspiration dans le passé, s'affirme comme résolument moderne, sur le fond comme sur la forme. De ce point de vue, le portrait que nous fait Kim Newman de Dracula, dans les dernières pages du roman, est pour le moins radical, en totale rupture avec la vision romantique qui prédomine depuis des lustres, tant au cinéma qu'en littérature. Tout au long de son récit, le romancier ne cesse de surprendre, de briser les stéréotypes, de dépoussiérer les vieux mythes. Tout cela concourt à faire d'Anno Dracula un roman absolument jouissif, dont on savoure chaque scène, chaque détour d'une intrigue qui s'évertue à entraîner le lecteur sur des terres que l'on croyait balisées et que l'on redécouvre aussi vierges et accueillantes qu'au premier jour. Une réussite majeure.


Philippe BOULIER
Première parution : 1/12/1998 dans Bifrost 11
Mise en ligne le : 1/11/2003



 

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