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Appareil volant à basse altitude

James Graham BALLARD

Titre original : Low-flying aircraft and other stories, 1976

Traduction de Elisabeth GILLE
Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 246
Dépôt légal : 2ème trimestre 1978
256 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Après épuisement des ressources naturelles, la technologie est morte de sa belle mort. À la périphérie des métropoles désertés se sont créés des paradis écologiques, civilisations pacifiques et agrestes où l'esprit d'aventure a disparu en même temps que l'agressivité. C'est de là qu'un jeune champion de vol à voile vient poser un regard neuf et curieux sur les vestiges de notre monde : paysage de béton reconquis par les coquelicots et les herbes folles, mais où machines à laver inutiles et postes de télévision à jamais muets élèvent d'étranges pyramides à la mémoire de nos dieux.
     L'Ultime Cité : un court roman suivi de huit nouvelles où les personnages de Ballard traquent inlassablement la réalité, cette « fiction énorme ».

    Sommaire    
1 - L'Ultime cité (The Ultimate City), pages 11 à 112, trad. Elisabeth GILLE
2 - Appareil volant à basse altitude (Low-Flying Aircraft), pages 113 à 138, trad. Elisabeth GILLE
3 - L'Astronaute mort (The Dead Astronaut), pages 139 à 156, trad. Elisabeth GILLE
4 - Je rêvais de m'envoler vers l'île de Wake (My Dream of Flying to Wake Island), pages 157 à 173, trad. Elisabeth GILLE
5 - La Vie et la mort de Dieu (The Life and Death of God), pages 175 à 189, trad. Elisabeth GILLE
6 - Le Plus grand spectacle de télévision au monde (The Greatest Television Show on Earth), pages 191 à 200, trad. Elisabeth GILLE
7 - Un lieu et un moment pour mourir (A Place and a Time to Die), pages 201 à 213, trad. Elisabeth GILLE
8 - Les Anges des Satcom (The Comsat Angels), pages 215 à 237, trad. Elisabeth GILLE
9 - Les Assassinats de la plage (Confetti Royale / The Beach Murders), pages 239 à 249, trad. Elisabeth GILLE

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Appareil volant à basse altitude , 2002, Solveig Nordlund (d'après le texte : Appareil volant à basse altitude)
 
    Critiques    
 
     ENGINS VOLANTS ET ESPACE INTERIEUR

     « L'âme est un état de paysage ». Cette boutade célèbre de Salvador Dali pourrait servir d'exergue à une étude sur l'œuvre de Ballard. La recomposition du monde extérieur en termes mentaux est en effet une composante majeure de l'univers ballardien, de même que l'exploration de l'espace intérieur, « point nodal de l'esprit où la réalité extérieure et l'univers mental se rencontrent et se fondent en une vibration unique ». 1 La trame de réalité dont nous faisons partie devient ainsi sursignifiée et tissée de symboles. La mise en perspective du paysage sociologique et urbain qui constitue la surface apparente du récit se double d'une patiente investigation de l'espace mental, l'un étant la représentation symbolique de l'autre (et réciproquement). Dans le creuset d'un paysage psychique qu'il s'agit de décoder, tout n'est qu'hiéroglyphe, idéogramme, yantra, mantra, message chiffré, dessin calligraphique, rune, équation ou modale mathématique, univers codé et sursaturé de signes comme ces anciennes tours de lancement d'un Cap Kennedy abandonné « symboles mangés par la rouille d'un algèbre oublié du ciel » (L'astronaute mort). Dans les dunes de l'inconscient de Je rêvais de m'envoler vers l'île da Wake où dans la cimetière technologique de l'Ultime cité, s'élabore la remythification de l'individu ballardien, décryptage d'une réalité intérieure, mais aussi recherche passionnée d'une autre compréhension du monde, d'une psychopathologie différente de l'individu « à l'intersection d'une nouvelle mythologie morbide, d'une géométrie spatiotemporelle obsessionnelle émergeant du corps et du monde intérieur de la psyché » 2.
     Sorti en Angleterre fin 76, Appareil volant A basse attitude se compose d'un court roman intitulé l'Ultime Cité suivi de huit nouvelles 3. Celles-ci ne sont pas toutes récentes (certaines datent même de 1968), mais l'Ultime Cité à été écrit pour la circonstance. L'ensemble souffre nettement de cette hétérogénéité, non pas sur le plan de la qualité littéraire mais sur celui de l'unité thématique, même si celle-ci n'était pas recherchée, à priori. En effet, trois nouvelles ne s'inscrivent en aucune façon dans le propos général du recueil qui est celui de l'intrusion de la symbolique liée à l'objet volant dans l'espace intérieur cher à l'auteur. Plus deux autres, dont le seul lien avec le thème réside dans l'assimilation de Dieu et des anges à des engins volants ! Restent les quatre premiers textes qui, comme par hasard, sont les plus passionnants et occupent heureusement les deux tiers du volume.
     Ces engins volants, ils ont nom planeur, biplan, capsule Apollo, Cessna ou B 17. Symboliquement, l'avion appartient au domaine de l'air et matérialise une force de cet élément. Il est le domaine des idées, de la pensée, de l'esprit Melville rêve de s'envoler vers l'Ile de Wake A bord du B 17 (géant noyé dans les sables qu'il essaie de dégager de sa gangue limoneuse), de s'élancer dans l'immensité libre afin de retrouver son équilibre mental (to wake = s'éveiller). Mais décoller, bien diriger l'avion exigerait une compétence et une possession de soi que Melville, traumatisé, ne possède pas. Il passera son existence, enfermé dans son rêve impossible, à enlever inlassablement .le sable qui recouvre, après chaque marée, la Grande Forteresse, baleine blanche échouée (peut-être celle que traquait le capitaine Achab dans Moby Dick de Melville).
     L'individu ballardien s'enferme dans une enquête obsessionnelle de soi, dont il n'émerge pas toujours. Car décoller ne surfit pas : parfois c'est l'écrasement, celui d'Helen Winthrop dans son Cessna ou celui de Robert Hamilton, l'astronaute mort prisonniers de leurs illusions, leurs idées fixes ou leurs culpabilités. Il faut savoir jeter du lest (l'égoïsme par exemple) pour pouvoir s'élever, comme Goud dans son Avion volant A basse altitude, celle-ci permettant de mieux saisir les motivations d'une — humanité préparant sa propre mutation (en observant certaines traces au sol et le comportement des troupeaux de bouvillons mutants).
     L'Ultime Cité a pour cadre les premières années de l'ère post technologique, années qui ont vu l'effondrement de notre société de consommation 4 et la naissance de sociétés agraires installées A la périphérie des grandes métropoles désertées. Mais fuyant cette Arcadie de rêve trop pacifique A son goût, Halloway, après s'être écrasé en planeur contre un building de la Ville, décide d'en ranimer un quartier, c'est-à-dire de faire renaître la pollution, les encombrements, la délinquance, la vulgarité agressive, l'inflation, le déficit des finanças publiques. Allégorie ironique sur la vie et la mort de la civilisation technologique, réflexion sur l'homme, ses artefacts et ses Illusions écologiques, l'Ultime Cité inscrit son discours entre l'écrasement du planeur d'Halloway et l'envoi de l'avion d'Olda, ce dernier — contrairement A Melville — réussissant A fuir son traumatisme dû A la Cité. Parmi les bûchers funéraires de la société de consommation que sont les tumulus de carcasses de voitures, de postes de TV, errent dans la Ville d'étranges personnages en quête de leur réalité, puisant dans ces vestiges d'une société, ces métaphores torturées, ce paysage mental aux reliques d'un autre Age, les éléments nécessaires A leur restructuration psychique.
     Selon Ballard lui-même, l'Ultime Cité assurerait la transition entre ses romans précédents et celui à venir, qu'il qualifie volontiers de « romantique ». En attendant cet événement ne ratez pas le décollage de cet Avion volant A basse altitude, certains textes comme L'astronaute mort Je rêvais de m'envoler vers l'île de Wake ou L'Ultime cité méritent tout particulièrement le voyage.

Notes :

1. Préface à Crash ! (Calmann-Lévy)
2. La Foire aux atrocités (Chute Libre)
3. Appareil volant à basse altitude, l'astronaute mort (déjà paru dans Univers 02) Je rêvais de m'envoler vers l'île de Wake, La vie et la mort de Dieu, Le plus grand spectacle de télévision du monde, Un lieu et un moment pour mourir, Les anges du Setcom (déjà paru dans Galaxie 112 sous le titre Des satellites et des anges) et Les assassinats de la plage
4. La désagrégation de notre civilisation sert aussi de décor à Appareil volant à basse altitude et L'astronaute mort.


Denis GUIOT
Première parution : 1/10/1978 dans Fiction 294
Mise en ligne le : 1/5/2010


 

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