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Au nom de la magie

Isabelle PERNOT


Cycle : Les Enfants de Lugheir  vol.


Illustration de Florence MAGNIN

MNÉMOS , coll. Légendaire n° (51)
Dépôt légal : août 2000
320 pages
ISBN : 2-911618-61-0   
Genre : Fantasy 



    Quatrième de couverture    
     « Le temps parcourt le Zodiaque à l'envers, ce qui fait de moi le premier des douzes Gardiens, représentant des Poissons. Deux fois déjà, le Temps a effectué un tour complet du Zodiaque. Voici sept siècles qu'il a entamé une autre révolution, la troisième depuis la Création. C'est sans doute ce qui permet d'expliquer l'importance des troubles que va subir ce monde. »


     Autrefois, à l'époque où la magie blanche dominait le monde, le trône de Lugheir fut conquis dans le sang et les flammes par le tyran Hadrien, empereur de Thyr. Depuis, les sorciers de l'empire ont étendu leur noire emprise sur le continent. Les hauts-druides de Danaan, gardiens du temps et des cycles sacrés, voient leurs plus sombres prophéties sur le point de se réaliser. Les conséquences d'une terrible erreur...

     Trente années plus tard, la jeune bohémienne Caitlyn prend connaissance de son héritage : le sang des rois déchus coule dans ses veines ; elle est la dernière descendante des princes de Lugheir. Au fil des épreuves et des rencontres, elle découvrira les dons étranges qu'il lui faudra maîtriser. La vengeance au coeur, elle partira à la reconquête du royaume de ses ancêtres... accompagnée du fils unique de son pire ennemi.


     Isabelle Pernot est née en 1980, et poursuit actuellement des études de langue. Avec Les enfants de Lugheir, son premier roman, elle créé un univers vaste et chamarré qui lui permet de donner libre cours à sa passion pour l'ésotérisme.
 
    Critiques    
     Plus peut-être que dans les autres genres de la mouvance SF, l'héroïc fantasy applique des recettes, empruntées aux canons de la littérature médiévale. Plus que les autres genres, elle peut donc tomber dans le piège du formalisme ou de la banalité. Un livre de fantasy ne peut pas se contenter de mêler sans talent une liste d'ingrédients prédéfinis ; il doit manifester ce tour de main qui sépare un G.G. Kay d'un Eddings, qui donne une saveur inimitable à la composition finale. Et, comme dans toute recette, il n'y a d'authentique génie que dans l'aptitude à s'affranchir suffisamment des ingrédients pour créer une nouvelle norme du genre.

     Les enfants de Lugheir respecte consciencieusement les recettes de l'héroïc fantasy. On y trouve une jeune et belle gitane, dont on apprendra vite l'origine princière, un noble et valeureux prince, un peuple non-humain lisant dans les pensées, un tyran corrompu par des années de règne et prêt à massacrer n'importe qui pour faire triompher sa cause, des créatures modifiées par magie pour servir ses sinistres desseins, une quête désespérée et perdue d'avance (qui devrait donc réussir) pour reconquérir le trône trahi par le tyran, etc. Bref, pour qui recherche un enième livre de cette facture, il y a peu de risque de déception.

     Le problème, c'est qu'à tout juste vingt ans, I. Pernot ne semble pas encore avoir ce tour de main qui permet aux recettes de prendre. Son style est impersonnel, descriptif, presque exempt d'émotivité. On y apprend ce que vivent les personnages, mais on ne le ressent pas. Personnages et situations sont trop stéréotypés, l'écriture trop maladroite pour nous faire vibrer, frissonner, rêver. Et cette dimension émotionnelle, sans doute secondaire en science-fiction pure, apparaît bien comme essentielle dans un roman de fantasy. Son absence s'affiche comme un manque, et l'on ne peut qu'espérer qu'Isabelle Pernot parviendra à le combler à mesure qu'elle avancera dans le cycle.


Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 5/12/2000 nooSFere


     Les premiers jours du printemps sont là, et le village de Forck prépare ses traditionnelles festivités annuelles. Mais les gardes impériaux envahissent la petite cité et interdisent aux forains de donner leurs spectacles. Oisifs, deux jeunes bateleurs, Caitlyn et Yvain, vont s'aventurer jusque dans l'étable du bailli — et y faire une redoutable rencontre : un jeune homme avec une épée couverte de sang, fuyant devant les soldats. Pour son malheur, Caitlyn reconnaîtra l'étranger : nul autre que le prince Julian, fils et héritier du tyran Hadrien, maître de l'Empire de Thyr et du royaume annexé de Lugheir.
     En compagnie du vieux mercenaire Jeffrey et du prince Julian, Caitlyn va se retrouver en fugitive sur les routes et à travers les forêts, à la redécouverte de son propre héritage : il s'avère qu'elle est la dernière survivante de l'ancienne famille royale de Lugheir. Le trio devra d'abord aller délivrer le tout jeune fils de Julian des griffes du vieil empereur Hadrien, et seulement alors commencera leur véritable quête — celle du retour à la sérénité d'un vaste pays au bord de la tourmente.
     Premier tome d'une série qu'on nous annonce comme devant faire quatre volumes, Au nom de la magie est la première œuvre d'une jeune et nouvelle plume. Faut-il, alors, que le chroniqueur fasse preuve d'un peu de mansuétude, eu égard aux vingt ans de l'autrice ? Soit : parlons donc tout d'abord des qualités de ce roman. Son style : plaisant, bien rythmé, sans la plupart des erreurs qui entachent les œuvres de jeunesse (et qui gâchaient, entre autres, une bonne partie des nouvelles de l'anthologie Royaumes, par exemple). Sa construction : l'action est bien menée, fluide, les apartés centrés sur l'empereur Hadrien ou sur le vieil Emeric sont parfaitement intégrées. J'ai lu rapidement et sans déplaisir les 300 et quelques pages de ce roman — en dépit de l'excessive petitesse des caractères utilisés comme d'habitude par Mnémos.
     Certes. Mais qu'en est-il du contenu lui-même ?
     C'est là que le bas blesse, assurément... Au nom de la magie n'est rien d'autre que le millième petit roman de fantasy médiévalisante, mettant en scène un royaume au bord du chaos provoqué par le retour du Mal, le déséquilibre de la balance cosmique, ou quelque chose de ce genre (l'introduction du roman y fait allusion). Le décor est plus que banal : il devient presque générique. D'ailleurs, l'autrice ne se donne guère la peine de décrire les lieux traversés : nous les connaissons déjà tous par cœur — ces vastes forêts millénaires, ces petits villages de campagne, ces grandes cités moyenâgeuses, ces tavernes et ces châteaux... Nous les avons vus, lus, cent fois, mille fois. Pour plaisantes qu'elles soient, les péripéties des personnages d'Isabelle Pernot ne présentent pas le moindre aspect original — jusqu'aux patronymes utilisés, qui « sonnent » comme déjà entendus : souvent vaguement anglo-saxons (Jeffrey, Julian), parfois vaguement légendaires (Hadrien, Merlin), ils ne sont comme tout ce roman que de pâles échos d'œuvres déjà lues auparavant. Et que dire du cadre... je n'ose pas écrire « politique », de ce roman ? Quelle malédiction s'est donc abattue sur la fantasy pour que tant de ses pratiquants se croient obligé de singer les convictions royalistes ? Sans aller jusqu'à chanter la supériorité naturelle de l'aristocratie, comme le faisait avec une touchante naïveté Alexandre Malagoli dans le premier volume de La pierre de Tu Hadj (également chez Mnémos), Isabelle Pernot ne s'en remet pas moins à cette habituelle et molle idéologie à la Point de vue, images du monde qui consiste à toujours mettre en scène les même jeunes nobliaux déchus désireux de retrouver le trône à laquelle leur naissance leur donne droit ( ? !). Ah les détracteurs de la fantasy auront beau jeu, après ça, de prétendre que le genre est réactionnaire. Non, la fantasy n'est pas forcément « réac » : de très nombreux auteurs anglo-saxons ont prouvé le contraire. Mais du côté des petits français, il faut bien avouer que jusqu'à présent les notions de démocratie et de république n'ont guère fait de chemin... On me dira, bien entendu, que la fantasy médiévalisante est proche des motifs traditionnels des contes de fées, et doit donc utiliser bla-bla-bla... Je ne crois pas que cette explication puisse justifier la surabondance de « bouillie de châteaux et d'elfes » que l'on rencontre ces dernières années dans notre paysage éditorial.
     Assurément, Au nom de la magie n'a rien d'une lecture désagréable. Mais cet énième exercice de redite des poncifs hérités de Tolkien et des jeux de rôle me semble tout de même terriblement vain. Je ne vois pas, sincèrement, ce qui pourrait me donner envie de lire les suites qu'on nous annonce : rien ici ne m'a suffisamment passionné.


André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/10/2000 dans Bifrost 20
Mise en ligne le : 21/3/2002


 

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