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L'Autre côté du rêve

Ursula K. LE GUIN

Titre original : The Lathe of Heaven, 1971

Traduction de Henry-Luc PLANCHAT
Illustration de Jackie PATERNOSTER

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7243
Dépôt légal : septembre 2002
224 pages, catégorie / prix : 5 €
ISBN : 2-253-07243-5   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Lorsque George Orr dort, il rêve, comme tout le monde. Mais lorsqu'il se réveille, au contraire de tout le monde, il découvre que ses rêves ont changé l'univers.
     Et parce qu'il lui arrive aussi de faire des cauchemars, le monde réel se trouve ravagé par des guerres nucléaires et envahi par des extraterrestres.
     George Orr doit-il se débarrasser d'un aussi terrifiant pouvoir ?
     Ou bien doit-il l'utiliser dans l'intention redoutable d'améliorer le monde ?
     Un des grands romans d'Ursula Le Guin, la grande dame de la science-fiction américaine, qui a obtenu plusieurs fois les prix Hugo et Nebula.

    Prix obtenus    
Locus, roman, 1972

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Lathe of Heaven (The) , 1980, Fred Barzyk & David R. Loxton (Téléfilm)
Lathe of Heaven (The) , 2002, Philip Haas (Téléfilm)
 
    Critiques    
     Dans cette société de l'avenir, un monde surpollué où les individus sont étroitement surveillés, George Orr, humble citoyen de Portland, a un problème : ses rêves se réalisent. Au sens propre, s'il vous plaît : ses rêves altèrent la réalité sur une grande échelle. Et pas seulement les rêves agréables, non. Les cauchemars aussi. Ou plutôt, devrait-on dire : les cauchemars surtout. C'est en tout cas ce qu'il raconte au docteur Haber, médecin spécialiste du sommeil auquel il se confie.
     Lorsque Orr dort, c'est toute la face du monde qui en est changée : l'histoire universelle est modifiée, les règles sociales sont bouleversées, les extraterrestres débarquent. Que faut-il faire ? L'aider chimiquement à ne plus rêver, comme il le souhaite ? Ou bien tenter de contrôler expérimentalement son activité onirique par l'hypnose, comme le préconise le docteur Haber, qui voit dans ce cas exceptionnel un cobaye idéal pour ses recherches — et l'instrument rêvé de son ambition personnelle ?
     L'Autre côté du rêve est l'un des classiques d'Ursula Le Guin, qui obtint le prix Locus en 1972 (et fut prétexte à plusieurs adaptations remarquées pour la télévision américaine, la dernière remontant à septembre 2002, avec James Caan dans le rôle du Docteur Haber). Il s'agit en fait d'un roman assez court, des plus agréables, qui propose une variation originale sur le thème de l'apprenti sorcier. Orr est dépassé par un pouvoir qu'il ne maîtrise pas, Haber est grisé par l'utilisation qu'il peut faire du talent de son patient, en instrumentalisant son cerveau.
     Science, que de crimes on commet en ton nom... Au travers d'une histoire troublante, où le monde onirique de George Orr se superpose à la réalité d'une façon intrigante et poétique, L'Autre côté du rêve se révèle également une critique tout à fait explicite des dérives de l'autorité scientifique, dont trop souvent la mégalomanie se cache mal derrière le frêle paravent de protestations « philanthropisantes ». En somme, rien de neuf depuis Rabelais : Science sans conscience n'est que ruine de l'âme...
     Indisponible de longue date, ce roman vient d'être réédité au Livre de Poche SF, conjointement aux anciens romans de Robert Silverberg. Est-ce la promesse de la réédition prochaine des autres classiques de l'auteur (Les Dépossédés, La Main gauche de la nuit, etc.), eux aussi souvent épuisés chez leurs éditeurs originaux ? Heureuse initiative, quoi qu'il en soit, car L'Autre côté du rêve est un roman remarquable et une excellente occasion de se plonger dans l'univers d'Ursula K. Le Guin. Il est même fort probable qu'une fois ce livre refermé, certains lecteurs ne s'endormiront plus jamais de la même façon...


Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 13/11/2002 nooSFere


     L'autre côté du rêve n'est pas la réalité. Il s'agit plutôt d'un territoire vierge, totalement inconnu, qu'il est dangereux d'aborder. Haber, le médecin qui soigne George Orr, ne craint pourtant pas de s'y aventurer. En effet, son patient, tenu de le rencontrer après une tentative de suicide, a la faculté de rendre ses songes réels. Ce qui relève pour lui du cauchemar tient du miracle pour Haber, que son désir d'améliorer l'humanité, et surtout d'en devenir l'immortel bienfaiteur, pousse à jouer les démiurges. En usant d'un appareil renforçant les ondes cérébrales, il suggestionne George Orr de manière à le faire rêver d'un monde meilleur, sans surpopulation ni pollution, sans guerre ni racisme. Mais l'inconscient est une machine indocile qui interprète sans trêve, et la nécessité de justifier tout changement avec logique provoque d'autres catastrophes : il y a de la place sur Terre depuis que des milliards d'humains ont été anéantis ; si les humains ne se battent plus entre eux, c'est pour faire face à une menace extraterrestre... Chaque ajustement dessine une réalité pire que la précédente. « La fin justifie les moyens. Mais s'il n'y a jamais de fin ? Nous n'avons que les moyens. »

     Hommage non dissimulé à Philip K. Dick, ce roman qui, au premier abord, détone dans l'œuvre de Le Guin, ne se réduit cependant pas à un pastiche, fût-il brillant (et il l'est ! on retrouve les mots à consonance allemande dont raffolait Dick : pour envoyer Orr de « l'autre côté », Haber — aber signifie mais — utilise le mot Antwerp, abréviation d'Antwerpen, le nom hollandais de la ville... d'Anvers). Le phénomène comme ses conséquences intéressent peu Le Guin, plus attachée aux réactions humaines. Ce n'est pas la nature de la réalité qui est ici mise en question, mais le droit d'user d'un pouvoir, mal maîtrisé qui plus est, malgré la noblesse des buts affichés, une interrogation qui rappelle davantage Ceux qui partent d'Omelas, où la souffrance d'un enfant garantit le bonheur d'une cité, que Le Maître du haut-château. Là où Dick traque les masques du réel, Le Guin épluche la psychologie de ses personnages, qui se révèlent bien différents de ce qu'ils semblaient être au départ. Ce roman, bien que mineur dans son œuvre, est une réussite totale.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002 dans Galaxies 27
Mise en ligne le : 2/9/2004

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition MARABOUT - GÉRARD, Bibliothèque Marabout - Science fiction (1975)


 
     Comme jadis Simulacron 3 de Daniel Galouye, un postulat dickien logifié et fermé sur lui-même : un homme s'aperçoit que ses rêves ont un effet matériel sur le monde, qui change autour de lui. Pris en main par un neurologue qui le manœuvre pour le faire rêver « bien », H rêve au contraire « mal », et les cataclysmes s'amoncellent. Enfin, sa guérison stabilise l'univers, en un final ouvert à l'espoir. Ce roman confirme la richesse thématique de Le Guin, en même temps que la puissance évocatrice de son style, dont témoigne ce court extrait, à la saveur barjavelienne : « Une fois au lit, ils firent l'amour. L'amour ne se contente pas de demeurer là, comme une pierre, il faut le faire, comme le pain ; le refaire tout le temps, le renouveler. Quand il fut fait, ils restèrent allongés dans les bras l'un de l'autre, retenant leur amour, endormis. »

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/11/1975
dans Fiction 263
Mise en ligne le : 17/12/2014


 

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