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Au carrefour des étoiles

Clifford Donald SIMAK

Titre original : Here Gather the Stars / Way Station, 1963

Traduction de Michel DEUTSCH
Illustration de Philippe CAZA

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) n° 847
Dépôt légal : 2ème trimestre 1978
224 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : 2-277-11847-8   
Genre : Science-Fiction 


Autres éditions
   ALBIN MICHEL, 1968
   J'AI LU, 1981, 1985, 1990, 1992, 1997
   in Les Mines du temps, OMNIBUS, 2004
   in Galaxie (2ème série) n° 1, OPTA, 1964
   in Galaxie (2ème série) n° 2, 1964

    Quatrième de couverture    
     Clifford D. Simak est né aux États-Unis le 3 août 1904 à Millville, Wisconsin. Il a grandi dans la ferme de ses parents où il a acquis le goût de la poésie de la nature. Il fut instituteur, puis journaliste, avant de devenir un des plus cé­lèbres écrivains américains du mo­ment.

     Etrange demeure que cette ferme Wallace, qui se dresse sur une falaise escarpée du Wisconsin. Une ferme aux fenêtres aveugles, vieille de plu­sieurs siècles et cependant intacte, comme si le temps n'avait nulle emprise sur elle. Enoch Wallace, son propriétaire, vit là, de toute éter­nité semble-t-il, coupé de tout, sans accueillir jamais un voisin, un ami.

     Ses visiteurs sont en fait d'une autre espèce car c'est par cette mai­son — cette station — que transi­tent les voyageurs de l'Espace : des Thubains, masses globuleuses et bavardes, les Lumineux de Véga XXI, rayonnant d'ondes heureuses, d'autres encore...

     Depuis bientôt deux ans, Claude Lewis — agent des Renseignements déguisé en ramasseur de gingseng — enquête et tourne autour de la ferme...

    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1964

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)
François Rouiller : 100 mots pour voyager en science-fiction (liste parue en 2006)
 
    Critiques    
 
     VIEILLE MAISON, VIEUX AMIS, VIEUX SOUVENIRS

     Pour faire un bon Simak, il faut un bon thème-cher-â-l'auteur (ici la ferme isolée du Wisconsin et le héros solitaire-mais-humaniste) qu'on fera lever à l'aide d'une histoire-d'extra-terrestre. On fera mijoter sur une bonne angoisse de la IIIe (l'Atomique) cru 1963 en assaisonnant régulièrement de discours humanitaires et de débats sur la foi et la connaissance. Ajouter une sourde-muette-aux-pouvoirs-mystérieux et touiller en évitant les facilités linguistiques et autres magouilles politico-galactiques. Saupoudrer d'antimilitarisme un peu curé et glacer avec un humanisme solide. Servir accompagné d'un Pouilly-Fuissé 1948 et de musique de chambre. Déconseillé aux claustrophobes, mais ravira les vieux sédentaires.


Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Première parution : 1/1/1979 dans Fiction 297
Mise en ligne le : 1/3/2010

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (2001)


     «Le vacarme avait maintenant pris fin. » Telle est la phrase qui ouvre ce livre.
     En effet, il serait difficile de trouver, même dans l'œuvre de Simak, peu renommée pour son fracas, un roman plus quiet. Si Demain les chiens est une pavane, et Chaîne autour du soleil une ronde, Au carrefour des étoiles n'évoque rien tant qu'un requiem.
     Tout commence par la description de l'après d'une bataille. Mitraille et chevaux, bannières multicolores... Vite, une liste de régiments nous éclaire. Nous sommes pendant la guerre de Sécession. A cette bataille, un homme a survécu : Enoch Wallace. Aussitôt — on n'a pas encore lu deux pages — , cut, et on se retrouve dans le bureau d'un médecin, qu'un agent secret est venu interroger. Sur Enoch Wallace. Qui intrigue l'administration, pour la simple raison qu'à présent, en 1964, il a cent vingt-quatre ans, et n'en paraît pas trente. Il mène une vie de reclus ; son facteur lui livre quelques provisions, au mépris de la réglementation postale, et des tombereaux de livres et de magazines. Il achète quantité d'encre, et des cahiers d'écolier. Il doit écrire beaucoup. Sa maison non plus n'a pas changé ; intacte, elle résiste de manière surnaturelle ou presque aux ravages du temps et du climat.
     Tout au long des premiers chapitres, et d'ailleurs du roman, quoique moins frénétiquement, Simak use avec maestria de la technique du flash-back, des points de vue multiples. On n'attendra guère pour connaître la clé du mystère : Wallace est devenu le gardien d'une sorte de relais galactique, un poste de transit d'un réseau de communications qui véhicule des données dont des machines installées dans sa cave se servent pour reconstituer sur place les voyageurs téléportés dans l'attente de la prochaine étape. En échange, il bénéficie — et sa maison avec lui — d'une protection contre les effets de l'âge. Et de relations privilégiées avec la galaxie entière, puisque le visitent des êtres aussi étranges que fraternels. Mais ces extraterrestres sont-ils moins étranges que la jeune Lucy, dotée de pouvoirs paranormaux, ou que les spectres qu'il a appris à conjurer par un procédé mathématique ?
     Et quand une crise majeure éclatera, menaçant la Terre d'une mise au ban définitive de la société des planètes où sa position actuelle de simple relais n'était jusqu'alors qu'un prélude à une admission comme membre de plein droit, Wallace devra-t-il choisir entre sa loyauté à son espèce, et ses devoirs envers ses bienfaiteurs ?
     Plus encore que d'autres romans ultérieurs (même Projet Vatican XVII), Au carrefour des étoiles baigne dans une mystique qu'on pourrait qualifier de chrétienne — ainsi, le partage de l'eau joue à deux reprises un rôle fondamental dans les relations qu'Enoch noue avec son prochain — , si elle ne participait d'une sorte de panthéisme. C'est, surtout, un ouvrage marqué par la mort, et la perte. On l'a vu, la scène d'ouverture, avec ses accents qui semblent sortis du fameux poème de Rimbaud, « Le dormeur du val », donne le ton, mais la mort intervient plusieurs fois, et une des causes de la crise que doit dénouer Wallace est une violation de sépulture. La récompense sera à la mesure du sacrifice consenti.
     Au carrefour des étoiles est un véritable chef d'œuvre, un roman qui transcende les limites du genre auquel il ressortit. Si l'on ne doit lire qu'un seul Simak (mais pourquoi ?), ce doit être celui-ci. Parce qu'il résume et englobe toute l'œuvre, jusque dans son ambiguïté, jusque dans sa douce amertume : à la fin, quand tout est résolu, l'auteur ne peut se contenter d'un banal happy end, si bien que le lecteur, gorgé de soleil automnal, referme le livre secoué par un de ces frissons qui annoncent la froidure de l'hiver.
     Tout l'art de Simak, tout son équilibre et toutes ses nuances résident dans le paradoxe de ce frisson sous le soleil.

Pierre-Paul DURASTANTI (lui écrire)
Première parution : 1/4/2001
dans Bifrost 22
Mise en ligne le : 17/12/2002


 

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