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Atomic Bomb

David CALVO & Fabrice COLIN



Illustration de NUCLEAR LYDIA + C'

BÉLIAL'  n° (12)
Dépôt légal : avril 2002
140 pages, catégorie / prix : 10 €
ISBN : 2-84344-042-4   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     (Réunion commerciale au Bélial', ambiance café noir, cendriers qui dégueulent, big boss légèrement crispé :)
     « Alors, le succès de l'été ?
     — Atomic Bomb de David Calvo et Fabrice Colin.
     — C'est quel genre ?
     — C'est une sorte de roman de science-fiction hommage à la Beat Generation avec des surfers bourrés au LSD, des écureuils londoniens, des extraterrestres en forme de poire et des rats en guerre contre Nintendo.
     — Ah, quand même... Et on a une accroche « grave » pour ça ? Un truc qui arrache à donf' ?
     — Si je devais définir Atomic Bomb en une phrase, je dirais que c'est un Fantasia post-moderne mis en musique par Marylin Manson et filmé par Terry Gilliam sous speed.
     — Eh ben, on n'est pas dans la merde... »

     Accrochez-vous à votre DiscmanTM et à votre planche de surf, enfilez un short et un joli t-shirt bariolé, faites le plein d'herbe-qui-fait-rire, car rien ne vous a préparé a Atomic Bomb !

     David Calvo a été kidnappé par les extraterrestres de la corporation californienne Walt Disney à Roswell en 1947 ; les petits gris ont fini par nous le rendre en 1974 (ils n'en voulaient plus). Depuis, l'animal n'a cessé de grandir et avec lui son oeuvre. On lui doit plusieurs nouvelles et un fabuleux roman : Wonderful.
     Fabrice Colin a deux ans de plus que son comparse atomique. Il a signé une dizaine de romans dont le remarqué car remarquable : Or not to be.

     Fab' et Dave vivent dans la région parisienne, qu'ils espèrent pouvoir quitter un jour. Ils aiment les Préraphaélites, Tex Avery, Richard Brautigan, William Shakespeare, Londres, Los Angeles et le rock indépendant. Atomic Bomb est leur premier roman en collaboration.

« On a l'accroche pour le quatre de couv', boss ! Et ça le fait « grave », c'est de la bombe !
Dites toujours, au point où on en est...
      Atomik' ta Mère ! »
 
    Critiques    
     « La bombe nous dit : mon boulot est simple. Il consiste à exploser. Si vous avez déjà eu un orgasme, vous connaissez le principe : ça part dans tous les sens, on ne sait plus où on est, mais l'impression générale est celle d'une intense satisfaction. » (p.28)

     Voilà une phrase qui résume à merveille ce que l'on peut ressentir à la lecture d'Atomic bomb, un « objet littéraire non identifié » qui part bel et bien dans tous les sens en apportant au lecteur une intense satisfaction : de la littérature jouissive comme on en rencontre peu...

     Il est évidemment difficile de résumer simplement l'intrigue de ce pourtant si court roman. En moins de 140 pages, dans un style aussi dynamique que familier, messieurs Calvo et Colin s'offrent le luxe de nous raconter trois histoires distinctes, mais liées entre elles par la personnalité des différents narrateurs... Chacune des trois parties alternent les pensées, témoignages, lettres ou journaux intimes de deux narrateurs qui diffèrent à chaque fois — soit six au total. Leurs noms sont transparents : il n'est pas difficile d'y reconnaître les auteurs eux-mêmes.
     Nous faisons ainsi connaissance avec Kelvo et Collins, deux junkies de soixante-dix ans, défoncés par toutes les drogues possibles et désireux d'en finir avec la vie de façon spectaculaire, en surfant — littéralement — sur la vague d'une explosion atomique. Puis, avec Valk et Nik, deux extraterrestres en forme de poire nés en même temps que l'univers, débarquant sur Terre en compagnie de quelques centaines de milliers de leurs semblables. Enfin, avec des rats nommés Ka et Ko, qui décident de jouer les kamikazes pour anéantir Nintendo...

     Inutile d'en dire plus ! Aucun résumé ne pourra rendre compte du vent de folie qui parcourt ces pages ni de l'irrésistible drôlerie qui s'en dégage. Le délire est poussé si loin qu'on est hilare alors même que le propos est fondamentalement désespéré. Car la fuite en avant qui pousse nos protagonistes à arpenter la planète et à multiplier les expériences farfelues n'est qu'une quête allégorique du sens de la vie, un cri pathétique par lequel chaque personnage se demande ce qu'il peut bien foutre là et à quoi peut bien rimer tout ce bazar... « Pourquoi on était des rats ? Je détestais ça. On réfléchissait pas mal. On savait s'amuser. On possédait un petit cœur sensible, merde. Le monde n'était pas du tout taillé à nos mesures. Y avait une erreur. Bordel, j'ai pensé avec un frisson de panique. C'est ça. C'est pour ça qu'on se souvient de rien. C'est pour ça qu'on ne sait pas d'où on vient et encore moins où on va. C'est pour ça qu'on ne sait pas qui on est. Une grosse erreur a été commise. » (p.95)
     Si le récit est absurde, c'est que le monde est absurde, mais Calvo et Colin n'en font pas un drame, bien au contraire. L'humour, la fantaisie et le nonsense sont leurs armes face à la bombe, à la guerre et à la mort. L'humour mais aussi l'amitié ! Car Atomic bomb témoigne avant tout d'une complicité à toute épreuve, d'une amitié indestructible qui, au même titre que l'amour, peut sans doute justifier à elle seule la bizarrerie de l'existence : « C'est le mec le plus débile que je connaisse, un ego gros comme le Ritz et puis j'aime pas sa coupe de cheveux et la façon qu'il a de hausser les sourcils quand je lui dis un truc qu'il comprend pas, et je sais qu'il en a autant à mon service mais j'y peux rien, c'est comme ça... Je l'adore. » (p.30)

     Atomic bomb est une œuvre inclassable et hors norme, aussi insolite qu'inédite, aussi drôle que poignante. Le lecteur qui ne jure que par un seul domaine — peu importe que ce soit le mainstream, la hard science ou la high fantasy — peut passer son chemin, car Atomic bomb n'appartient qu'à un seul genre : celui de la foutrement bonne littérature.
     Atomic bomb est de ces romans que l'on aime feuilleter pour relire des passages pris au hasard. N'importe lesquels et dans n'importe quel ordre, car tout est bon. Bref, c'est un livre que l'on devine déjà culte. Kwak !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 19/9/2002 nooSFere


     Résumer un tel livre tient de la gageure la plus totale : on a affaire ici à un « Objet Littéraire Non Identifié », fruit de la conjonction des talents de deux frappadingues, Fabrice Colin et David Calvo. Pour ceux qui souhaiteraient néanmoins connaître un semblant d'intrigue, on leur dira que l'histoire commence dans le parc de Kensington Garden, à Londres, où deux personnes, Kelvo et Collins, s'amusent à faire le poirier au milieu d'écureuils. Plus tard, ils iront surfer sur l'onde de choc produite par l'explosion de la bombe atomique en plein désert du Nevada. On parlera aussi, pêle-mêle, d'extraterrestres attachants, d'un grand constructeur de jeux vidéo et de rats. Bien sûr, il se trouvera des lecteurs qui ne supporteront pas ce bric-à-brac intenable. A ceux-là, les auteurs ont prévu de fournir une réponse, qui tient dans le titre du deuxième chapitre : « On vous emmerde ». Ou, en d'autres termes moins directs, ne cherchez pas à retrouvez une histoire linéaire et classique. Mieux vaut que vous laissiez tomber dès la première page toutes vos facultés d'analyse et de rationalisation, et savouriez simplement l'humour des personnages, l'extravagance des situations, et le côté joyeusement bordélique de l'ensemble.

     Dans ce triptyque (dont la première partie avait été publiée dans Jour de l'an 2000, aux éditions Nestiveqnen), il y a également des tonnes de références à la culture, sans distinction entre celle dite « officielle » et la « populaire ». La quatrième de couverture présente ce livre comme « un Fantasia post-moderne mis en musique par Marylin Manson et filmé par Terry Gilliam sous speed ». Cette description est encore trop réductrice — voire fausse, la bande-son empruntant par exemple aussi bien aux années 80 (qui se souvient encore de Den Harrow ?) et aux années 90 (Neil Hannon et Divine Comedy). Les auteurs citent entre autres Shakespeare, les préraphaélites, Walt Disney, Richard Brautigan, artistes qu'ils apprécient tout particulièrement. Et ce livre de se transformer en œuvre très personnelle, qui expose une certaine philosophie de la vie, entre tolérance et volonté affirmée de conserver une âme d'enfant prompte à s'émerveiller. Reste à savoir comment s'est articulée l'écriture de ce texte à quatre mains : Fabrice Colin s'est-il chargé des seuls passages dont le narrateur est successivement Collins, Nik et Ko, laissant à David Calvo la paternité des passages signés Kelvo, Valk et Ka ? Ou la situation est-elle plus complexe ? Qu'importe, au fond, puisque cette dichotomie est le moteur du livre, et lui confère son énergie vitale.

     Bref, ce court roman est un régal à savourer immodérément, une vision totalement disjonctée et jouissive de l'imaginaire de deux auteurs qui n'ont pas fini de nous surprendre. Kwak.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/10/2002 dans Bifrost 28
Mise en ligne le : 1/11/2003


     Si les littératures de l'imaginaire sont le monde, alors Calvo & Colin en sont deux villes jumelles, réunies plutôt que séparées par les méandres d'eau claire qui mouillent leurs berges.
     Quelques faits objectifs sur les deux gars : ils totalisent entre eux treize romans et un sacré paquet de nouvelles. Quelques titres : Délius, une chanson d'été et Wonderful pour le Dave, Vestiges d'Arcadia, Confessions d'un automate mangeur d'opium, Or not to be ou Dreamericana pour le Fab. Ils vivent dans la région parisienne mais ne pensent qu'à la quitter. Ils aiment les Préraphaélites, Walt Disney, Richard Brautigan, Jack Kerouac, William Shakespeare, Londres, Los Angeles et l'indie rock.
     Quelques faits subjectifs : ils sont jeunes (Dave a 27 ans, Fab en a 29). Ils sont beaux. Certains disent même qu'ils ont beaucoup de talent. Ils finiront bien par s'attirer quelques jalousies. Ils sont bien deux individus distincts (des témoignages existent où on les aurait aperçus, ensemble aussi bien que séparés — lesdits témoignages divergent cependant de manière radicale quant à savoir lequel serait le clown blanc et lequel l'Auguste).
     Ils signent avec Atomic Bomb leur première oeuvre littéraire en commun. Tout à la fois dérangeante et désinvolte, Atomic Bomb est une oeuvre où la culture « beat » infuse la science-fiction. Outrecuidance et désespoir y jouent la part belle — mais n'est-ce pas le lot de toute existence ?



André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 23/11/2003 nooSFere


     Court comme le souffle d'une bombe atomique, Atomic bomb enchaîne trois textes réunis par un point commun : une solide amitié entre deux compères complètement hallucinés... et parfois franchement débiles.

     Il s'agit d'abord de Kelvo et Collins, deux vieux hippies défoncés à toutes les drogues possibles et imaginables, et qui décident de surfer sur l'onde de choc d'une bombe atomique (ce texte était déjà paru dans l'anthologie Jour de l'an 2000, aux éditions Nestiveqnen). Il s'agit ensuite de Nik et Valk, deux extraterrestres en forme de poire dont le mode de pensée est radicalement différent du nôtre (l'idée de fin leur est étrangère — plus exactement, “ ça craint ”). Et il s'agit enfin de Ko et Ka, rats de leur état, qui partent en guerre contre les Pokémon de Nintendo.

     Hein ? Tout cela ne vous semble pas très rationnel ? Gagné, ça ne l'est pas. Mais alors, pas du tout. Atomic bomb est tout simplement un livre déjanté, trash, à la fois par ses thèmes, son style au vitriol, sa brutalité morale et son humour, tantôt tranchant et cruel, tantôt délicieusement stupide. Tels des surréalistes sous LSD, Calvo et Colin enchaînent les trouvailles d'absurdité, alliant l'humour (qui s'étend des concours de ricochets avec le fantôme de Kerouac jusqu'à la véritable nature des Pokémon — même si “ le mieux c'est de s'en foutre ”), à une dose certaine de désenchantement.

     Car Atomic bomb n'est pas non plus qu'une pochade où se mêlent parodies, références culturelles et dialogues nerveux. Sous l'aspect humoristique, caustique, il y a surtout le reflet amer de la détresse de notre époque quelque peu désabusée (“ Il y avait ce type [...] qui se lâchait sur un karaoké. Il chantait avec la voix éraillée du désespoir humain. ”), que symbolise le pouvoir monstrueux et incompréhensible de la bombe atomique.

     La seconde partie du livre, qui traite des extraterrestres, est probablement à ce titre la plus forte des trois, car elle mêle un nonsense quasi-total à l'accablement tragique de nos deux naufragés de l'espace, sympathiques mais incompris. La première partie a, elle, la force de l'étrangeté, et introduit à toute allure le lecteur dans l'univers cinglé qu'on lui propose. Seule la troisième s'essouffle, ne parvenant pas à retrouver avec un réel bonheur la force des deux premières, et dont la fin laisse un rien perplexe, même dans le contexte frappadingue du livre.

     Il s'agit donc là d'un livre qui décoiffe... mais il est absolument impératif d'aimer se faire décoiffer.


Lionel DAVOUST (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002 dans Galaxies 27
Mise en ligne le : 2/9/2004


 

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