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Aux frontières du chaos

Franco RICCIARDIELLO

Titre original : Ai margini del caos, 1998

Traduction de Jacques BARBÉRI
Illustration de Sofiane TILIKETE

FLAMMARION (Paris, France), coll. Imagine n° (20)
Dépôt légal : janvier 2001
210 pages, catégorie / prix : 85 FF
ISBN : 2-08-067891-4   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     En visite à Bâle, une jeune italienne, Vic, est prise de malaise devant L'île des morts, le célèbre tableau d'Arnold Böcklin.
     A-t-elle été victime du « syndrome de Stendhal », popularisé par le film éponyme de Dario Argento, ou le tableau est-il un pont vers une autre réalité ? Une réalité qui semble correspondre aux derniers jours d'Hitler dans son bunker et que Vic revit du point de vue de différents personnages proches du Führer en déroute...
     Pour la jeune femme, aidée par un journaliste de Turin progressivement envoûté par son étrange obsession, commence une quête qui va la mener aux frontières du chaos, là où un tableau aussi célèbre qu'énigmatique devient la clé d'une autre vision du monde.
     Situé lui-même aux frontières de la science-fiction et du thriller paranoïaque, un roman qui joue sur les registres du mystère et du fantasme pour proposer, à la manière de Philip K. Dick, explicitement convoqué, une fascinante interrogation sur la consistance du réel.

     Franco Ricciardiello, né à Vercelli en 1961, fait partie de cette nouvelle génération d'auteurs qui, dans le sillage de Valerio Evangelisti, est en train de redonner une remarquable vitalité à la science-fiction italienne. Distingué par le prix Urania 1998 pour le présent livre, il a une quarantaine de nouvelles et quatre romans à son actif, et figure au sommaire de Destination 3001, l'anthologie internationale inédite de Robert Silverberg et Jacques Chambon.
 
    Critiques    
     «  Frontière du chaos  : le passage de l'état solide à l'état liquide.
     Frontière du chaos  : le passage d'un principe de gouvernement à un autre.
     Il est possible que la frontière du chaos soit également le passage de la conscience vers un « autre état  », lorsque l'on observe le détail d'un tableau qui favorise l'état de transe. « (p.87)

     De nos jours, à Bâle, devant le fameux tableau d'Arnold Böcklin, L'île des morts, une jeune femme nommée Vic fait un malaise durant lequel elle est propulsée dans un autre plan de la réalité, dans le bunker où Hitler va bientôt se donner la mort. Ce singulier événement va lui permettre de faire la connaissance de Nico, un journaliste qui prépare un documentaire sur Lénine, ce dernier ayant été lui aussi fasciné par la toile de Böcklin, comme Hitler ou Freud.
     Les coïncidences vont alors s'accumuler, conduisant nos deux personnages à découvrir les multiples représentations de cette œuvre, picturales mais aussi dans la musique, le cinéma, la poésie et la bande dessinée – en omettant la série L'île des morts de Guillaume Sorel et Thomas Mosdi, dont le premier album est pourtant paru en 1991 (éditions Vents d'Ouest).
     Ils vont alors mener une enquête portant à la fois sur le tableau et l'histoire du nazisme.

     Cette histoire se prêterait à une intrigue policière fantastique et érudite à la Eco ou à la Perez-Reverte. Malheureusement, Ricciardiello ne fait que relater des faits disparates et décousus, entrecoupés de passages didactiques d'intérêt variable, sans donner de consistance ni de vraisemblance à son récit. Certains éléments qui occupent initialement une place importante – par exemple, le fait que Nico soit le parolier d'un groupe musical – disparaissent rapidement de la scène. Certains résumés historiques, sans doute destinés à souligner que le nazisme n'était pas une bonne chose, semblent bien superflus, car ils n'apportent pas d'éclairage nouveau sur une période mille fois traitée en littérature ou au cinéma. Même les transcriptions des transes de Vic ne sont guère passionnantes.
     Malgré la brièveté du roman, on finit par s'ennuyer, d'autant plus que les personnages n'ont aucune épaisseur et que leur relation tourne étrangement à vide. Le lecteur s'interroge sur le sens qu'a voulu attribuer l'auteur à cette quête erratique, sans trouver de réponse satisfaisante. Certes Ricciardiello fait appel à Philip K. Dick pour évoquer la perception d'une réalité différente, d'une « supra-réalité du singe de Dieu  », mais la démonstration paraît fumeuse, vaguement prétentieuse et bien peu convaincante. La frontière du chaos, c'est finalement un peu tout et n'importe quoi...

     C'est dans l'Entretien avec l'auteur, réalisé par Giuseppe Lippi et publié derrière le roman, que nous pouvons trouver quelques éléments de réponse. Pour Ricciardiello, « Toute la structure profonde d'Aux frontières du chaos est construite sur les principes des mathématiques du chaos  » et « la construction du roman [...] est fondée sur l'éradication de tout événement non significatif.  » Bref, « l'inspiration fondamentale du roman est entièrement basée sur une théorie scientifique.  »
     Il est regrettable que cet aspect n'apparaisse pas à la lecture et qu'il faille une explication pour le percevoir. La suppression de « tout événement non significatif  » a paradoxalement abouti à un récit sans relief et privé de réelle substance.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 22/2/2001 nooSFere


     Le début de ce livre est prometteur, puisqu'on nous y parle, pêle-mêle, de théorie du chaos, d'histoire – et plus particulièrement des derniers jours d'Hitler –, du syndrome de Stendhal (cette pathologie qui entraîne chez certains, dont le célèbre écrivain français, un évanouissement au contact d’œuvres d'art), et d'un tableau d'Arnold Böcklin, L'île des morts, peut-être plus connu pour les récits qu'il a inspirés (notamment le roman éponyme de Roger Zelazny) que pour ses vertus propres.
     Un journaliste turinois, Nico, rencontre une jeune femme dans d'étranges circonstances : Vic s'est évanouie devant le tableau de Böcklin. Durant son malaise, elle a vécu un rêve très réaliste dans lequel elle incarnait un proche d'Hitler. Les deux jeunes gens se lient d'amitié, d'autant plus qu'ils habitent la même ville, et qu'ils se découvrent des centres d'intérêt communs. Il est donc tout naturel que Nico, lorsque son métier et son hobby de parolier d'un groupe de rock lui en laissent le temps, aide Vic dans sa quête. En effet, celle-ci a eu une nouvelle vision, encore suggérée par la contemplation de L'île des morts, où elle prenait la place d'un commandant nazi, représentant d'Himmler auprès d'Hitler. Vic veut comprendre le mal dont elle souffre. Commence alors pour les protagonistes une recherche au cours de laquelle ils vont tisser une toile de plus en plus dense, dont le centre serait le tableau.
     Comme le précise l'auteur dans un entretien en postface, l'ouvrage a été délibérément bâti, tant dans sa thématique que dans sa construction, autour de la théorie du chaos. Les personnages vont toujours plus loin afin d'ébranler le mur de leurs certitudes, et parviennent à effleurer les fameuses frontières du chaos, là où les lois régissant notre monde s'effritent et laissent la place à une autre conception de l'univers. Il n'est donc pas surprenant que sur la fin, Philip K. Dick soit également convoqué.
     Pour peu que le thème nous intéresse, nous suivrons donc avec ferveur ces anti-héros, conscients du risque qu'ils encourent à soulever le voile d'apparences qui les entoure, mais néanmoins viscéralement portés vers la vérité. Dommage que sur la fin l'auteur complexifie un peu trop gratuitement sa théorie, jusqu'à la rendre fumeuse. Avec une fin plus convaincante, Ricciardiello nous aurait livré un roman véritablement original et puissant, car travaillant sur deux matériaux riches : la naissance d'un mythe (le tableau de Bocklin) et la perception de la réalité.
     Remarquons au passage l'importance accordée dans ce roman à l'Europe (et notamment à l'Italie, bien sûr) : lorsque Vic et Nico parcourent le Vieux Continent, et de nombreux dialogues sont dans la langue du pays, voire multilingues.
     Bref, un roman peu satisfaisant par sa conclusion trop alambiquée, mais cependant plaisant.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/11/2001 nooSFere


     La collection de Jacques Chambon n'a pas vocation à se limiter à la SF. Et le mélange des genres est de norme en Italie, comme la perméabilité avec la littérature « blanche » ou « légitime » — voir Italo Calvino ou Primo Levi. Bref, on est « aux frontières » à tous points de vue.
     Une jeune femme, épouse d'un spécialiste de l'Allemagne et de la théorie du chaos, entre en transes devant différentes versions de L'ÎIe des morts, tableau d'Arnold Böcklin. Et elle se retrouve alors dans la peau de visiteurs du bunker de la chancellerie, dans les derniers jours du nazisme. Entre Bâle, Turin, Berlin, New-York et Florence, elle est aidée et vite aimée par un ancien étudiant de son mari, parolier d'un groupe de musiciens. De lecture en hypothèse, d'e-mail informatif en récit d'hallucination, on accumule les références historico-culturelles, le tableau ayant intéressé tant Lénine et Freud que Hitler, tant Maiakowski, Friedrich Dürrenmatt ou Gabriele D'Annunzio que Jacques Tourneur, et les troubles de l'héroïne rappelant le Syndrome de Stendhal (avec un clin d'œil à Dario Argentino). S'y ajoutent Doisneau, Grimm, la guitare de Woody Guthrie, la gnose pour qui le démon est le singe de Dieu, les anabaptistes de Munster et la révolution allemande de 1918, mai 68, Nietzsche et Vico mis en parallèle sous l'égide de Montesquieu, etc. Avec en plus de courts passages (fort compréhensibles) en allemand, espagnol, anglais et français dans la VO, et des jeux typographiques matérialisant les notes et messages divers.
     Certains hurleront à l'intellectualisme facile et au sous-Eco, d'autant que l'interview de l'auteur et la bibliographie (traduite et non adaptée), en annexe, n'arrangent sans doute rien. Mais on peut aussi se laisser prendre au jeu, dès lors que l'on admet que c'en est un et que le mystère historico-artistique peut très bien se mêler à un fantastique fondé sur la psychologie ou la psychopathologie, et à des relations entre personnages qui font penser à Nanni Moretti.
     «Et la SF dans tout ça ? » dirait Chancel... Et bien, comme le centre de l'infini, elle est partout et nulle part. On est du côté de l'insolite plus même que du fantastique, mais, en dehors même de Zelazny, la référence ultime est du côté de Dick, entre Le Maître du haut-château et la délirante conférence prononcée à Metz en 1977. Et on invitera à prendre les choses sous cet angle ceux qui auraient du mal à accrocher aux commentaires sur cerveau droit et cerveau gauche, écrit linéaire et images émotionnelles, etc. Autant dire qu'on pourrait bien avoir affaire à de la littérature générale à réserver aux amateurs de SF. Ce qui risque d'en restreindre le public. Dommage pour le livre. Dommage aussi pour ceux qui passeront à côté.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/2001 dans Galaxies 20
Mise en ligne le : 3/6/2002


 

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