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Avatars - Récits d'avenirs

Orson Scott CARD

Titre original : Maps in a Mirror - Flux, 1990

Cycle : Portulans de l'imaginaire  vol.

Traduction de Florence BURY & Luc CARISSIMO & Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
Illustration de GESS

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (14)
Dépôt légal : mars 2000
304 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 2-84172-130-2   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     La science-fiction est la littérature des mutations. Elle s'attache à ce qu'elle perçoit de métamorphose en germe dans le monde et l'humanité d'aujourd'hui, et, par un décalage dans l'ailleurs et demain, ou dans la fable utopique, elle en présente l'image excédée.
     Les avenirs d'Orson Scott Card sont souvent terrifiants et les mutations qui nous y guettent redoutables. C'est aussi que l'auteur est un moraliste, et les moralistes apprécient de frapper fort.
     Auprès de quoi L'Originiste, la dernière nouvelle du recueil, apparaît comme un apaisement : elle est, à travers l'emprunt de l'univers d'Isaac Asimov dans Fondation, une réflexion en amont sur la mutation primitive, celle qui a fait de l'animal un homme  ; le créateur de récits, l'écrivain donc, y recueille son dû.

    Sommaire    
1 - Introduction, pages 8 à 19, Préface, trad. Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
2 - Mille morts (A Thousand Deaths), pages 21 à 44, trad. Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
3 - A moins que l'âme ne tape dans ses mains (Clap Hands and Sing), pages 45 à 60, trad. Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
4 - Trottecaniche (Dogwalker), pages 61 à 97, trad. Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
5 - Faisons comme si ce n'était pas vrai (But We Try Not to Act Like It), pages 99 à 121, trad. Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
6 - Retour aux sources (I Put My Blue Genes On), pages 123 à 149, trad. Luc CARISSIMO
7 - Orson Scott CARD & Jay A. PARRY, A la niche (In the Doghouse), pages 151 à 176, trad. Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
8 - L'Originiste (The Originist), pages 177 à 280, trad. Florence BURY
9 - Postface, pages 281 à 297, Postface, trad. Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ

    Prix obtenus    
Trottecaniche : Locus, novelette, 1990
 
    Critiques    
     Deuxième volume de l'intégrale (actuelle) des nouvelles d'Orson Scott Card, Avatars s'ouvre sur une courte introduction où l'auteur nous explique pourquoi il est devenu écrivain de science-fiction, et se termine comme le précédent volume par une très intéressante postface qui révèle la genèse de chaque texte. L'intérêt littéraire se double ainsi d'une analyse de la création romanesque, contée avec la finesse habituelle de Card, peut-être un peu narcissique, mais éclairante pour le lecteur.

     Le premier récit, Mille morts, illustre parfaitement la cruauté ironique de l'auteur. Les condamnés y sont exécutés de manière transitoire mais répétée, par les moyens les plus atroces que l'homme a su inventer, jusqu'à obtention d'un repentir “ sincère ”... Mais comment serait-il possible d'être sincère dans ces conditions  ?
     Dans A moins que l'âme ne tape dans ses mains, un vieillard se remémore les rencontres qu'il a manquées dans sa jeunesse... Une jolie histoire de voyage temporel, à la fois tendre et malicieuse.
     Plus inattendu est Trottecaniche, récit où Card s'essaie au cyberpunk. Si le style et le vocabulaire font illusion, l'intrigue, centrée sur une arnaque manquée, est celle d'un thriller psychologique et ne se rattache aucunement au courant cyberpunk. Card fait ici exactement ce que lui-même reproche à ce dernier  : il transpose dans un univers cyberpunk — caractérisé par quelques accessoires, sans idée vraiment neuve — une intrigue qui pourrait facilement s'adapter à n'importe quel décor. Le pastiche est donc manqué, car l'auteur a continué d'écrire du Card, mais la nouvelle demeure cependant subtile et prenante.
     Faisons comme si ce n'était pas vrai est une satire de l'invasion de la télévision, et surtout des études de marché qui ciblent les populations visées par chaque programme. Très drôle, ce texte sans prétention est curieusement jugé avec sévérité par l'auteur, alors que Retour aux sources est au contraire une histoire plus ambitieuse qui déçoit par un traitement un peu superficiel.
     A la niche, écrit en collaboration avec Jay A. Parry, est un récit qui joue à nouveau dans le registre de l'humour. Il conte le curieux fiasco d'une invasion d'extraterrestres pacifiques... En effet, “ l'humanité ne risque pas d'être dérangée par une intelligence supérieure  : prétentieuse comme elle est, elle ne s'apercevrait même pas de sa présence ” (p. 175)

     Le recueil s'achève enfin sur L'originiste, un court roman de plus de cent pages situé dans l'univers du Fondation d'Asimov. Qu'est-ce qui distingue l'homme de l'animal  ? Tel en est le thème central, mêlé au récit de la création de la Seconde Fondation. Avec, comme toujours sur ce sujet, une conclusion fort discutable... Trop longue et inutilement bavarde, cette nouvelle perd évidemment tout intérêt pour le lecteur qui ne connaît pas l'univers d'Asimov, mais n'est guère plus convaincante pour les autres. En tentant de s'implanter dans l'univers d'un autre écrivain, Card s'est laissé enfermer dans le piège qu'il dénonce lui-même dans sa postface.

     Somme toute, Avatars est un recueil d'œuvres plutôt mineures. Card étant particulièrement talentueux, il demeure intéressant et agréable à lire, mais nous sommes loin de ses œuvres fortes. Le premier tome de cette intégrale, consacré au fantastique, était finalement beaucoup plus impressionnant, car l'auteur y laissait davantage libre cours à ses thèmes et à ses fantasmes de prédilection.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/9/2000 nooSFere


     Avatars est le second volume (sur cinq prévus) des « Portulans de l'Imaginaire » (« Maps in a Mirror »), l'intégrale des nouvelles d'Orson Scott Card. L'introduction, par l'auteur, n'ajoute pas grand-chose à sa gloire, contrairement à celle dont il nous avait gratifiés dans L'Homme transformé, premier volume de la série. Force est de reconnaître par contre que la postface est une fois encore un vrai plaisir de lecture  : Card s'y livre avec délectation à la relecture de ces textes, nous en fournit la genèse, et parfois l'intention.
     Les nouvelles elles-mêmes, déjà anciennes (5 textes sur 7 écrits entre 78 et 82, les deux autres publiées en 89), sont de fort bonne qualité, et rien n'est à jeter dans ce recueil  ; tout au plus pourra-t-on regretter que la traduction de Retour aux sources, le plus faible des textes de toutes façons, n'ait pas été revue. Mille morts est un cauchemar de cruauté comme Card en produit encore parfois, qui frappe très fort d'entrée et qui, en dépit du contexte politique modifié, n'a pas pris une ride (malheureusement, devrait-on dire). À moins que l'âme ne tape dans ses mains, plaisante fantaisie sur le voyage dans le temps, fera fantasmer plus d'un nostalgique de « la chair qui rit des jeunes filles  », et À la niche, de facture très classique, reste agréable, le talent de conteur de Card compensant le peu d'originalité de l'idée principale. Une curiosité de première grandeur nous est proposée avec L'Originiste, novella située dans l'univers de Fondation. En dépit d'éclairs d'une intelligence fulgurante (les réflexions sur le langage), gageons que ni les admirateurs d'Asimov, ni les « cardiens  » les plus inconditionnels n'y trouveront véritablement leur compte — chacun pouvant même être gêné par l'insistance un peu lourde sur l'importance de la dimension communautaire. Faisons comme si ce n'était pas vrai, dont le thème n'est pas sans évoquer Orwell, développe très brillamment, malgré l'étonnante sévérité de l'auteur à l'égard de cette nouvelle, une thématique que l'on aimerait voir traitée plus souvent en SF  ; c'est profond, et sans doute plus actuel encore qu'il y a vingt ans  ; un petit chef-d'œuvre, tout en finesse. Enfin, la perle du recueil est sans doute Trottecaniche (Dogwalker), parodie délicieuse du cyberpunk, qui justifierait à elle seule l'achat du livre. Molière, en parodiant la préciosité, en avait produit le chef-d'œuvre (le sonnet d'Oronte dans Le Misanthrope)  ; Card, avec cette nouvelle, commet l'un des deux ou trois plus grands textes du cyberpunk, l'un des seuls dont on se souviendra lorsque le mouvement aura été rangé au rayon des vieilles modes.
     On attend impatiemment la suite... car manifestement, Card n'a pas fini de nous étonner.

Bruno DELLA CHIESA
Première parution : 1/6/2000 dans Galaxies 17
Mise en ligne le : 26/10/2001


     Second recueil des nouvelles d'Orson Scott Card, auto-commentées, qui porte le titre générique de Portulans de l'Imaginaire, Avatars reprend les tous premiers textes de science-fiction de l'auteur. On s'aperçoit que l'humain est dès le départ au centre de ses intrigues ; les technologies futures ou les avenirs que dessinent nos sociétés préoccupent peu Card : il les invente pour illustrer ses propos. Ainsi, à la question de savoir jusqu'à quel point peut-on soumettre un individu, il crée une société ressuscitant ses condamnés jusqu'à l'obtention d'un repentir sincère (« Mille morts »). Des regrets au souvenir de rencontres qui ne se sont pas faites, une réflexion sur les petits tracas de la vie quotidienne (suis-je à ce point unique que rien n'est jamais à mon goût ?) débouchent sur un troublant voyage temporel ou sur le spectre de la classification systématique de l'individu par une société se voulant efficiente. Réfractaire au cyberpunk, Card, en le parodiant, en tire des effets inédits, qui ont bien peu de rapports avec ce courant (« Trottecaniche »).

     Le clou du recueil reste cependant la novella située dans l'univers de Fondation, « L'Originiste », déjà publiée dans Les Fils de Fondation chez Pocket. Card pense s'être rapproché le plus possible du style d'Asimov tout en respectant son univers ; pourtant il a tant et si bien fait qu'il a dépassé le maître... et proposé du pur Orson Scott Card dans un récit magique qui traite à la fois de l'origine et du sens du langage, de ce qui définit l'humain et rapproche les hommes entre eux, de la façon d'établir des liens et des relations entre des concepts apparemment éloignés, questions philosophiques incluses et non annexées à l'intrigue, au point d'en être centrales tout en étant magnifiquement déclinées et illustrées à travers la relation amoureuse d'un couple. Du grand art !

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2000 dans Bifrost 19
Mise en ligne le : 3/10/2003


 

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