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L'Arc du rêve

Alfred Angelo ATTANASIO

Titre original : Arc of the dream, 1986

Traduction de Isabelle DELORD

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (109)
Dépôt légal : septembre 1987
296 pages, catégorie / prix : 92 FF
ISBN : 2-221-05381-8   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     L'être était tombé d'une autre dimension et il avait découvert avec surprise dans notre univers le temps et le tourment. Il avait les pouvoirs d'un dieu mineur, mais il était confiné dans son enveloppe de titano-hématite de la taille d'une pièce de monnaie, et il était incapable de se mettre dans la bonne position pour repartir.
     Il était trop vaste pour tenir dans un seul esprit humain. Aussi, pour rejoindre son univers et échapper à l'agonie, il avait besoin de l'aide de quatre êtres humains dispersés sur la Terre :
     un jeune voyou amer et désespéré, hôte provisoire d'un orphelinat d'Hawaï ; un vieux Chinois épuisé par les malheurs et qui n'a jamais quitté son village ; une française schizophrène murée dans les ténèbres de sa folie et enfermée dans un hospice psychiatrique près d'Avignon ; un Américain d'âge moyen, chômeur et joueur.
     L'être doit les réunir et les amener à accomplir pour lui un acte simple : le remettre au bon endroit.
     En échange, il peut leur apporter la sérénité, la fortune, la maturité et le souvenir d'une aventure insensée. S'ils échouent, il meurt, il explose. Et eux avec lui.

     En 1983, Radix, premier roman d'un jeun écrivain inconnu, fit l'effet d'un astéroïde de grande dimension frappant la planète science-fiction. L'arc du rêve est aujourd'hui dans le ciel du même monde un coup de tonnerre de première grandeur, annonciateur d'un arc-en-ciel.

    Sommaire    
 
    Critiques    
     Un être venu d'un autre espace tombe et se fait piéger sur la Terre. Son apparence  : un cercle de métal pas plus gros qu'une pièce de dix cents. Pour regagner ses sphères, il doit obtenir l'aide de quatre humains, venus des quatre coins de la planète. Un sujet qui tiendrait dans un mouchoir de poche ? Certes. Et ce n'est pas lui qui compte dans L'arc du rêve, mais bien la façon dont il est exploité, étiré, distordu, broyé, de telle sorte qu'à la sortie de ce roman, le lecteur, perplexe a véritablement eu l'impression d'avoir fait un voyage dans un autre monde... On se souvient que Radix, du même auteur (cet énorme pavé) avait été l'occasion d'une expérience étonnante adaptés à une saga gigantesque, la forme bouillonnante du récit, ses créations stylistiques et son découpage heurté restaient dans la norme — si l'on peut dire. Mais au service d'un « petit » roman qui aurait pu faire l'objet d'un tout petit Fleuve Noir d'un auteur de troisième zone, le système Attanasio (inchangé) fonctionne-t-il ? Mais oui. Bien sûr il faut pénétrer dans l'histoire en jouant des coudes les vingt ou trente premières pages (de la SF à dégoûter ceux qui n'aiment pas la SF, et peut être même certain de ceux qui l'aiment), où il faut se taper de trop nombreuses phrases de ce genre  : « Son aperception s'étendait au champ photonique et suivait les courbes inertielles de l'univers, sensible au grouillement des points et à toutes leurs connexions. » (p.14)
     A vos souhaits Cette « science-fiction pour faire science-fiction » est évidemment un des rouages de la machine Attanasio, de son système, pour nous communiquer l'inconnaissable, fût-ce en nous étourdissant. Comment faire partager au lecteur l'appréhension d'un univers vraiment autre, que les héros de l'histoire n'atteindront jamais (ou, pour ce qui est un seul cas, après la fin du récit, donc dans l'indicible) ? En le noyant sous les mots, quitte à corriger le tir en bout de course et avouer  : « Cela semble incroyable, mais c'est vrai. C'est un endroit réel, sans autre signification que la sienne propre. » (p.197) Mais cette noyade perpétuelle passe par de fulgurantes trouvailles, qui vont du (pas) simple effet de style (« C'était le cœur du temps aux pétales de radium... » p.158), à un humour au second degré, rarissime mais toujours bien en situation, comme lorsqu'une des projections fantasmatiques de la créature (elle s'appelle Dedans-dehors) décrit ainsi un des monstres qui l'accompagnent  : « C'est un collage des mauvais démons de l'histoire humaine  : dragons, lutins, puphes, reines des marais, séraphim, revenants. » (p.150)
     Ainsi, de fulgurances en fulgurances et d'émerveillements en irritations, on avance dans un récit qui, loin de n'être qu'une monotone suite d'obscures mais statiques beautés, est tout au contraire traité avec la rapidité et le sens du suspense d'un thriller, d'un roman noir. Du thriller, L'arc du rêve possède les péripéties (les messagers de Dedans-dehors se rejoindront-ils à temps, avant que l'ET n'explose avec la puissance d'une bombe nucléaire ? Triompheront-ils des monstres que la créature traîne dans ses basques ? Echapperont-ils aux truands, flics et autres mauvais humains qui les traquent ?). Du roman noir, il possède les personnages emblématiques  : Dirk (la « parole » de Dedans-dehors), un petit délinquant échappé de son centre de redressement  ; Howard, un joueur qui semble venu tout droit de chez David Goodis  ; Tiang, un vieux Chinois que la Révolution Culturelle a réduit à la clochardisation  ; Reena enfin, jeune française de 23 ans au cerveau irrémédiablement endommagé. Doués de télépathie (Reena), de « sapience » (Dirk), de prescience (Howard) et de la « force » (Tiang), le quatuor devient une sorte d'entité collective rappelant Les plus qu'humains de Sturgeon. Et c'est cette unité contre nature, dont le fruit est une course désespérée vers un but irréductible à des normes humaines, qui donne sa chair au roman, sa saveur âpre, mais aussi sa philosophie — « l'affirmation primitive de l'unicité au-delà de la pensée », le « oui-hors de-soi », le Nonchaloir (p.195). Tous néologismes qui signifient plus simplement la fraternité, au delà du temps, de l'espace, des espèces (la sympathie de l'auteur pour les dauphins étant là pour mettre les points sur les i).
     Présentant jadis son film 2001, Kubrick avait parle « d'expérience non-verbale ». Il serait tentant de dire qu'Attanasio est un auteur dont les œuvres sont sur-verbales  : un bombardement, dont il vous reste quelque chose de fort une fois qu'il a cessé, qu'on a refermé les livres. Qu'il ait réussi cela avec un sujet qui aurait pu être traité par Vargo Statten (et dont la logique n'est de toute façon pas le point fort — mais qu'importe), le hisse et le maintient à la toute première place des écrivains américains de la décennie.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/2/1988 dans Fiction 394
Mise en ligne le : 2/2/2003


 

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